L’œil, le bras et la matière.
30 novembre 2007 par Bertrand van Effenterre dans Audiovisuel
Quand j’ai découvert le cinémascope grâce à Yves Angelo qui avait décelé dans nos conversations d’avant tournage le format du film que nous préparions, j’ai eu la certitude que j’avais, enfin, trouvé « mon format », celui qui correspondait le mieux à la façon dont je souhaitais réaliser mes films. Des gros plans avec énormément d’air autour, insérés fortement dans un décor, des différences fortes de netteté entre les premiers plans et les arrières fonds… Tout paraissait soudain évident… Un peu comme un peintre se sent plus à l’aise en figure, en marine ou en paysage…
C’est dire si hier soir, en venant assister à la soirée « Pocket films » organisée par la SACD et le Forum des images, je venais plutôt à reculons…
Des films réalisés avec des téléphones portables ? … Et puis quoi encore !
Des photos de petites copines, des souvenirs de vacances, des gags enregistrés sur le vif… J’étais prêt à tout subir…
Et puis tout d’un coup, au détour de la projection de quelques uns des films présentés depuis trois ans au Festival, des images incroyables réalisées au hammam de la Mosquée de Paris, l’intimité des femmes en cours de soins caressées par une caméra qui effleure les peaux, qui frôle les visages avec une si grande délicatesse qu’on se dit que c’est la main ou le bras qui sert de caméra… Sur l’écran des couleurs, un grain, une matière qu’on avait oubliés dans ces temps où l’industrie nous impose le passage à l’image HD si précise dans les détails qu’elle en devient d’une insupportable vulgarité…
J’imagine la réalisatrice de ce petit bijou, Louise Botkay Coursier, se promenant dans le hammam, entourée de vapeur d’eau, cette vapeur qui rend habituellement inutilisable n’importe quel objectif, le téléphone portable au bout de son bras lui servant de caresses auprès de ces femmes alanguies… et je me dis qu’après le cinéma-œil, la caméra stylo, il va falloir inventer un terme pour désigner cette nouvelle façon de filmer « à bout de bras »…
J’avais oublié que ces films avaient été tournés avec des téléphones portables, j’étais simplement « au cinéma » devant des films, des œuvres …
Finalement, il n’y a pas de mauvais outils, mais il y a parfois de bons créateurs !
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bravo, bel article!