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	<title>Pourquoi ne pas le dire?</title>
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	<description>Humeurs et coups de coeur des membres du CA</description>
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		<title>Hommages à Philippe Avron (réactions de Jean-Paul Farré, Dominique Houdart, Jérôme Thomas)</title>
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		<pubDate>Mon, 02 Aug 2010 12:39:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>webmaster</dc:creator>
				<category><![CDATA[Spectacle vivant]]></category>

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		<description><![CDATA[Philippe Avron nous a quitté. Fifi la plume s’est envolé. Il rejoint Montaigne, Shakespeare, son père, le monde de la littérature, de l’esprit, de la finesse, de l’intelligence dans lequel il nageait comme un saumon : il est remonté à la source pour y mourir. De Jacques Lecoq chez qui nous nous sommes rencontrés il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Philippe Avron nous a quitté.</p>
<p>Fifi la plume s’est envolé.<br />
Il rejoint Montaigne, Shakespeare, son père, le monde de la littérature, de l’esprit, de la finesse, de l’intelligence dans lequel il nageait comme un saumon : il est remonté à la source pour y mourir.<br />
De Jacques Lecoq chez qui nous nous sommes rencontrés il avait appris l’art du masque, du geste juste, de l’espace, de la rupture de rythme, et de la présence. Son entrée en scène était d’abord un sourire, qui immédiatement apprivoisait le public.<br />
Du jeune benêt des <em>Rustres </em>de Goldoni au TNP à l<em>’Idiot</em> de Dostoïevski, de <em>Sganarelle </em>et … <em>Dom Juan</em>, de Molière, à Chocolat de « <em>Tu connais la musique</em> » de Robert Abirached, qui fut notre aventure commune à l’Odéon, il était un acteur protéiforme, drôle et tragique, sensible, léger.<br />
Philippe Avron a aussi beaucoup écrit. Il est l&#8217;auteur de sketches avec Claude Evrard, puis de nombreux spectacles qu’il jouait seul, « <em>Je suis un saumon </em>», «  <em>le Fantôme de Shakespeare</em> », notamment.<br />
Philippe, nous le rencontrions à Villeneuve-lez-Avignon, pendant le festival. Sur un banc de la place, il lisait l’Equipe, manifestement plus passionné par le Tour de France que par la critique théâtrale, et en levant le nez de son journal, en guise de bonjour, il nous récitait des pages de Montaigne.<br />
Il ne négligeait pas la rencontre avec le public, la formation. Je me souviendrai toujours de notre rencontre dans une classe de lycée d’une petite ville près de Foix, à Tarascon-sur-Ariège, lui avec ses masques et son Pierrot d’Asnières, nous avec nos Padox, et du fou rire commun qui nous a pris lorsque le professeur a cru bon de disserter sur le masque et la marionnette pendant que nous jouions.</p>
<p>Merci, Philippe <strong> </strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong>Dominique Houdart</strong></p>
<p style="text-align: left;">
<p style="text-align: left;">On dit toujours « il faut savoir tourner la page », mais avant il faut la lire, et celle écrite par Philippe Avron, il faut la lire et la relire plusieurs fois.</p>
<p>Merci Philippe de tout ce que tu nous as donné à entendre et à regarder sur scène. De « Pierrot d’Asnières » en passant par « Je suis un Saumon » à « Montaigne Shakespeare mon père et moi », dans tous tes spectacles en solitaire tu as apporté ta pierre personnelle au théâtre et à l’humour. En ces temps de comique aux forceps où la qualité du rire n’est pas toujours au rendez-vous, toi le Poète / Philosophe et le Clown / Funambule, tu nous as prouvé que l’on peut être un grand serviteur des mots et des idées sans oublier ton éternel sourire qui invitait les spectateurs à te suivre à travers les méandres de ton imagination débordante.<strong> </strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong>Jean-Paul Farré</strong></p>
<p style="text-align: right;">
<p style="text-align: left;">J&#8217;ai eu la chance à 7 ans en 1970, et je remercie ma mère, d&#8217;avoir pu admirer sur une scène en bois,  au Pont de Cé, dans le Maine et Loire, Philippe Avron et Claude Evrard en duo. Spectacle à textes et répliques dans la tradition de la commedia dell&#8217; arte, farce du théâtre populaire, le tout dans un parc entre 2 platanes et 4 projecteurs. Inoubliable ! Deux grands clowns poètes !<br />
Philippe Avron m&#8217; a soutenu en tournée à plusieurs reprises pour parler au public de mon travail artistique, j&#8217;ai toujours été très touché de cela.<br />
Une gentillesse, une grande humanité et un amour sans limites pour le théâtre.<br />
Je garde un souvenir ému de Philippe Avron et je transmets mes sincères condoléances à sa femme, sa famille, et ses nombreux amis.<strong> </strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong>Jérôme Thomas</strong></p>
<p style="text-align: left;">
<p style="text-align: left;">Lire également : <a title="http://blog.lefigaro.fr/theatre/2010/07/philippe-avron-dernier-saluts.html?xtor=RSS-23" href="http://blog.lefigaro.fr/theatre/2010/07/philippe-avron-dernier-saluts.html?xtor=RSS-23" target="_blank"> le blog d&#8217;Armelle Héliot, &laquo;&nbsp;Philippe Avron, dernier salut&#8230;&nbsp;&raquo;</a><strong><br />
</strong></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Les auteurs de l&#8217;espace public</title>
		<link>http://www.ca.blog.sacd.fr/index.php/2010/07/27/les-auteurs-de-lespace-public/</link>
		<comments>http://www.ca.blog.sacd.fr/index.php/2010/07/27/les-auteurs-de-lespace-public/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 27 Jul 2010 10:10:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dominique Houdart</dc:creator>
				<category><![CDATA[Arts de la rue]]></category>

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		<description><![CDATA[Les Scènes Nationales ouvertes aux arts de la rue. Il y a quelque temps, Pascal Rogard, Directeur Général de la SACD, a communiqué le projet de cahier des charges des CDN et des Scènes Nationales émanant de la DGCA, demandant aux membres du Conseil d’administration d’éventuelles remarques. Il est apparu que les arts de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Les Scènes Nationales ouvertes aux arts de la rue.</strong></p>
<p>Il y a quelque temps, Pascal Rogard, Directeur Général de la SACD, a communiqué le projet de cahier des charges des CDN et des Scènes Nationales émanant de la DGCA, demandant aux membres du Conseil d’administration d’éventuelles remarques. Il est apparu que les arts de la rue ne figuraient pas dans la liste des formes présentées par les Scènes Nationales. Après l’intervention de la SACD, G.F Hirsch, directeur de la DGCA, <a href="http://www.ca.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2010/07/Hirsch.pdf">a écrit à Pascal Rogard (lire le courrier)</a> pour annoncer une modification dans le texte, qui ne se contente plus d’énumérer le théâtre, la danse et la musique, dans une liste limitative, mais parle des « différentes formes de la création artistique ».<br />
C’est une ouverture importante et la SACD a pu jouer un rôle significatif dans la défense des auteurs de la rue.</p>
<p><strong>Une déclaration en préliminaire à la création de l’association des auteurs de l’espace public</strong></p>
<p>En septembre dernier, la Fédération des Arts de la rue s’associait à la SACD pour organiser une journée des auteurs des arts de la rue. Ce temps fort a donné naissance à un groupe de travail d’auteurs, qui vient de produire un texte, DECLARATION 1, et une manifestation spectaculaire, présentés en Avignon, à Villeneuve en Scène et au Festival de Chalon dans la rue. Vous trouverez ci dessous le texte de la Déclaration 1.</p>
<p>Les auteurs ont décidé de créer une association des auteurs de l’espace public, dont l’assemblée constituante aura lieu le 2 septembre prochain à 10h à Hors les Murs. Dès maintenant tous les auteurs qui le souhaitent peuvent adhérer au Groupe de travail en s’inscrivant par internet :<a href="mailto:caussi1metier@googlegroups.com"> caussi1metier@googlegroups.com</a><br />
Il s’agit de créer un mouvement dont le but est essentiellement d’aborder la question de l’écriture, de rassembler tous les artistes qui travaillent dans l’espace public, y compris les musiciens, les grapheurs, les architectes, les urbanistes, les danseurs, d’aborder la question de la propriété intellectuelle, de rechercher une identité dans la spécificité.</p>
<p>Lorsqu’au XVIIe siècle les gens de lettres se réunirent pour créer l’Académie, il s’agissait de donner à la langue française son identité par le dictionnaire.<br />
L’association des auteurs de l’espace public doit inventer la grammaire de l’Espace public, sous deux aspects : la réflexion, mais aussi l’invention d’actions communes. Ce sera un lieu de l’affirmation d’une écriture plurielle, novatrice, spécifique, de l’espace public.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>DECLARATION 1</strong></p>
<p>Écrire pour l&#8217;espace public est notre métier. Par cette première déclaration nous souhaitons affirmer ses particularités.</p>
<p>La notion d’écriture dans l’espace public dépasse dans la forme et le fond le seul support du texte ; nous, auteurs dans l’espace public, écrivons avec les sons, le mouvement, les images, les mots, l’architecture, l’air du temps, le silence, ou la verticalité, en tant que metteurs en scène, compositeurs, inventeurs, chorégraphes, plasticiens, scénographes, écrivains, urbanistes… ; cependant, quels que soient nos arts, multiples et/ou croisés, il s’agit toujours d’écriture. Une écriture nécessairement et délibérément spécifique.</p>
<p><strong><em>Un espace à embrasser.</em></strong></p>
<p>Nous écrivons pour un espace spécifique : l’espace public, qui est d&#8217;abord l&#8217;espace du public, dans lequel l&#8217;artiste s&#8217;invite. Urbain ou rural, champêtre ou sylvestre, aquatique ou aérien… centres commerciaux, parkings, avenues, impasses, champs, places&#8230; L’espace public est un espace polymorphe où les places ne sont pas attribuées.<br />
Nous prenons en compte cet espace, et nous en servons comme support et source d’émotions… nous intégrons ses contraintes, ses nuisances, ses richesses pour produire une écriture en mouvement.<br />
Par un acte artistique, nous modifions l’espace public qui continue de vivre pendant le spectacle et peut par conséquent transformer l’écriture ou le rapport au spectacle.<br />
Cette relation artistique à l’espace public crée de nouveaux usages, de nouvelles lignes, et celui-ci en retour se densifie. Cette pratique peut le transformer en un espace propice à la contemplation, l&#8217;émotion ou la réflexion.<br />
L’usager du lieu devient spectateur et peut se construire sa propre histoire par le croisement entre la fonction usuelle de cet espace et la vision que nous lui en proposons.<br />
En ces instants, les artistes et les témoins de cette pratique peuvent habiter pleinement leur espace, vivre collectivement et autrement ce lieu.<br />
Enfin, par notre pratique, nous posons la question fondamentale de la liberté d’expression dans cet espace public.</p>
<p><em> </em></p>
<p><strong><em>Un public libre.</em></strong></p>
<p>Notre travail d’écriture est singulier en ce que nous écrivons pour un public libre d&#8217;aller et venir, de partir à tout moment ; un public n’ayant pas forcément choisi par avance ce qu&#8217;il va voir.<br />
Nous prenons ainsi le risque de la découverte de notre œuvre par un public multiple, divers, de tout âge et de tout milieu, inattendu, surpris et non captif.<br />
Nous devons tenir compte de ces voix et corps imprévisibles, ceux du public qui viennent rejoindre la grande partition et ceux de la rue qui n’ont pas eu envie de la rejoindre. Toutes ces voix, tous ces corps peuvent être amenés à faire partie du spectacle. Chacun est libre de prendre sa place.</p>
<p><strong><em>Une écriture évolutive.</em></strong></p>
<p>L’interaction permanente auteur / espace public / public, qui nous inspire, nous pousse aussi à une écriture qui ne peut être figée. Nous écrivons avant, pendant, après la création/répétitions, présentons des formes provisoires au public, remettons notre ouvrage sur le métier tout au long du processus de création et d’exploitation.</p>
<p><strong><em>Une diversité de formes et d’auteurs.</em></strong></p>
<p>L’écriture dans l’espace public engendre souvent la notion de co-auteur(s) puisqu’elle peut faire appel à des formes d&#8217;arts divers : théâtre forain, de tréteaux, textuel ou non textuel, déambulatoire, cirque, clown, mime, pyrotechnie, entresort, orchestre, installations plastiques, sonores, mécaniques (et la liste n’est pas exhaustive). La gestion collective de la propriété intellectuelle est une particularité de l’écriture dans l’espace public.</p>
<p><strong><em>La question des traces.</em></strong></p>
<p>Qui dit auteur et création pose la question de la mémoire voire de la publication de ces créations.<br />
Qui dit auteur et création pose la question de transmettre ces créations pour qu’elles soient reprises par d’autres créateurs.</p>
<p><strong>Nous pensons que ces particularités méritent de se confronter, se faire connaître et reconnaître.</strong></p>
<p><strong><em>Par des actions de promotion/d’identification</em></strong><br />
En dehors de ce document, une manifestation d’auteurs dans l’espace public transportable existe et sera visible dans les festivals et toute manifestation propice.<br />
D’autres actions seront développées en direction du public, des professionnels du spectacle vivant, des pouvoirs publics et des collectivités…</p>
<p><strong><em>Par la création d’une association d’auteurs dans l’espace public</em></strong><br />
Pour asseoir notre réflexion et mener des actions qui viennent la renforcer, rendez-vous le 2 septembre 2010 à la Hors les murs. Renseignements et contact : <a href="mailto:caussi1metier@googlegroups.com">caussi1metier@googlegroups.com</a></p>
<p><strong>Soufflons nous-mêmes dans nos voiles !<br />
Signé : le groupe de travail « Auteurs de l’espace public »</strong></p>
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		<item>
		<title>Un administrateur au CA : le feuilleton &#8211; Episode numéro 1</title>
		<link>http://www.ca.blog.sacd.fr/index.php/2010/07/02/un-administrateur-au-ca-le-feuilleton-episode-numero-1/</link>
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		<pubDate>Fri, 02 Jul 2010 08:13:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Paul Alègre</dc:creator>
				<category><![CDATA[Spectacle vivant]]></category>

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		<description><![CDATA[10 heures du matin, le jeudi, voilà, j&#8217;en prends pour trois ans, deux fois par mois, minimum ! Et en plus, je l&#8217;ai voulu ! La place de Clichy est déjà sans dessus dessous, un vrai parcours du combattant pour traverser&#8230; La rue Ballu paraît presque provinciale en comparaison, et la cour de la SACD [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>10 heures du matin, le jeudi, voilà, j&#8217;en prends pour trois ans, deux fois par mois, minimum !</p>
<p>Et en plus, je l&#8217;ai voulu !</p>
<p>La place de Clichy est déjà sans dessus dessous, un vrai parcours du combattant pour traverser&#8230; La rue Ballu paraît presque provinciale en comparaison, et la cour de la SACD est un havre de paix.</p>
<p>Mais ça s&#8217;agite déjà à l&#8217;intérieur, les administrateurs arrivant les uns après les autres.</p>
<p>Le personnel, attentif, a tout préparé, dossiers, documents, le président peut lancer la séance pratiquement à l&#8217;heure, ce qui est déjà une première surprise pour le petit nouveau que je suis.</p>
<p>Seconde surprise, pas de place attitrée, en dehors de celles du président, du directeur général et du premier vice-président qui se mettent sous la protection à la fois solennelle et un peu goguenarde du grand buste de Beaumarchais. Dans les autres CA que j&#8217;ai pratiqué, nous somme étiquetés, hiérarchisés. Ici non, on se regroupe comme on le sent, les répertoires ne font pas bloc, et je vois d&#8217; heureux présages dans cette installation joyeuse et amicale. Je suis en face de Beaumarchais, tiens, justement, donc, si vous avez suivi et si j&#8217;ai été à peu près clair, en face de ceux qui vont mener les débats.</p>
<p>De ceux-ci, naturellement, je ne dirai rien, ayant bien compris le devoir de réserve absolu que nous avons vis à vis des discussions, passionnantes, qui démarrent très rapidement autour de la grande table ovale.</p>
<p>Ce matin, ce ballon de rugby géant, ne suscite pas, comme l&#8217;autre, des empoignades endiablées.</p>
<p>C&#8217;est plutôt calme, consensuel, constructif.</p>
<p>On me chuchote que ce n&#8217;est pas toujours comme ça, nous verrons bien.</p>
<p>En tout cas, ce que je peux dire, c&#8217;est que les dossiers sont clairement exposés, les débats approfondis sans être pesants, bref, les élus autour de cette table font leur travail d&#8217;élus, avec bonne humeur et beaucoup de sérieux.</p>
<p>Les trois heures passent vite.</p>
<p>Je constate ce que je pressentais : très au fait du monde du spectacle vivant, et moins informé de ce qui se passe dans celui de l&#8217;audiovisuel, je perçois tout de suite que les grands problèmes de l&#8217;un se retrouvent dans l&#8217;autre. Beaumarchais, le seul à n&#8217;avoir pas bougé et pas touché au café ou au jus d&#8217;orange, avait-il prévu cela ?</p>
<p>En tout cas, son buste n&#8217; a pas l&#8217;air autrement surpris !</p>
<p>Bon.</p>
<p>Pause repas, dans le jardin d&#8217;hiver qui porte bien mal son nom en ce jour de canicule, et nous nous répartissons dans les différentes commissions&#8230;</p>
<p>Je découvre, en tant qu&#8217;administrateur délégué à l&#8217;action sociale, l&#8217;efficacité et le vrai souci de ceux de nos confrères qui sont dans la difficulté, dont font preuve notre assistante sociale et tout le service Pôle Auteurs.</p>
<p>C&#8217;est aussi cela une grande société d&#8217;auteurs.</p>
<p>17 heures : la rue Ballu atteint son point d&#8217;ébullition ! Si c&#8217;est comme cela à Avignon,  je propose que l&#8217;on transporte toutes nos animations directement dans le Rhône, et encore, à condition d&#8217;y rajouter une solide quantité de glaçons !</p>
<p>A bientôt&#8230;</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Les Padox à la prison de Fresnes</title>
		<link>http://www.ca.blog.sacd.fr/index.php/2010/06/15/les-padox-a-la-prison-de-fresnes/</link>
		<comments>http://www.ca.blog.sacd.fr/index.php/2010/06/15/les-padox-a-la-prison-de-fresnes/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 15 Jun 2010 13:47:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dominique Houdart</dc:creator>
				<category><![CDATA[Arts de la rue]]></category>

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		<description><![CDATA[Lundi 17 mai 2010 Après une longue préparation avec la responsable des relations entre le théâtre d’Ivry-Antoine Vitez, Djamela, et l’animateur de la prison de Fresnes, Romain, le directeur de la prison, le juge d’application des peines, le directeur du SPIP, nous voilà enfin à la Maison d’Arrêt de Fresnes. Le projet est double, une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Lundi 17 mai 2010</strong><br />
Après une longue préparation avec la responsable des relations entre le théâtre d’Ivry-Antoine Vitez, Djamela, et l’animateur de la prison de Fresnes, Romain, le directeur de la prison, le juge d’application des peines, le directeur du SPIP, nous voilà enfin à la Maison d’Arrêt de Fresnes. Le projet est double, une semaine dans le quartier des femmes, avec un atelier Padox quotidien, et vendredi, restitution dans le couloir de détention de la prison, et ensuite nous abordons le quartier des hommes, avec des ateliers plus étalés dans le temps, et la réalisation du spectacle « Padox Migrateur » qui sera présenté le 11 juin dans la chapelle de la prison pour les détenus, et le 12 juin au théâtre d’Ivry Antoine Vitez, pour la clôture de saison.<br />
Le premier jour est important, la suite dépendra de ce premier contact.<br />
Le matériel est déchargé dans la cour de la prison, nous installons tout dans la cour de promenade, car nous n’avons pas la possibilité de répéter dans le couloir de détention. Mais pour avoir un lieu plus propice à la concentration, on nous ouvre la « salle rose », une cellule dédiée à l’animation.Les stagiaires arrivent, les personnalités éclatent aussitôt, entre Claudine, exubérante, une croate qui ne parle pas français et reste dans son coin, une jeune Brésilienne, toute heureuse de voir que David, un membre de notre équipe, parle brésilien, une guyanaise, Yuna, dont le corps danse en permanence, Euridice, cachée sous une grande écharpe, Germaine, la plus âgée, très intimidée, …<br />
Présentations, puis découverte de Padox : étonnement, petit recul de certaines, embrassades de Claudine, bien sur, Jeanne et David expliquent le costume, on parle du personnage, de la technique, du projet, et toutes s’habillent en Padox. Puis, en costume, nous traversons le couloir de détention, pour aller dans la cour de promenade. Padox déride les surveillantes, qui croient reconnaître certaines détenues à leur gestuelle, un grand mouvement de sympathie de la part du personnel pénitentiaire qui nous servira pour la suite.<br />
Cette cour de promenade est coupée en deux.Une moitié sert réellement à la promenade, c’est un terrain de basket longé par de l’herbe rase, et au-delà, un mur surmonté de barbelés sans doute électrifiés.Et de l’autre coté, le même terrain mais l’herbe est haute, ce coin ne doit pas servir… On imagine la jachère, un temps d’un côté, un temps de l’autre. Entre les deux terrain, une grille.<span id="more-139"></span><br />
Nous commençons les exercices, cela se passe bien, quelques détenues nous observent en souriant à la fenêtre de leur cellule qui donne sur la cour, les surveillantes viennent jeter un œil . Puis les Padox jouent une improvisation dirigée, consistant à cueillir des fleurs, dans la partie herbeuse. Cela devient très beau, nos Padox après une cueillette lente filent offrir les fleurs cueillies aux filles qui tournent dans la cour d’en face.<br />
Elles étaient curieuses, elles sont touchées.<br />
Je demande à l’une d’entre elles, grande, grave, sombre, si elle veut venir et mettre le costume de Padox. Elle me répond « Mon costume est déjà assez lourd à porter ». Mais elle ajoute « Je vous regarde de la fenêtre, et je viendrai voir le spectacle. »<br />
Deux de nos stagiaires n’ont pas pu faire cette sortie, appelées au parloir. C’est un moment bouleversant, l’une ,Euridice, revient en pleurant, et dit que c’est trop d’émotion. Claudine en sort, révoltée, remontée, énervée. Demain en Padox elles entreront dans le jeu.<br />
On se quitte après avoir raconté la proposition de scénario, sur le thème de la page blanche.<br />
On sent de l’enthousiasme, le groupe est prêt à se lancer dans l’aventure d’une création.<br />
Remontée au premier étage, devant la porte de sa cellule, Euridice nous fait un signe et lance une touchant « Merci »</p>
<p><strong>Mardi 18 mai 2010</strong><br />
Le cœur joyeux, gonflés par le premier contact d’hier, nous entrons dans la Maison d’Arrêt des Femmes. Pas de problème  à la barrière, accueil agréable au contrôle. Mais une fois dans l’enceinte de la prison, cela se gâte. La surveillante en chef du couloir de détention n’est pas celle qui avait été si sympathique hier, elle fait sentir tout de suite son autorité, appelle les filles avec beaucoup de retard. Tout le monde n’est pas là, une fille a été libérée, on se réjouit pour elle mais on aurait pu nous prévenir, deux sont malades, et au moment où l’équipe est habillée, la chef revient, et demande à deux de nos stagiaires de filer pour une consultation hors de la prison, donc sans espoir de les revoir avant la fin de l’atelier.  Et ces pauvres filles, désolées, n’étaient même pas au courant, ne savaient pas qui elles allaient voir. Lorsque j’ose dire que c’est un problème d’animer une activité avec des sorties, des parloirs qui cassent le groupe et le travail, la chef me répond sèchement que c’est pour leur santé. Rien à dire !.<br />
L’atelier commence, il en reste 3, alors David, et Corinne, une  comédienne stagiaire de la Compagnie s’habillent en Padox, et complètent le groupe.<br />
Nous avançons la mise en scène, sur le thème de la page blanche, le groupe progresse bien, il y a une forte sensibilité et un sens du jeu évident.<br />
Le thème parle de l’angoisse de la page, de ce papier blanc sur lequel on se projette comme dans un autoportrait, au point que le livre de papier blanc se transforme en miroir, par lequel le regard de Padox communique avec le public. Nous sommes inspirés pour ce thème par des textes de Gérard Lépinois, qui fut à l’origine auteur des scénarios des Padox, et dont Jeanne dira pendant la présentation quelques aphorismes.<br />
Une des filles, Claudine, me dit  : « C’est comme un procès d’assise, toi, toute seule en face de cette foule de regards qui te dévisagent »   .<br />
Elles mettent de la grâce et de la poésie dans le travail.<br />
En accord avec la chef, nous avons l’autorisation d’aller dans la cour de promenade à 3h20, quand toutes les promenades officielles sont terminées. (Dommage, car les autres détenues ne nous verront pas).<br />
Surprise, elle nous enferme dans la cour, et dit qu’elle revient dans 10 minutes, et que si on veut rentrer, qu’on fasse signe au mirador.<br />
15 minutes, 20 minutes,, je fais des signes, je crie pour qu’on nous ouvre. Au bout de 45 minutes, elle vient nous délivrer, en me disant « cela ne sert à rien d’appeler, j’avais des mouvements, ici c’est une prison « .<br />
Rien à dire.<br />
L’atelier se termine après cette longue attente dehors, mais l’ambiance est chaleureuse et complice avec nos trois Padox, nous avons vécu de l’intérieur des brimades permanentes qui sont leur lot quotidien.<br />
Le problème est que nous étions livrés à nous même et sous la dépendance de la chef, Romain l’animateur du SPIP n’était pas avec nous, et impossible d’entrer dans la prison avec nos portables, donc pas de communication possible avec lui.<br />
Dans la cour, les filles ont cueilli des fleurs et les ramènent dans leur cellule.<br />
Les fleurs de Fresnes<br />
La chef a fait semblant de ne pas nous voir partir et n’a pas répondu à nos saluts.</p>
<p><strong>Mercredi 19 mai 2010 </strong><br />
À l’atelier, nous retrouvons nos trois fidèles. En nous apprenons qu’Euridice a un parloir à 3 heures, il est 2 heures), donc qu’elle ne viendra pas, que Germaine ne viendra pas, elle a une grosse déprime.<br />
Claudine a convaincu 3 copines de venir, elles sont volontaires… mais la chef nous dit qu’elle ne sont pas inscrites. Et Romain n’est pas avec nous pour faire le lien avec l’administration. Alors ces volontaires restent à se morfondre dans leur cellule, et nous travaillons avec nos 3 Padox.<br />
Avec notre équipe, on passe à 5, et la répétition commence : en deux heures, nous arrivons à monter l’ensemble de la présentation, les filles sont attentives, douées, expressives.<br />
Rendez vous demain ? Eh bien non, car deux d’entre elles ont CAP, Commission d’Application des Peines, c’est naturellement important et obligatoire.<br />
Donc on ne se retrouvera que vendredi, pour une heure de répétition, avant la présentation de notre page blanche.<br />
En sortant, notre petite Brésilienne, Julia, est appelée par la surveillante pour aller transporter des colis.  Elle sort, revient revêtu d’une blouse bleue, et suivie par une gardienne, fait deux ou trois transports, de la cour d’entrée à l’intérieur. Et tout d’un coup, elle ne nous connaît plus, son regard est fixe, grave, comme si une barrière entre nous s’était refermée.<br />
Elle a 34 ans, 3 enfants,   et son fils de 17 ans vient d’avoir un enfant. Grand-mère à 34 ans.<br />
On imagine bien pourquoi elle est là, mule, transport de drogue.  Quand elle sortira d’ici, elle se retrouvera en prison au Brésil. C’est une fille très douée, elle a un sens de la comédie et du jeu. Elle pense qu’elle suivra un atelier-marionnette au Brésil, en prison.<br />
Yuna, la Guyanaise, est là pour les mêmes raisons « pour quelques grammes de cocaïne…) Ironie du sort, elle vient de Cayenne, mais son bagne est à Fresnes.</p>
<p><strong>Jeudi 20 mai 2010</strong><br />
Donc ce matin, le travail avec les femmes est annulé, mais cet après-midi nous commençons l’atelier à la Maison d’Arrêt des hommes.<br />
Entrée pas aussi simple que chez les femmes, nous ne pouvons pas pénétrer avec le véhicule et la remorque dans la cour, on a même du mal à s’arrêter devant l’entrée car des groupes de policiers armés et vêtus de gilets pare-balles partent pour, pensons nous, le procès Colonna.<br />
Il faut donc décharger tous les costumes, le matériel de jeu, passer tout cela sous le portique et le tapis roulant de l’entrée normale, puis avec des chariots, nous véhiculons tout cela dans les couloirs, les très longs couloirs des trois sections.<br />
Le gardien chef est de mauvais poil, il ne veut pas que nous allions directement dans la chapelle, notre lieu de travail, pour installer le matériel, car il n’a pas de gardien pour nous ouvrir, nous devons aller dans la section 1 récupérer les détenus. Romain, qui heureusement est avec nous, va les chercher un à un.<br />
Nous poirotons,au milieu des cris des surveillants du brouhaha général, l’ambiance est tendue, électrique, rien à voir avec le quartier des femmes beaucoup plus calme. Ils arrivent, ils sont enfermés dans des salles d’attente, très serrés. Ils ont l’air renfrognés, ne disent pas bonjour, ne nous regardent même pas.<br />
Enfin, au bout d’une demi-heure, nous partons ensemble vers la Chapelle. Le surveillant qui les accompagne les oblige à marcher en file le long du mur.Ils passent un portique, la canne anglaise d’un des détenus sonne…<br />
Enfin dans la chapelle, au fin fond de la 3e section. Et on commence, discours de Romain, de Djamela, puis nous nous présentons. Et David arrive en Padox, ,  aussitôt c’est la détente, ces mines renfrognées s’ouvrent, ils sourient, s’étonnent, s’intéressent. Le personnage leur plait indiscutablement. David, finement, va s’asseoir auprès de Cédric, une forte tête qui se met à part, et l’entraîne gentiment à regagner le groupe dans les gradins.<br />
Ils se présentent, l’ambiance est détendue, on plaisante, je leur raconte l’ensemble du projet, l’histoire de Padox Migrateur, qui semble les toucher.<br />
Enfin après une pose cigarette (attention, pas de chichons, sinon l’atelier risque de s’arrêter), ils commencent à s’habiller.Et les premiers exercices sont concluants, improvisations individuelles, exercices dirigés au talkie-walkie, ils enlèvent le costume, c’est gagné. À part un, qui nous dit que ce n’est pas son truc, les autres marquent réellement de l’enthousiasme, le fait de jouer sous le masque leur plait et les décontracte. Et Aimé nous confie que Padox lui fait tout oublier, qu’il se sent un autre.<br />
Très vite nous avons appris les prénoms, l’un d’entre eux, Mostepha, me dit que cela forme une famille.<br />
Pendant tout le travail, le surveillant est resté assis en haut des gradins, près du téléphone, et n’a pas jeté le moindre regard sur l’atelier.<br />
Il faut rentrer, on se regroupe dans le couloir de sortie, mais nous sommes bloqués par une immense clameur de chahut, encore de l’attente, enfin on rentre, avec un arrêt devant la première section sud, on se serre chaleureusement la main, Cédric le plus agité, trouve que le couple que nous formons avec Jeanne est « mignon ». On se dit à mardi.<br />
Demain on revoit les femmes, pour présenter le court spectacle répété en 3 séances.<br />
C’est incroyable d&#8217;observer la transformation de leurs visages. Dans l’espace pénitentiaire, ils sont gris, fermés sans communication. Dès que l’atelier commence, on les découvre, ils s’ouvrent.</p>
<p><strong>Vendredi 21 mai 2010</strong><br />
Retour à la Maison d’arrêt des femmes pour la dernière séance, la restitution. Tout d’abord, une bonne surprise, Euridice, charmante camerounaise, qui n’avait pas pu suivre le travail, sans arrêt appelée au parloir, ou en consultation, nous rejoint. Alors, la dernière répétition avant la séance publique lui est consacrée. Elle comprend vite le scénario, joue avec intelligence, et là voilà embarquée.<br />
Les techniciens du théâtre d’Ivry sont venus le matin installer les lumières et l’éclairage, un rideau de fond rouge fait un peu oublier le couloir de détention au bout duquel nous jouons.Les détenues arrivent, nombreuses, au moins la moitié sont venues voir les Padox. La représentation se déroule pour le mieux, et à la fin, une rencontre avec le public s’improvise, c’est un moment important pour les 4 détenues qui ont participé à l’atelier, elles disent ce qu’a été le travail, les autres ont réellement apprécié, et le leur disent, les questions sont souvent fortes : par exemple je leur ai demandé d’ écrire « je suis » sur des feuilles blanches et ensuite les spectateurs devaient compléter. Une femme d’origine basque a bien analysé la chose, en disant qu’elles ne sont qu’un numéro d’écrou, qu’elles perdent dans ce lieu leur personnalité, et ce » je suis » l’a beaucoup touchée.<br />
Plusieurs regrettent de ne pas avoir participé à l’atelier, aimeraient devenir Padox, ici ou ailleurs. Beaucoup viennent nous embrasser avant de regagner les étages.<br />
Euridice sortira bientôt de prison, elle est là par erreur, c’est au moins ce qu’elle nous dit, une usurpation d’identité, elle passait ses journées à pleurer, ne comprenant pas ce qui lui arrive, l’atelier lui a fait du bien, elle retournera très vite chez elle, mais elle viendra nous revoir au Théâtre d’Ivry le 12 juin, où nous jouons avec les détenus hommes « Padox Migrateur ».<br />
Jeanne avait préparé une tarte, que nous mangeons après les rangements avec nos Padox de Fresnes, émus de se quitter, elles gardent les livres blancs avec lesquels elles jouaient, et demandent les signatures et un mot de toute l’équipe. C’est troublant de se séparer comme cela. Euridice nous quitte en disant : «, Je retourne dans ma chambre ». Claudine la reprend, « Non, ta cellule, mais au début je disais comme toi ».<br />
À bientôt, Euridice, continue à dire « ma chambre », cette épreuve se termine, pour Yuna aussi, et la charmante Julia, la jeune grand mère de 34 ans, résignée, travailleuse, qui a beaucoup aidé à installer les accessoires, attend son transfert au Brésil. Ce soir, en écrivant ces lignes, je pense à elles dans leur « chambre ».</p>
<p><strong>mardi 25 mai 2010</strong><br />
Les ateliers se poursuivent maintenant à la Maison d’Arrêt des Hommes, mais seulement 2 fois par semaine, le mardi et le jeudi, jusqu’au spectacle le 11 juin dans la prison, et le 12 au théâtre d’Ivry.Après le premier contact la semaine dernière, nous retrouvons une partie de l’équipe, 6 sur 12, dont deux qui n’étaient pas là jeudi dernier. Les autres sont en parloir, Justin a perdu sa carte et le surveillant ne veut pas le laisser sortir.Nous sommes arrivés à 13h30, ce n’est qu’une heure plus tard que nous pouvons quitter la section 1 Nord. Une heure d’attente, pendant un bon moment, on nous annonce que la section est bloquée, tous les mouvements sont interdits… et l’on ne saura jamais pourquoi. Romain part les récupérer un par un , Eric est occupé à dealer dans les couloirs et se ne descend pas.. Le manque de personnel fait qu’il faut attendre qu’un surveillant soit libre pour nous accompagner. Notre groupe se met en marche toujours en longeant le mur en ce qui les concerne, vers la chapelle. Romain nous laisse avec eux et avec un surveillant plus ouvert, qui regarde le travail en souriant parfois.<br />
Dans la chapelle, nous initions rapidement les deux nouveaux, Hervé et Souleymane, et nous commençons la mise en place du spectacle. Ils sont tout d’un coup concentrés, attentifs, curieux, physiquement doués, on utilise les talents de danseur et de percussionniste de Douta, l’histoire les intéresse, et  comme nous n’avons plus que 1h30 de travail, cela passe très vite. Avant de repartir, la sacro-sainte pose cigarette, et je parle dans un coin avec Cédric, que tout le monde considère comme un agité : il est calme, me parle de sa mère, de sa femme, de son bébé qui vient de naître, pour lui l’enjeu est important, montrer le spectacle à sa mère est un objectif majeur, il me parle de la cité dans laquelle il vit à Lyon… Ce n’est plus le même, il me confie qu’il aimerait continuer le théâtre, qu’il se sent un autre homme. Plusieurs me font cette remarque, tout est loin en Padox, la détention, les brimades, mais aussi ce bruit infernal des couloirs, les hurlements des surveillants d’un étage à l’autre, le fracas des portes lorsqu&#8217;un détenu est énervé, le mouvement incessant. Là, ils sont concentrés,, sérieux appliqués. C’est de bon augure.<br />
En sortant, par la fenêtre, on aperçoit le mitard. « Le château » disent-ils.<br />
Nous insistons auprès d’eux pour qu’ils programment leurs parloirs en tenant compte de l’atelier. Ils ont eu chaud en Padox, il serait souhaitable qu’ils puissent prendre une douche. Mais elles sont limitées à deux par semaine. J’en ferai la demande à Romain, sans grand espoir. Au moins quelques bouteilles d’eau…</p>
<p><strong>Jeudi 27 mai 2010 </strong><br />
L’atelier a maintenant pris son rythme de croisière, 9 détenus sont présents, il en manque 3, un qui est inscrit mais qu’on a jamais vu, et deux pour lesquels nous ne savons pas pourquoi ils ne sont pas là. Et pourtant ce sont deux éléments importants, Mostepha et Cédric. Impossible d’avoir une explication de leur absence. Espérons les pour la prochaine fois, car le travail avance à grande vitesse, nos gars sont complètement plongés dedans, la concentration est extrême, et le moment de repos est un temps d’échange très agréable. Aujourd’hui, on parle des retraites, puisque c’est le jour de mobilisation des syndicats.<br />
Hervé, jusque-là réservé, nous dit qu’il viendra volontiers à un nouveau stage Padox quand il sortira en Octobre. Et tous s’intéressent aux spectacles de la Compagnie, à nos ateliers scolaires. L’équipe est maintenant très efficace, et le spectacle s’annonce bien.<br />
Et puis, chance, le surveillant s’intéresse au travail, le suit avec attention, vient avec nous partager les chouquettes apportées par Jeanne, et dit à Djamela qu’il viendra volontiers voir la représentation à Ivry. L’attitude du surveillant change tout, on a tous oublié la prison pendant 2 heures. À mardi !</p>
<p><strong>Mardi 2 juin 2010</strong><br />
Ce n’est vraiment pas facile de travailler en prison.Nous dépendons de tellement de choses, la bonne ou mauvaise volonté des uns, par exemple la semaine dernière nous avons apporté quelques bouteilles d’eau, il fait tellement chaud dans les Padox, et aujourd’hui, un surveillant à l’entrée des sections nous refuse le passage pour l’eau. Alors que, au portillon d’entrée de la prison, Jeanne a fait passer une boîte de gâteaux secs, après un refus, la surveillante a accepté de les laisser passer.<br />
Et puis il y a ces blocages permanents, incompréhensibles pour nous. Ce qui fait que nos stagiaires se sont trouvés enfermés dans la salle d’attente une bonne demi-heure, avant qu’on puisse aller ensemble dans la chapelle. Pourquoi ? On ne saura jamais.<br />
Et puis, Mostepha manque à l’appel, on nous dit qu’il travaille aux cuisines.<br />
L’atelier commence, et soudain il nous rejoint. Romain a réussi à le sortir d’un lieu où son travail était terminé à 14h, mais la règle est qu’il doit y rester jusqu’à 17h.<br />
Romain, il vit en permanence la mission impossible, aller chercher les gars dans les cellules, essayer que l’effectif soit au complet, ce qui n’a jamais été le cas.<br />
Aujourd’hui il en manque deux, c’est la moyenne.<br />
Et Cédric nous dit que la semaine dernière, le surveillant n’a pas voulu qu’il vienne avec nous.<br />
Alors, attention, il nous dit cela, mais il faut être prudent, nous sommes facilement instrumentalisés. C’est délicat, nous ne devons pas prendre parti. Mais parfois, il y a de quoi râler… On a bien compris que ce n’est pas la bonne méthode.<br />
L’équipe est toujours motivée. Ils ne savent pas encore s’ils pourront tous sortir, nous, nous savons que le juge, Monsieur Bouvier, un juge apprécié par tous nos stagiaires, a donné son accord pour l’équipe entière. Mais cela doit leur être notifié par l’administration.<br />
Demain heureusement il n’y a pas d’atelier. Chance, car c’est un jour de grève des gardiens.<br />
Alors, on se retrouvera jeudi, ils donneront tous les coordonnées des familles à Djamela pour qu’elle les invite a passer la journée avec nous, de 14hau soir, lors de la représentation à Ivry.</p>
<p><strong>Jeudi 3 juin 2010</strong><br />
Merveille, toute l’équipe est là, mais il faudra attendre longtemps avant qu’une surveillante soit désignée pour nous accompagner.Alors, en attendant ; ils sont confinés dans la salle d’attente, et le temps passe. Je les trouve pourtant très calmes au moment où nous pouvons enfin sortir de la division et nous acheminer vers la chapelle, eux toujours en file le long du mur.<br />
Tiens, aujourd’hui, on a pu apporter de l’eau. En arrivant dans la Chapelle, catastrophe, la salle a servi pour la fête des mères, et toutes nos affaires ont été entassées dans la pièce qui est en arrière scène, les costumes sont mélangés, et nous perdons beaucoup de temps à reconstituer le costume de chacun.Avant cela, Claude Charamathieu, le directeur du SPIP, leur explique dans quelles conditions ils pourront sortir le 12 juin. La bonne nouvelle, c’est que tous, sans exception, ont eu leur permission de sortie. C’est fondamental pour le travail de l’équipe et pour l’humeur du jour.<br />
Après tant de temps perdu, une heure, nous démarrons la répétition. Cela se déroule bien, certains sont même très appliqués et s’engagent dans le jeu. C’est la première répétition avec le costume complet, y compris la tête. Les deux premiers tableaux sont réglés, le troisième est encore à travailler.<br />
De plus en plus, nos gars sont chaleureux, expriment leur plaisir, et au moment de se quitter l’un d’entre eux, Ahmed, propose même de venir aider lors du montage de lundi prochain.<br />
Hélas cela ne sera pas possible, on ne peut pas les mettre en contact avec des outils. Dommage, mais cette proposition nous a beaucoup touchés. Plus on avance, plus on est heureux de travailler avec eux, avec ces personnalités très différentes<br />
Lundi prochain, nous installons le décor, les éclairages et le son, et il aura encore deux répétitions avec le matériel avant la représentation dans la prison.</p>
<p><strong>Lundi 7 juin 2010</strong><br />
Journée d’installation du décor, des éclairages et du son. Sans les détenus. Entrer du matériel dans une prison, surtout un matériel aussi hétéroclite, est une aventure. Par chance, la porte-chantier n’est pas encombrée, et nous passons les premiers. Chaque fois, longue attente, pour qu’on vienne nous ouvrir, puis, après le déchargement, un surveillant examine tout le matériel. L’examen commence, très méticuleux, puis il s’accélère, tellement la liste est longue, digne d’un catalogue à la Prévert.<br />
En attendant l’ouverture de la porte pour accéder au camion, nous avons le temps de voir une scène insolite : à la fenêtre d’une cellule, un détenu nourrit des pigeons qui viennent en grand nombre. Il leur jette du pain, de gros morceaux tombent dans la cour, certains pigeons restent sur le bord de la femêtre, attendant la suite en voltigeant, d’autres foncent récupérer les morceaux au sol. Et soudain arrive un gros rat, qui va se servir, prend sa part, sans affolement des pigeons qui ne bougent pas, et il repart en trottinant.<br />
Fin de la scène, le détenu jette une bassine d’eau pour nettoyer le bord de la fenêtre plein de fientes de pigeons, les volatiles disparaissent. Un temps sans rien, puis le rat revient en trottinant, vérifier qu’il ne reste rien. On dirait la réincarnation d’un surveillant qui vient faire une ronde ultime.Les oiseaux se sont envolés.<br />
La Chapelle n’est pas le théâtre idéal, mais avec l’aide de trois techniciens d’Ivry, nous passons la journée à aménager la scène. C’est prêt pour demain.</p>
<p><strong>Mardi 8 juin 2010</strong><br />
La mise en route des répétitions est de plus en plus problématique. Lorsque nous arrivons dans la première division pour récupérer notre équipe, subitement la division est bloquée, et l’on nous demande même de sortir. Une tension règne dans les couloirs.Puis nous voyons nos gars, arriver, ils sont enfermés dans une salle d’attente, on nous éloigne à nouveau, blocage général, et par les grilles du couloir central, nous voyons passer trois surveillants harnachés en Robocop, avec casques, épaulettes et genouillères, gilets pare balle, bouclier, ils traversent la division. Puis un bon moment plus tard, ils repassent, et l’attente se poursuit. On apprend qu’un détenu interné le jour même avait fait une crise violente, s’était jeté contre le mur, blessé, qu’il fallait le maîtriser. Bref, dans ces cas-là, la prison se bloque, les activités sont suspendues, et ce n’est qu’une heure plus tard que nous pouvons démarrer les répétitions. Nous obtenons de surveillants compréhensifs qu’on prolonge un peu l’atelier.<br />
Il nous manque deux personnes, l’un est en commission de révisions des peines, l’autre Mostepha, dans l’agitation générale, n’a pas été récupéré par Romain. Alors, nous devons faire des remplacements, encore une perte de temps.<br />
C’est la première, et avant dernière répétition dans le décor.<br />
Les gars sont motivés comme ils le disent, « à fond dedans », ils admirent la voix de Jeanne «, elle assure ! », ils sont plongés dans la travail avec un grand sérieux.<br />
Djamela a appelé les familles pour les inviter au spectacle à Ivry : hélas, beaucoup n’ont pas de famille à proximité. Certaines feront un long périple pour voir la représentation, 300 kilomètres. La compagne de Cédric a annoncé qu’elle passera l’après midi mais avec son bébé devra partir sans assister au spectacle . Nous ne lui dirons pas, il est très fragile, cela risque de le démobiliser.<br />
Lorsque nous abordons dans la répétition la scène ou les immigrés sans papiers sont arretés par la police, lorsque j’annonce la fouille au corps, d’instinct ils lèvent les bras… Puis Jeanne dit le texte des flics « sale rebeu, retourne chez toi » , « auvergnat, met ta casquette à l’endroit », et autres gentillesses, nos Padox nous demandent de modifier le texte, pensant que cela sera mal perçu dans la Prison.<br />
Aimé emporte le texte de Jeanne, il va le corriger. Nous voilà en pleine auto-censure. Jeanne espérait recueillir des expression vécues par eux, au contraire ils vont édulcorer le vocabulaire.<br />
Dernière répétition jeudi. Pourvu que nous ne subissions pas de tels retards, notre atelier a, depuis le début, été considérablement écourté.</p>
<p><strong>jeudi 10 juin 2010</strong><br />
Nous avions prévu 7 séances de travail de 2 heures. Mais les difficultés inhérentes au lieu carcéral ont pratiquement réduit de moitié le temps de formation.résultat, il nous manque quelques jours pour être fin près, et la présentation dans la Chapelle c’est demain. L’équipe a fait ce qu’elle pouvait, mais le fait de n’avoir eu toute la distribution un seul jour est un handicap sérieux. Alors que sera demain ? Seront-ils au complet ? Nous avons passé notre temps à remplacer l’un ou l’autre, cela crée de la confusion dans les esprits. Et nous n’aurons eu qu’une seule répétition en lumière, avec deux absents. Il va falloir jouer serré.<br />
Les stagiaires ont corrigé le texte de Jeanne concernant l’arrestation des sans papiers par la police. Nous pensions qu’ils allaient l’édulcorer : pas du tout, ils l’ont simplement mis au point, remplaçant par exemple « fouille au corps «  par « palpation ». Et remarque très juste, ils ne veulent pas qu’on dise &laquo;&nbsp;rebeu » mais « Padox », pensant que c’est une injure dans la bouche des flics. Bien vu.<br />
Nous souffrons pour eux, car la chaleur dans les Padox les mets en nage, et la douche est rare.<br />
Corinne, Gaëlle et Sarah, des vraies comédiennes, sont venues à la rescousse compléter l’effectif, car 10 Padox est un nombre insuffisant pour jouer le scénario.<br />
Les procédures d’entrée et de sortie des détenus sont  très différentes d’un jour à l’autre. Le surveillant qui est venu nous ouvrir à la fin de la séance, les comptait sans arrêt, a fait l’appel, ne voulait pas que nous marchions ensemble « on pourrait vous confondre ». Ben oui !<br />
A demain. On se serre la main, chaleureusement.</p>
<p><strong>Vendredi 11 juin 2010 </strong><br />
Nous avions prévu d’arriver tôt pour l’installation et les dernières consignes. Nos Padox ne sont arrivés qu’à 13h45 alors que le spectacle était annoncé à 14h, mais ils étaient pratiquement tous résolus, bien concentrés, et à part deux d’entre eux qui avaient abusé de la fumette (c’est fou ce que le H est pratiqué en détention), et qui réagissaient avec retard, le spectacle s’est déroulé le mieux possible, et pourtant nous avions deux absents, Robert qui est en permission, et Hervé… qui avait un parloir !!. Alors, replâtrage de dernière minute. Ce sont vraiment des conditions de travail particulièrement éprouvantes. Les détenus Padox ont assuré, notre équipe aussi, et devant une centaine de détenus venus des 3 divisions, le spectacle est passé dans un superbe silence, un court débat a suivi, d’un bon niveau. Nos gars sont heureux, le travail de Jeanne a été particulièrement apprécié, entre autres par un détenu politique basque qui avait fait du doublage et appréciait en connaisseur, un homme cultivé avec qui Jeanne a pu parler de Marie Darrieusecq. Un enregistrement a été fait par un atelier TV, cela passera sur le canal interne à Fresnes, et nous aurons un DVD, qu’on pourra par la suite regarder avec nos Padox.<br />
Les spectateurs sont pressés de retrouver leur cellule, c’est le premier match de la coupe du monde. En rechargeant le camion, nous entendons la clameur des buts.<br />
Démontage, certains nous donnent un coup de main, rangement, chargement du camion à la porte chantier, retour à Ivry, déchargement, une longue journée, en attendant demain, le spectacle à Ivry devant une salle déjà pleine.</p>
<p><strong>Samedi 12 juin 2010 </strong><br />
Le jour le plus long, l’apogée de ce travail, a commencé bien mal : les détenus devaient arriver à 8 heures 30, mais une panne de réveil de Romain, l’animateur du SPIP, fait qu’ils ont attendu en détention3 longues heures, au point que l’un d’entre eux, désespéré, voulait retourner dans sa cellule.Enfin les voilà, à 11h15, l’animation du matin sur les techniques théâtrales fut écourtée considérablement.<br />
Les retrouver hors de la prison change considérablement la perception que nous avons de chacun, une atmosphère de détente, l’envie de communiquer à l’extérieur, nos téléphones servent à appeler les familles. Après le déjeuner pris avec toute l’équipe, les familles arrivent, et nous vivons le premier moment d’émotion de la journée : Mostepha, un jeune gars charmant, découvre sa fille née, il y a 3 semaines, et qu’il n’a pas voulu voir en détention.Les épouses, les parents, les enfants envahissent le jardin du théâtre, puis à 16h, c’est la répétition avec un groupe d’Atout Majeur, une association de réinsertion d’Ivry avec laquelle nous avons déjà fait de nombreuses actions Padox dans la ville.. Il faut les mêler dans le spectacle, dans ce nouveau lieu que nos Padox de Fresnes découvrent.<br />
Hélas, l’un d’entre eux est sorti, a abusé de l’alcool, et revient complètement ivre à la répétition. Je suis obligé d’être dur, pour resserrer les rangs, provoquer une prise de conscience de l’enjeu du spectacle du soir. Romain, l’animateur, ma dit qu’il ne peut rien, qu’ils sont en permission non surveillée, et le Directeur du SPIP confirme que nous sommes obligés de leur faire confiance.<br />
Cet électro-choc soude les détenus entre eux, qui décident d’encadrer Kim, dont on découvre qu’il est gravement toxicomane.<br />
Le spectacle arrive. La salle est pleine. Pendant le discours de Leila Cukiermann, la directrice du théâtre, un grand bruit en coulisse, Kim s’est effondré. Outre l’alcool, il a pris une drogue dure. Je suis à la régie, on m’apprend que Robert, qui est en permission depuis deux jours et qui est venu répéter à 16h, n’est pas de retour. Un drogué complètement KO, et un absent, voilà la situation de départ.Mais avec l’aide forte et efficace de notre équipe et de trois régisseuses du théâtre qui nous assistent efficacement en coulisse, les détenus s’organisent, Ahmed prend en main la redistribution des rôles, et le spectacle commence. Oh bien sur, il y a des moments curieux, un Padox titube, mais en coulisse, l’auto organisation fonctionne, Gaëlle, notre amie comédienne venue en renfort,   remplace les manques au pied levé, avec son amie, Sarah et Corinne, autres comédiennes bénévoles,  elles apportent leur savoir faire d&#8217;actrice et leur attention aux détenus. Ceux-ci donnent une énergie jamais vue, ils jouent « à fond » selon l’expression du grand Souleymane, un Bambara d’une gentillesse superbe, grand et athlétique.<br />
Tous, même Cédric, le trublion, tiennent leur place, le spectacle engendre une forte émotion dans la salle qui les acclame, non par politesse ou par commisération, mais avec une sincérité tangible. Beaucoup de spectateurs que nous voyons ensuite ont les larmes aux yeux.<br />
La joie éclate en coulisse. On sent le bonheur d’avoir été au bout, la fierté d’être reconnus, pris en considération, valorisé.<br />
On a beaucoup de mal a se quitter, on demandera de les retrouver dès que la vidéo prise hier sera montée pour regarder le résultat ensemble.<br />
Oui, Souleymane, tu as assuré.<br />
Oui, Cédric, je t’écrirai, et surtout, réponds- moi.<br />
Oui, Ahmed, ta gentille femme qui pleure à chaudes larmes peut être fière de toi.<br />
Oui, Aimé, on se retrouvera en Guadeloupe, où avec Jeanne nous animerons un atelier d’écriture et la réalisation d’un spectacle avec des détenus, mais tu seras un homme libre.<br />
Oui, Justin, le Guyennais, géant au bon sourire, tu as été un superbe acteur.<br />
Oui, Désiré, le congolais, tu as bien aidé en coulisse, empêché de jouer Padox par ton asthme.<br />
Oui, Douta, le joueur de tamtam, le Wolof, tu as une belle présence.<br />
Robert, on t’a regretté. Pourvu que tu ne te sois pas laissé entraîner.<br />
Merci Djamela qui a porté cette aventure, qui a appelé les familles, organisé avec le SPIP les détails nombreux, délicats de cet atelier.<br />
Merci à toute notre équipe, très particulièrement à Jeanne qui a été la confidente de nos gaillards en mal d’affection, les a chouchoutés en apportant ses tartes et ses chouquettes, et les a impressionnés en étant leurs voix multiples des Padox.<br />
Merci à Delphine, David et Félicien qui avec patience et attention ont porté le projet, aidés par Corinne, Gaëlle et Sarah, immergées brutalement dans ce milieu tellement inhabituel pour des comédiennes.<br />
Dimanche matin, en rangeant le matériel, toute notre équipe disait son plaisir d’avoir participé à ce moment exceptionnel, émouvant, inoubliable.<br />
<strong></strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong>Dominique Houdart</strong><br />
Compagnie Dominique HOUDART, Jeanne HEUCLIN</p>
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		<title>La liberté d&#8217;expression menacée (témoignage)</title>
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		<pubDate>Thu, 14 Jan 2010 16:17:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Louise Doutreligne</dc:creator>
				<category><![CDATA[Spectacle vivant]]></category>

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		<description><![CDATA[Je me suis rendu hier Mardi 12 janvier à la Maison des METALLOS, Paris XIe pour assister au spectacle “A mon âge, je me cache encore pour fumer” de RAYHANA mise en scène de FABIAN CHAPUIS. On m’avait dit de venir tôt  à 20H15 car suite au succès et à la très bonne presse unanime, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je me suis rendu hier Mardi 12 janvier à la <a title="http://www.maisondesmetallos.org/A-mon-age-je-ma-cache-encore-pour.html" href="http://www.maisondesmetallos.org/A-mon-age-je-ma-cache-encore-pour.html">Maison des METALLOS</a>, Paris XIe pour assister au spectacle <em>“A mon âge, je me cache encore pour fumer”</em> de <strong>RAYHANA </strong>mise en scène de <strong>FABIAN CHAPUIS</strong>.</p>
<p>On m’avait dit de venir tôt  à 20H15 car suite au succès et à la très bonne presse unanime, il y avait beaucoup de monde. Effectivement, arrivée dans le hall, j’ai vu une foule nombreuse attendant l’ouverture des portes de la salle. Fabian Chapuis, le metteur en scène me signale alors qu’un petit incident technique fait qu’on commencera avec un peu de retard. Je vais au bar en attendant l’ouverture des portes. J’étais ravie de voir le monde et la très bonne presse du spectacle commencé le 8 décembre 2009. En effet c’est un texte que j’avais présenté dans le cadre des <a title="http://www.sacd.fr/Les-Mardis-Midi-du-Rond-Point-saison-09-10.1477.0.html" href="http://www.sacd.fr/Les-Mardis-Midi-du-Rond-Point-saison-09-10.1477.0.html">MARDIS du Rond-Point</a> la saison dernière en collaboration avec <a title="http://beaumarchais.asso.fr/" href="http://beaumarchais.asso.fr/">BEAUMARCHAIS-SACD</a>.</p>
<p>Après une petite demi-heure ouverture des portes et installation du public qui demeure patient et cordial&#8230; Mais nous attendons assis en salle un bon quart d’heure de plus jusqu’à ce que le metteur en scène s&#8217;adresse à nous pour nous demander de patienter encore vingt minutes supplémentaires&#8230; Le public proteste un peu et demande qu’on lui dise vraiment ce qui se passe&#8230; Le directeur des Métallos et le metteur en scène nous informent alors qu’il s’agit d’un accident dont a été victime une des comédiennes, qu’elle est allée à l’hôpital mais qu’elle arrive&#8230; Mais que si certains veulent repartir et revenir un autre jour ou se faire rembourser il n’y a aucun problème. Très peu de gens partent, nous patientons vingt minutes supplémentaires et enfin le spectacle démarre. Spectacle joué par neuf femmes (cela se passe dans un hammam, le jour des femmes à Alger) et un homme&#8230; Très beau, très sobre et pudique bien qu’abordant de façon politique et courageuse la problématique du corps féminin (de tout âge et de toute classe sociale) dans la société algérienne face aux hommes et aux pouvoirs politiques et religieux&#8230;</p>
<p>A la fin du spectacle, lors des saluts, très applaudis, très chaleureux, je m’aperçois que Rayhana, l’auteure qui  joue un très petit rôle dans le spectacle est très troublée et au bord de s&#8217;effondrer&#8230; Dans le hall, je félicite les comédiennes que je connais ainsi que Fabian le metteur en scène et lui demande si je peux voir Rayhana, il me prie de surtout l’attendre ajoutant “elle a besoin de tous les soutiens possibles”&#8230; J’attends assez longtemps, on me dit qu’elle est en train de prendre une douche&#8230; Quand Rayhana est arrivée des loges et m’a vue , elle s’est littéralement effondrée dans mes bras et m’a dit à l’oreille “ils m’ont aspergée d’essence et ont mis le feu, j’ai réussi à courir, les commerçants m’ont fermé leurs portes au nez&#8230; J’ai peur, j’ai peur&#8230; Ils m’ont ratée en Algérie, ils m’auront ici&#8230; Et regardant enfin autour d’elle , j’ai vu deux policiers qui l’accompagnaient&#8230; Les autres comédiennes dont Marie Laborit m’ont confirmé qu’elle était sous protection, qu’elle ne dormait pas chez elle, mais chez une cousine, qu’elle serait protégée, je suis retournée vers Rayhana, je lui ai redonné ma carte avec mon numéro personnel et mon mail, lui disant que la SACD était là aussi pour l’aider&#8230;</p>
<p><a title="http://www.sacd.fr/La-Liberte-d-expression-et-de-creation-encore-menacee-en-France-en-2010.1482.0.html" href="http://www.sacd.fr/La-Liberte-d-expression-et-de-creation-encore-menacee-en-France-en-2010.1482.0.html">Lire le communiqué SACD</a></p>
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		<title>Philippe Séguin et le cinéma</title>
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		<pubDate>Mon, 11 Jan 2010 14:24:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Audiovisuel]]></category>

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		<description><![CDATA[La mort de Philippe Séguin a donné lieu à une avalanche de condoléances plus ou moins hypocrites, faux derches (celles de Juppé ou de Jospin que cette mort surprenait en pleine promo et qui devait céder son temps de parole), à un déluge de regrets coincés, avec des expressions calibrées, taillées sur mesure  qui voltigeaient [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La mort de Philippe Séguin a donné lieu à une avalanche de condoléances plus ou moins hypocrites, faux derches (celles de Juppé ou de Jospin que cette mort surprenait en pleine promo et qui devait céder son temps de parole), à un déluge de regrets coincés, avec des expressions calibrées, taillées sur mesure  qui voltigeaient d&#8217;un article à l&#8217;autre :  forte personnalité, Républicain, gaulliste social. Quelques exceptions ici et là, notamment celle de Serge Moati visiblement très ému et d&#8217;Henri Guaino. J&#8217;aimais bien Philippe Séguin. Les deux ou trois fois où je l&#8217;ai rencontré, il m&#8217;a étonné par sa culture, sa rapidité de décision, son intérêt et sa connaissance de très nombreux sujets. Notamment le cinéma. Ce que je n&#8217;ai lu nulle part. On parlé de son amour du foot mais pas du cinéma qui l&#8217;a conduit à accepter de siéger au Conseil d&#8217;Administration du Festival de Cannes.</p>
<p>Je me souviens de son intervention dans la regrettée émission <em>Cinéma, Cinémas</em> où l&#8217;on interrogeait un certain nombre d&#8217;hommes politiques sur leur rapports avec le 7ème art. Philippe Séguin avait été l&#8217;un des plus brillants et quand il parlait des films qu&#8217;il aimait, ne pratiquait jamais la langue de bois. Les réalisateurs producteurs lui doivent une fière chandelle. Dans les années 80, le ministère des finances avait décidé de considérer les réalisateurs gérants des sociétés de production au capital de 100 000 francs sociétés créées à la demande du ministère de la Culture pour permettre à des réalisateurs de toucher l&#8217;avance sur recettes) comme des salariés, même s&#8217;ils n&#8217;étaient absolument pas rémunérés. Et on commençait par prendre en compte le capital qui avait servi à monter la société et qui était souvent constitué pour une partie de scénarios et de droits divers. Cet intérêt était rétro actif et certains cinéastes s&#8217;étaient vus demander des sommes énormes . Je me souviens de Michel Drach à qui les huissiers réclamaient, dans un délai très court,  plus de 800 000 francs. Toutes les tentatives que la SRF avait faite au près des Ministères de la Finance et  de la Culture, dirigés par des socialistes, avaient débouché sur une impasse.  Après les élections, nous avions demandé Gérard Guérin et moi à rencontrer Philippe Séguin qui était ministre des Affaires Sociales et de l&#8217;Emploi. En quelques minutes, on réalisa qu&#8217;il connaissait parfaitement le dossier, ce qui n&#8217;était le cas d&#8217;aucun de nos interlocuteurs précédents. Et qu&#8217;il connaissait la carrière et les films de tous les auteurs concernés. En fait on parla surtout de cinéma, ce qui n&#8217;était pas si courant avec les députés chiraquiens. Et il régla tous les problèmes, fit cesser les procédures.</p>
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		<title>Identité et spécificité de l&#8217;écriture pour la Rue</title>
		<link>http://www.ca.blog.sacd.fr/index.php/2009/11/09/identite-et-specificite-de-lecriture-pour-la-rue/</link>
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		<pubDate>Mon, 09 Nov 2009 11:39:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dominique Houdart</dc:creator>
				<category><![CDATA[Arts de la rue]]></category>

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		<description><![CDATA[Cette réflexion analyse et prolonge les débats organisés par la SACD et la Fédération des Arts de la rue le 23 octobre 2009, sur le thème « Quelles aides pour les arts de la rue et pour quels lieux ?». Il est utile de questionner les origines d’un art pour en percevoir l’identité et la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Cette réflexion analyse et prolonge les <a href="http://www.sacd.fr/Journee-des-auteurs-des-Arts-de-la-rue-videos.1383.0.html" target="_blank">débats organisés par la SACD et la Fédération des Arts de la rue le 23 octobre 2009</a>, sur le thème <strong>« Quelles aides pour les arts de la rue et pour quels lieux ?».</strong><br />
Il est utile de questionner les origines d’un art pour en percevoir l’identité et la spécificité. Dans le cas des arts de la rue, l’origine est double. Origine religieuse dans les Dionysies, processions accompagnées de chants et de musique, chœurs de satyres et de bacchantes, en l’honneur de Dionysos en Grèce, Bacchus chez les Romains.<br />
L’autre origine, peut-être plus éclairante en ce qui concerne l’écriture, est liée à la création des villes, dans l’Antiquité ou au Moyen–Âge. Peu de villes sont issues d’une volonté précise, d’un marquage au sol comme la Rome de Romulus et Remus.<br />
Les villes sont nées, pour leur grande majorité, du carrefour et de la foire. Au croisement des grands axes de circulation, les commerçants itinérants créaient des rendez-vous réguliers, et instauraient des foires, des lieux de commerce dans le sens premier du terme, et petit à petit, autour de ces carrefours, des villes se sont bâties. Ces lieux de rencontre étaient très naturellement des lieux de jeu, de spectacle, de musique. L&#8217;art de la rue est l’art premier des villes en devenir. Et tout naturellement, de ces deux origines, religieuse et commerce entre les hommes, découlent l’identité et la spécificité des arts de la rue.</p>
<p>Dès l’origine, toutes les disciplines artistiques sont convoquées, parole, danse, musique, art plastique, mime, masque, art du mouvement et de la performance physique, harangue…</p>
<p>Dès l’origine cet art est fondé sur la rencontre plus ou moins fortuite avec le public.</p>
<p>Dès l’origine, la nécessité d’attirer, de convaincre, et d’échanger, a été privilégiée. Surtout pas l’art pour l’art, mais l’art pour la rencontre, le dialogue, l’émotion.</p>
<p>Dès l’origine, au moins dans la partie laïque de ces origines, la rue fut le lieu d’une expression politique. Notre grand ancêtre c’est le colporteur, qui utilisait tous les moyens artistiques à sa disposition pour vendre objets, livres ou images, mais aussi pour transmettre et diffuser les idées politiques, les colporter. On sait le rôle qu’il a joué dans l’élaboration des cahiers de doléances, ferment de la Révolution Française.</p>
<p>L’identité des arts de la rue, c’est donc aussi la parole, mais pas dans le sens verbal du terme. Plus dans le sens de témoignage, de présence, et aussi de miroir d’une société.<br />
Je me souviens que lorsque sortit le film « Trafic » de Jacques Tati dans les années 60, des publicistes inventifs, en guise d’affiche sur la façade d’un cinéma des Champs-Élysées, avaient installé un gigantesque miroir qui reflétait la circulation de cette avenue. Et le trafic urbain, tout d’un coup, était mis en perspective, en abîme, il se théâtralisait. La parole devenait visuelle, métaphorique, symbolique.<br />
Cet effet de miroir se double d’une adaptabilité tout à fait caractéristique, adaptabilité au lieu, à l’environnement, au public, à la météo.</p>
<p>L’art de la rue est donc constitutif de l’écriture de la ville, de ses rapports humains, sociaux et politiques.<br />
Jusqu’au jour où le pouvoir s’installe et capte la parole libre, l’enferme dans des règles et des contraintes. C’est toute la question de l’écriture et du pouvoir. L’écriture pour l’espace public est ouverture, pluridisciplinaire et libertaire. Le pouvoir contraint l’espace public, mais pas uniquement le pouvoir : l’espace public est, selon la très éclairante expression de Pascal Le Brun-Cordier, le terrain de la « guerre des récits. Il s’agit donc de chercher le moyen d’exister autrement dans la rue, trouver de nouveaux cadres de récit.<br />
C’est toute la recherche de Francis Peduzzi, directeur du Channel, Scène Nationale de Calais, qui pense son action et ses choix comme un « récit » et agit sur l’espace public en passant commande, en acceptant la trahison de la commande.</p>
<p>L’espace public est de plus en plus confisqué par les tutelles, les arts de la rue n’ont droit de cité qu’à temps fixe, en lieu fixe, en rendez vous organisés et annoncés. Et ils perdent ainsi leur saveur, leur spontanéité, leur raison d’être.</p>
<p>L’auteur, la Compagnie, l’artiste, sont ainsi plus ou moins conditionnés par les lois du marché, par une demande qui, sans faire de la censure, évolue vers une <strong>démocratisation culturelle</strong> plus que vers une véritable <strong>démocratie culturelle</strong>.</p>
<p>L’espace public ne devrait pas être un lieu de spectacle comme un autre, un lieu pour poser des spectacles, mais un lieu porteur de création à sa mesure, à sa démesure. L’artefact n’a pas vraiment sa place dans la rue. L’innovation doit avant tout prendre en compte tous les paramètres, population, urbanisme, architecture, et l’artiste doit au milieu de tout cela être le médiateur, le catalyseur, l’orchestrateur de tous ces instruments.</p>
<p>L’aide, la subvention, la bourse en direction des auteurs, doit aller dans ce sens. Spécificité, innovation, et pas uniquement dans les grands rendez-vous habituels, indispensables mais insuffisants, qu’il ne faut pas négliger mais qui ne sont pas le but unique et ultime&#8230; Comme le proclame André Gintzburger, « l’intérêt du théâtre de rue c’est qu’il surgisse là où on ne l’attend pas ». Mais dans ce cas, qui paiera la production et les salariés ?<br />
Cela nous renvoie au thème de cette journée de réflexion, « quelles aides et pour quels lieux ? »<br />
C’est tout le sens de l’évolution du dispositif d’aide de la SACD « <a href="http://www.sacd.fr/Auteurs-d-espace-public.1319.0.html" target="_blank">Auteurs d’espace public</a> »  qui entend jouer un rôle incitatif, d’aide au surgissement d’auteurs voués à cet espace et à cette prise en compte du « récit ».</p>
<p>Mais, comme le fait très justement remarquer Ema Drouin, si on veut penser espace public, il faut penser public partenaire. Si on veut aller dans l’espace public, il faut échapper à l’espace politique contraignant et contraint.<br />
Mai 68, le Printemps de Prague, la révolution des Œillets, ont vu surgir des auteurs, des poètes, des plasticiens. La rue était en effervescence, en création. Hors norme, hors institution.<br />
L’institution, l’Etat, les Collectivités territoriales, devraient être au service du public, et pas le contraire. Mais le Ministère interrompt les Entretiens de Valois, nous renvoie au dialogue avec les collectivités territoriales qui sont déjà exsangues, de Charybde en Sylla…<br />
Faut-il attendre que la manne se tarisse totalement pour que le public et les artistes se prennent collectivement en charge, comme le font de nombreuses associations dans le domaine humanitaire, écologique, économique ?La taxe Tobin, les aides individuelles dégrevées d’impôts, le mécénat du public, sont des pistes qui permettent d’ouvrir l’espace public au jeu, à la poésie, à la création, à l’invention du récit.</p>
<p>Ces réflexions et bien d’autres peuvent alimenter les débats d’une association d’auteurs pour l’espace public qui se constituera en janvier 2010<br />
<strong></strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong>Dominique Houdart</strong></p>
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		<title>PADOX à Jérusalem &#8211; Festival Palestinien « Jérusalem dans tous ses états » [vidéo]</title>
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		<pubDate>Mon, 26 Oct 2009 16:59:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dominique Houdart</dc:creator>
				<category><![CDATA[Arts de la rue]]></category>

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		<description><![CDATA[Voir la vidéo : Les Padox en Palestine Dimanche 27 septembre 2009 Jamais nous n’avions connu une fouille aussi intense à l’aéroport au départ vers Tel-Aviv. Un détecteur à explosif est passé dans tous les recoins de nos valises, et le fait que nous emportions avec nous 27 talkies-walkies pour les besoins du spectacle crée [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;"><strong>Voir la vidéo : Les Padox en Palestine</strong></p>
<div><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="480" height="275" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowScriptAccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.dailymotion.com/swf/xb7joc&amp;related=0" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="480" height="275" src="http://www.dailymotion.com/swf/xb7joc&amp;related=0" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true"></embed></object></div>
<p><strong>Dimanche 27 septembre 2009</strong></p>
<p>Jamais nous n’avions connu une fouille aussi intense à l’aéroport au départ vers Tel-Aviv. Un détecteur à explosif est passé dans tous les recoins de nos valises, et le fait que nous emportions avec nous 27 talkies-walkies pour les besoins du spectacle crée une certaine agitation. Mais finalement, cela passe.<br />
C’est vraiment curieux que la police et la sécurité israéliennes puissent opérer sur le territoire français. La confiance règne !<br />
À l’arrivée à Tel-Aviv, un membre du Centre Culturel Français de Jérusalem-Est nous accueille en nous disant « Vous tombez bien, il y a de la bagarre dans la vieille ville de Jérusalem, des extrémistes religieux juifs ont fait une incursion sur l’esplanade des mosquées, on ne sait pas comment cela peut tourner ». Effectivement il se confirme que ce genre de provocation est récurent à l&#8217;approche du Yom Kippour, mais en arrivant à Jérusalem, Olivia, l’organisatrice du Festival « Jérusalem dans tous ses Etats » nous confirme qu’il y a eu 17 blessés, que les affrontements continuent, qu’il vaut mieux ne pas s’aventurer dans le quartier Est, et que les activités sont suspendues.<br />
Nous venons participer à ce Festival avec l’appui du Centre Culturel Français de Jérusalem Est et de Cultures France qui prennent en charge le voyage. Le Festival nous assure l’hébergement et la nourriture. Notre équipe, outre Jeanne et moi, est composée de deux de nos compagnons de route actuels, Félicien Graugnard et David Lippe, qui ont accepté des conditions difficiles à tous points de vue.<br />
Demain, Jérusalem est une ville morte en raison du Yom Kippour, ce jour-là on peut faire du vélo sur l’autoroute entre Jérusalem et tel Aviv (expression consacrée entendue de toute part).<br />
Olivia craint cependant que ces évènements tournent mal. Et comme souvent ici, l’humour ne perd pas ses droits : « On pensait que la 3e guerre mondiale arriverait avant la 3e Intifada, eh bien non !!! »<br />
Demain premier rendez vous avec nos stagiaires.</p>
<p><strong>Lundi 28 septembre 2009</strong><br />
Youm Kippour paralyse vraiment les activités, et nos stagiaires n’ont pas osé venir, craignant de ne pas pouvoir rentrer chez eux. Seuls trois jeunes Roms, qui habitent la vieille ville, étaient au rendez-vous. Nous aurons nos stagiaires demain, si tout va bien.<br />
Car il y a depuis hier une tension à Jérusalem. C’est intéressant de lire la presse française qui annonce qu’un groupe de touriste qui voulait visiter l’esplanade des mosquées a été agressée par des palestiniens. Le Monde et le Figaro ont fait confiance à une dépêche de l’agence Reuter  qui cache la vérité. L’agression vient en réalité d’extrémistes religieux juifs. La journée a été calme grâce a Yom Kippour, mais que se passera-il demain ?<br />
Le festival palestinien auquel nous participons a commencé avec l’équipe d’Ici même de Grenoble, menée par Corinne Pontier. Ils proposent une déambulation, les yeux fermés, guidés par un membre de l’équipe. Ils ont comme partout recruté des guides sur place. Et ils investissent la rue Salah El Din, le cœur du quartier palestinien de Jérusalem. Ayant eu l’occasion de faire ce superbe parcours à Paris, nous avons voulu les suivre en spectateurs extérieurs. Les réactions des passants sont étonnantes, de l’inquiétude à l’admiration. Ils ont déambulé dans un parking au début du parcours, et les trois gardiens du parking, voyant que j’observais ce jeu, m’ont demandé la signification de cette proposition. Quand ils ont compris ce que je leur expliquais, découverte sensible de la ville par l’ouie, l’odorat, les sensations, l’un d’entre eux a eu cette belle réflexion : « C’est quand on ferme les yeux qu’on sent qu’on est aimé de Dieu. »</p>
<p><strong>Mardi 29 septembre 2009</strong><br />
Une promenade sur les toits de la vieille ville, est un moment rare. Au-dessus des souks, on devine les marchands d’épices à l’odeur qui monte par les ouvertures de la galerie, et l’on y découvre un large panorama sur le Mont des oliviers, la Mosquée El Aksa, les nombreux clochers, les minarets, et une forêt  de fils, d’antennes, de tôles, de jardins, de terrasses, d’abris de fortune.<br />
Le stage Padox semble bien commencer, 24 stagiaires arrivent, mais un petit groupe de comédiens, déçu de voir qu’il y avait un certain nombre de jeunes en difficulté, accompagnés par un éducateur, décident que ce n’est pas pour eux, qu’ils ne veulent pas être mélangés, et partent. C’est bien décevant, de voir qu’au sein de cette communauté palestinienne, il y a de tels clivages. Il est vrai que ces jeunes n’ont aucun repère, aucune éducation culturelle, mais justement nous pouvons, nous et les autres stagiaires, les aider en ce sens. Hélas, au bout d’une demi-heure, l’éducateur nous lâche, cela rend le stage difficile à mener. Bref, aujourd’hui, la séance se termine avec 13 stagiaires, dont nos 3 jeunes Roms, charmants, mais timides au milieu des grands gaillards palestiniens, tous des garçons, alors que nous avons 2 filles Rom et un gamin de 11 ans (qui se révèle un bon partenaire).<br />
Réflexion d’une des jeunes Roms, elle me demande si je suis Gypsy. Comme si on ne pouvait s’intéresser à elle que si on était Gypsy…<br />
Nous apprendrons par la suite qu’un aveugle israélien avait demandé à faire la promenade avec «Ici Même », et que les guides palestiniens ont refusé de le conduire. Tout cela est dur à avaler. On nous explique que certains jeunes palestiniens ont participé à des stages mixtes, et que cela leur a valu des ennuis : prison, rejet par leur communauté. Cela nous éclaire sur la réserve des uns et des autres, cette méfiance viscérale d’une communauté pour l’autre. L’histoire ne va pas dans le bon sens, la solution de ce conflit qui se durcit tous les jours est absolument impossible à imaginer.</p>
<p><strong>Mercredi 30 septembre 2009</strong><br />
Nous avons perdu quelques stagiaires, justement les jeunes en difficulté, leur éducateur ne les a pas accompagnés et n’a pas donné d’explication, pourtant l’un d’entre eux, rencontré dans la rue, nous a dit son intérêt pour le travail. Quel gâchis ! Le groupe se restreint, mais les volontaires qui restent sont motivés, et leur première expérience en plein air est prometteuse : leur plaisir vient des réactions du public, d’une chaleur exceptionnelle. Nous avons rarement eu un public aussi exubérant. Nous répétons dans la cour de l’YMCA, un attroupement s’est formé devant la grille, et les commentaires amusés fusaient.<br />
Bien entendu, il est impossible d’avoir tout le monde tout le temps, certains travaillent, mais ils nous rejoignent rapidement dès qu’ils sont libres, et nous donnent leur vendredi et leur dimanche qui sont les jours de repos pour les musulmans.<br />
Demain les volontaires qui servaient de guides dans la déambulation de « Ici même » nous rejoindront peut-être. Le groupe va s’étoffer.<br />
En rentrant dans la vieille ville après la répétition, nous sommes tombés sur un événement impensable dans ce pays : une femme, âgée, nue, mais avec un voile sur la tête, courait dans le souk en hurlant. Tout autour les gamins riaient, l’un d’entre eux, voyant notre étonnement, a mis son doigt sur la tempe en disant « crazy ». Et pour une fois, pas de soldats armés ou de policiers à l’horizon. Et pourtant les rues des souks sont truffées de micros et de caméras.</p>
<p><strong>Jeudi 1er octobre 2009</strong><br />
Le grand jour est arrivé, première sortie du groupe des Padox, et pour le baptême du feu, j’ai choisi de commencer par la porte de Damas, à l’entrée Est de la vieille ville, un des lieux de passages les plus fréquentés, une architecture superbe, avec ces murailles gigantesques maintes et maintes fois détruites, et finalement restaurées par Soliman au XVIè siècle, mais dont les fondations romaines sont encore visibles. Là tout un peuple de marchands, de touristes, de religieux de toutes sortes, de juifs orthodoxes, de palestiniens, se croisent et cohabitent. Mais c’est aussi là que lorsque nous étions présents pour un festival israélien au début de la première Intifada en 87, nous avons vu la police montée israélienne foncer sur les marchands et reverser leurs étals.<br />
Les Padox arrivent, et descendent en ligne les marches de cette belle place en amphithéâtre (un lieu superbe pour un spectacle…). La foule étonnée se masse en bas. Au centre de la partie basse, en face de la belle porte aux énormes clous une marchande de raisin. Les Padox viennent tous s’asseoir au sol, en face d’elle, et immédiatement une foule bruyante se presse tout autour. Cette femme devient la reine de la place, l’objet de toutes les attentions. Puis nous nous entrons en contact avec le public, un bain de foule un peu étouffant, au point que nous remontons dans la circulation, traversée de rue, jeu avec les voitures, les passants, les marchands, avant de regagner le bus. À ce moment précis, arrive la police. Nos accompagnateurs expliquent qu’il s’agit d’un stage de théâtre organisé par le Centre Culturel Français de Jérusalem, il faut parlementer un certain temps, et enfin nous pouvons repartir.<br />
La prochaine étape est justement le Centre Culturel Français de Jérusalem Est, rue Salah El Edin, lieu de repos dans le jardin- avant de repartir dans la rue, jouer avec les boutiques, les passants. Très vite tous les gamins du quartier déboulent, les familles, ils nous escortent jusqu’à un jardin ou, sous de beaux pins, les Padox ramassent des pommes de pin pour les offrir au public. Et enfin, ils vont faire la circulation sur un carrefour très proche, créant un encombrement déclanchant un concert de klaxon monstrueux, avant de rapatrier la salle de répétition.<br />
Ce premier contact est plus qu’encourageant, le public est chaud, spontané, d’une grande gentillesse, sans agressivité, et avec notre équipe, en repensant la journée, nous nous disons que cela pourrait être le début d’un splendide travail de quartier. Imaginons la présence des Padox ici, pendant 15 jours, formation et jeu, et au bout de 15 jours, un grand spectacle populaire joué par 40 Padox là, par exemple dans cet amphithéâtre naturel de la Porte de Damas.<br />
J’en veux pour preuve les rencontres que les uns et les autres avons faites, à la nuit tombante, en rentrant à l’hôtel : en passant porte de Damas, les commerçants nous ont reconnus, et interpellés, nous demandant si les grosses têtes allaient revenir, qui était dedans, ravis d’apprendre que c’étaient de jeunes palestiniens. Et bien sûr, nous sommes à Jérusalem, la religion ne perd pas ses droits, l’un d’entre eux nous dit « Ce sont des envoyés de Dieu ». Tiens, nous n’y avions pas pensé. Et si c’étaient plutôt des envoyés des hommes ?</p>
<p><strong>Vendredi 2 octobre 2009</strong><br />
Vendredi, le jour très délicat à Jérusalem. C’est le jour où tous les palestiniens musulmans vont prier sur l’esplanade des mosquées, c’est le jour des incidents, des bagarres. Or nous avions prévu de jouer dans la vieille ville, sur les terrasses et autour d’un restaurant situé au cœur du marché Muristan, un des très beaux lieux de Jérusalem, a deux pas du Saint Sépulcre. Dès le matin, les hélicoptères tournent au-dessus de la vieille ville, qui est bouclée par la police et l’armée : seuls les Arabes de plus de 45 ans peuvent aller prier à la mosquée, les autres sont refoulés, y compris femmes et enfants. Nous devons donc annuler cette sortie, et trouver un autre lieu.<br />
Et pourtant, la vue de cette terrasse est fantastique, au-dessus des toits de la ville, et vers 11h, soudain, tous les minarets se mettent à psalmodier, la ville n’est qu’un chant, une des mosquées émet un appel plus grave que tout ce que nous avions entendu, y compris au Yemen, toute la ville résonne au nom d’Allah.<br />
En discutant avec notre accompagnatrice palestinienne, Ashira, une fille énergique, débrouillarde, rieuse, qui a su embobiner la police au moment de l’incident d’hier, nous décidons d’aller rendre visite avec les Padox à deux familles palestiniennes expropriées par de colons, et qui depuis des mois vivent dehors, dans un camping de fortune, devant leur maison.<br />
Rencontre très émouvante, nous sommes reçus avec une joie immense. Tout cela se passe à Jérusalem Est, la ville palestinienne occupée depuis 67, ou la colonisation cherche à gagner du terrain.<br />
La 2e rencontre est impressionnante. Les Padox s’installent sous la tente qui sert de logement à la famille expulsée, et toute la population avoisinante nous rend visite. En face, la maison occupée : le garde du corps prend des photos, appelle la police qui arrive au bout de 3 minutes et fait demi-tour, un jeune colon, craignant qu’on lui abîme sa voiture, démarre en trombe pour aller se garer plus loin. Toute la communauté accourt, les enfants s’accrochent aux Padox, et quand nous regagnons le bus qui nous a amenés, une foule nous accompagne et les colons respirent.<br />
Dernière image insolite de la journée, à l’intérieur de la porte de Damas, on entend le dernier appel du Muezzin, et en même temps nous voyons une très grande quantité de juifs religieux, chapeaux noirs en fourrure, papillotes, vestes noires et bas noirs, qui se précipitent vers la Synagogue, comme s’ils répondaient à cet appel, car à la dernière prière musulmane correspond le début du Shabbat juif.</p>
<p><strong>Samedi 3 octobre 2009</strong><br />
Le but des sorties des Padox pour la journée, c’est le mur, ce serpent hideux qui coupe les familles, les champs, le pays, les villes et les villages. Nous visons le mur qui est près de l’université palestinienne et qui oblige les étudiants qui habitent dans les quartiers très proches à faire 30 kilomètres pour y accéder.<br />
Les Padox débarquent du bus, marchent vers le mur, l’examinent, le palpent, le mesurent, essaient de l’escalader, de le pousser, et finalement d’effondrent en pleurant à ses pieds. Les étudiants qui sortent de la faculté s’agglutinent, et les automobilistes, intrigués, passent, et repassent, heureux de voir cette scène, essayant de comprendre le message.<br />
Après un temps de repos,  c’est dans l’université que nous entrons, au milieu d’une foule de plus en plus dense d’étudiants :au début nous réussissons à faire un travail un peu organisé et esthétique, mais très vite nous sommes débordés par le nombre, l’enthousiasme, et surtout, hélas, le désir de se faire photographier avec les Padox.<br />
Nos stagiaires commencent à bien se débrouiller, à prendre leur autonomie dans les moments qu’on leur laisse libres, établissent le contact.<br />
Il paraît qu’à Jérusalem, la rumeur est bonne, on parle beaucoup de ces « aliens ». Je pense qu’il faudra  lundi retourner à la porte de Damas. Mais demain, la mission est importante, le Check Point de Kalendia et le camp de réfugiés qui est à proximité. Nos stagiaires sont ravis. Et Yasser, le jeune Rom de 11 ans qui joue avec nous, déploie une énergie merveilleuse. Ses cousines, 13 et 14 ans, font aussi de gros progrès, commencent à vivre de façon autonome dans leur personnage.<br />
L’aller et le retour en car est un moment joyeux, le chauffeur met une musique locale qui les entraîne à danser malgré la fatigue et la chaleur.</p>
<p><strong>Dimanche 4 octobre 2009</strong><br />
Est-ce à cause de la pleine lune ? Ce dimanche est la journée de toutes les déceptions.<br />
Déception, car dès le matin, la vieille ville est bouclée par la police et l’armée, les palestiniens ne peuvent pas entrer : c’est le lendemain de la fête juive des cabanes, Soukkoth (les familles construisent une cabane en souvenir de la traversée du désert), c’est un jour de fête, avec des palmes, et comme souvent un groupe de juifs orthodoxes est allé chanter et danser devant l’entrée de l’esplanade des mosquées. Les hélicoptères reprennent leur ronde dans le ciel, beaucoup de commerçants sont fermés, les bénévoles de Ici Même ne peuvent pas entrer dans la ville pour dire au revoir à l’équipe qui part. S’ajoute à cela une curieuse panne d’internet quoi empêche toute communication.<br />
Autre déception, plus amère : nous devions retrouver nos Padox pour aller au Check Point de Kalendia, sur la route de Ramallah,  et au camp de réfugiés qui est juste à côté. En arrivant à l’YMCA, notre lieu de répétition et de vestiaire, nous trouvons porte close, personne dans l’organisation n’avait songé que ce lieu était fermé le dimanche !Sans costumes, nous ne pouvons rien faire, nous sommes livrés à nous-même et nous embarquons l’équipe boire un pot dans un restaurant proche, pour faire passer la pilule.<br />
Nous profitons de ce moment de liberté pour discuter avec ceux qui sont restés avec nous, particulièrement avec l’un d’entre eux qui étudie à l’Université, et est actuellement plongé dans le théâtre occidental du XVIIe siècle. Et là, déception ultime et violente, il nous montre son portable, sur lequel est gravé « Hitler », et nous dit en être « fan ». Nous sommes effondrés. Oui, bien sur, il faut comprendre que ce peuple est anéanti, bafoué, spolié, méprisé, et qu’il a besoin de trouver des voies de résistance.<br />
Le nazisme qui fait aussi des adeptes dans la communauté juive d’origine russe, des jeunes qui n’ont pas connu la shoah et qui sont attirés par les méthodes radicales et inhumaines.<br />
Quelle journée.<br />
Promis, demain nous réaliserons le programme prévu aujourd’hui. La lune sera décroissante.</p>
<p><strong>Lundi 5 octobre 2009</strong><br />
Nous sommes dans un pays où il est aventureux de faire des prévisions. Ou plus exactement, il faut s’adapter, et transformer l’événement en décision. Aujourd’hui, la fête juive continue, Soukkoth se prolonge, 2 jours chômés, 7 jours de fête,au point qu’à nouveau, la vieille ville est bouclée, l’esplanade des mosquées est interdite, des hordes de juifs religieux convergent, tandis que les Arabes sont bloqués aux portes. Et naturellement, cette situation engendre des affrontements.<br />
Ainsi, après une visite au centre culturel Gypsy, nous partons vers le Check Point de Kalendia, et en route nous apprenons qu’il y a de la bagarre et des tirs de l’autre côté du check point, et aussi près des mosquées. Nous approchons du Check point, les voitures sont détournées, j’essaie se demander à un militaire si nous pouvons passer, il refuse de répondre. Certains de nos Padox n’ont pas leurs papiers d’identité (les mineurs ne peuvent passer qu’avec leurs parents), la rumeur des bagarres se confirme, donc demi-tour en route vers Jérusalem, rue Salah Ed Dhin, puisque la vieille ville nous est interdite, et que jouer devant le Check point serait dangereux : ce n’est pas la police, mais aujourd’hui l’armée qui garde le passage, et nos amis palestiniens précisent que les militaires ne discutent pas et tirent facilement..<br />
La tension est extrême, et même si le public s’agglutine autour des Padox, nous sentons une grande nervosité. Les enfants braillent, les parents d’énervent, nous injurient, un père monte dans le bus, où un de nos stagiaires se reposait, s’empare de la tête de la marionnette et la roue de coups.<br />
Les Padox vont à la poste, font la queue aux guichets, et là, incident : sans doute nous prend-on pour des Israéliens, un arabe fou furieux essaie d’arracher la tête d’un Padox, Jeanne s’interpose, il l’agresse violemment, nous devons battre en retraite. Il est certain que dans ce genre de situation et de tension, un service d’ordre serait utile, ainsi que des distributeurs de tracts pour expliciter notre présence et éviter les malentendus.<br />
Mais le Festival a trop peu de moyens, a du mal a gérer l’ensemble et le Directeur, François Abou Salem, est totalement absent, en peine création de son Ubu pour le festival israélien de Acco (Saint Jean d’Acre).<br />
Cette journée nous a permis de vivre le quotidien des palestiniens, en buttes à ces brimades perpétuelles qui font monter la tension et expliquent la violence de certains. La gentillesse des Padox, leur envie de fraternité et de tendresse, atteint ses limites. Nous avons du mal a exiger que nos stagiaires gardent la douceur du personnage.<br />
<strong><br />
mardi 6 octobre 2009</strong><br />
Cette tension va durer toute la semaine, puisque la fête religieuse a cette durée. Donc ce matin, ville bouclée, hélico, et coup de fil de la directrice du festival de Acco ou nous devons jouer a partir de demain : le chauffeur refuse de venir chercher nos colis dans Jérusalem Est ! La peur, la haine, la tension règnent des deux côtés. Le chauffeur craint de s’aventurer à l’Est, craignant les représailles, il faut donc trouver un transporteur local, palestinien, qui nous conduise avec nos 400 kgs à la porte de Jérusalem Est, dans le quartier Israélien.<br />
Hier les religieux ont prié pour la pluie. Eh bien il pleut !<br />
Finalement le chauffeur d’Acco arrive, avec un véhicule trop petit, qui nous oblige a vider les malles et à tout mettre en vrac. Et quand il s’agit d’aller vers la Vieille ville pour récupérer nos bagages, impossible, tout est fermé. Donc nous devons y aller à pied, au retour, le Directeur du centre Culturel français de l’Ouest, Olivier Debray, nous aide en transportant les bagages dans sa voiture jusqu’au barrage. Il nous a promis de parler de nos problèmes à son collègue du CCC de Jérusalem Est qui est  le partenaire du festival.<br />
Bref, 3 heures plus tard, nous pouvons partir, et l’arrivée à Acco se fait sous un orage et une pluie tellement forte que les rues sont réellement inondées. Le festival est désorganisé par la pluie, nous nous installons dans ce qui tient lieu de chambres, deux lits de camp et rien d’autre, un repas succinct pris en 10 minutes car la cantine ferme à 9h, ce n’est pas glorieux.</p>
<p><strong>Mercredi 7 octobre 2009 </strong><br />
Journée Marathon, nous avons quelques heures seulement pour former nos Padox, et nous sommes programmés à 18h30 … Eh oui, de nouveaux stagiaires, car ce festival israélien n’a pas voulu accueillir nos stagiaires palestiniens ! Avec des stagiaires habiles, cela serait une gageure, mais nos stagiaires, nous le découvrons très vite, sont des jeunes en difficulté, bruyants, agités, et dont la faculté de concentration est limitée. Les débuts sont délicats, mais la démonstration de David et Félicien, puis l’essai des costumes provoquent un intérêt qui étonne l’éducateur, et l’équipe, toujours assez remuante, fait très vite des progrès au point que nous pouvons faire une sortie d’essai à 17 h au soleil couchant sur la plage .Le caractère contemplatif et poétique des Padox opère, l’éducateur découvre les vertus de la marionnette habitable, et nous dit son enthousiasme pour cette expérience.<br />
Ce festival d’Acco est une très grosse manifestation, difficile d’échapper au côté Disneyland au milieu d’une foule compacte, mais nos jeunes se comportent formidablement bien, perdent leur agressivité.<br />
À suivre demain, avant le retour à Jérusalem et Ramallah.<br />
Les nouvelles de Jérusalem sont très mauvaises, un dirigeant islamiste a été arrêté, l’ambiance est déplorable.</p>
<p><strong>Jeudi 8 octobre 2009</strong><br />
Deuxième et dernière journée à Acco, cette ville historiquement intéressante, place forte des croisés au XIè et XIIè siècle, lieu d’une défaite de Bonaparte contre les Turcs. Les traces des différentes occupations sont belles, particulièrement dans la Citadelle aménagée en lieu de spectacle pour les spectacles en salle.<br />
Nos stagiaires sont moins nombreux aujourd’hui, les pères ont interdit a 5 d’entre eux de revenir. Mais un travail de répétition avant de jouer avec l’équipe réduite permet d’améliorer la qualité. La foule est toujours aussi dense, les jeunes stagiaires jouent bien le jeu, les Padox emportent l’adhésion et l’affection du public. L’expérience se révèle vraiment bien venue, l’éducateur nous redit son plaisir, et pense que, pour le groupe, cette aventure sera le début de quelque chose. Il est très ému en nous quittant, et nous promet de nous écrire, lui et les jeunes, pour qu’on garde le contact.<br />
Demain, retour à Jérusalem.</p>
<p><strong>Vendredi 9 septembre 2009 </strong><br />
Nous étions heureux de ce séjour au festival d’Acco, malgré un hébergement plus que limite et une cantine à l’avenant. Mais le comble fut la dernière nuit. Vers 1h du matin une sorte de garde-chiourme entrait dans nos chambres en nous disant « C’est terminé, vous n’avez plus rien à faire ici » Et a coupé l’électricité. Il a fallu parlementer, et ils ont commencé à démonter les installations électriques, pendant 2 ou 3 heures. Et quand j’ai signalé que nous voulions dormir, on nous a répondu « Nous, on travaille ». Nuit pénible, nulle, pas de petit déjeuner, départ en bus avec l’équipe française des « Souffleurs », qui, eux, étant autonomes, ont fait un admirable travail dans la vieille ville d’Acco, soufflant des poèmes en arabe.<br />
La situation empire à Jérusalem où nous sommes revenus. Alerte maximum dans l’armée israélienne, tirs dans la vieille ville sur la Via Dolorosa. Pas de solution, Barack Obama renonce à œuvrer à une solution pacifique devant l’attitude des deux parties en présence, quand cela finira-t-il ? la crise est de plus en plus grave, nous la vivons de près, impuissants et désespérés. La grève générale a été décrétée pour cette journée de vendredi, et effectivement nous n’avions jamais vu les rues aussi vides, commerces fermés, passants rares à 5h du soir. Les militaires sont plus nombreux que d’habitude aux portes, on entend des bruits inquiétants de manifestation, de coups de feu ou bien de pétards pour un mariage, on ne sait plus très bien.<br />
Patrick Girard, le Directeur du CCF de Jérusalem Est, voulait réunir les troupes présentes dans ses locaux. Mais il est obligé de respecter la grève, sous la menace, il organise donc un pot au Consulat, hors du quartier palestinien. Il garde un moral étonnant malgré la situation, déplore de ne pas pouvoir suivre le travail des Compagnies, très pris par ses occupations. Et puis Bernard Kouchner doit venir en Israël, l’Ambassade est mobilisée.<br />
Nous passons un bon moment à envisager l’action de Ramallah pour demain, en nombre réduit de stagiaires, pour une parade menée par le Bread and Puppet. Nous irons assez tôt faire le repérage.<br />
Les rares commerçants ouverts dans la vieille Ville en oublient de vendre leur marchandise, tellement émus par la situation qu’ils commentent largement.<br />
Pour terminer la journée, je note cette belle réflexion d’un des deux frères qui tiennent le café Versave tout près de la porte de Jaffa et où avec Ici Même nous avons nos habitudes : « Ici, ce sont nos murs, nous les aimons  et ils nous aiment »..En disant cela, il tenait le mur superbe du passage dans lequel son café est installé.</p>
<p><strong>Samedi 10 octobre 2009</strong><br />
Avant d’aller à Ramallah, et de rentrer demain en France, un petit tour au Saint Sépulcre, loin des foules, dans le petit couvent copte sur les terrasses, ou quelques moines égrènent leurs prières en silence, un lieu de calme au milieu de la rumeur des touristes qui piaillent devant et dans l’église, et qui voient les lieux saints au travers de leur caméra.<br />
Ramallah, la capitale de l’autorité palestinienne. Le festival, pour sa clôture, avait organisé une parade mise en forme par le Bread and Puppet (mais Peter Schumann n’était pas là, dommage, j’aurais aimé le revoir après tant d’années).Nous avions prévu de faire apparaître les Padox juste après la parade, pour ne pas mélanger les genres. Notre sortie a quasiment provoqué une émeute, un monde fou se pressait autour des Padox, qu’on a réussi à percher un moment sur les lions de la place. Ensuite, je souhaitais travailler au large, sur la place, mais la police est intervenue tout de suite, pour nous envoyer sur les trottoirs noirs de monde. Jamais nous n’avions connu un bain de foule aussi chaleureux, coloré, bruyant, sympathique mais empêchant tout travail collectif.<br />
Ensuite nous retrouvons les acteurs de la parade, fraternisation avec les Padox.<br />
Au moment où nous allions rentrer à Jérusalem, les Souffleurs sont arrivés et ont « soufflé » pour nous et les stagiaires du Bread and Puppet. Ils sont vêtus de noir, parapluie et éventail noir, munis d’un long tube noir également pour chuchoter à l’oreille des passants. Et tout d’un coup, miracle, la poésie, la douceur, le silence, l’intériorité se sont installés. Olivier Comte m’a soufflé dans l’oreille un superbe poème évoquant le voyage intérieur, et l’a terminé en arabe, j’ai senti une véritable transfusion poétique. Enfin, Olivier a soufflé un texte à une des nombreuses images de Mahmoud Darwich que Ernest Pignon a déposé sur les murs de Ramallah, et ensuite, il a écouté au bout de son long tuyau de souffleur les paroles du poète, mort il y a un peu plus d’un an.<br />
Cette Compagnie des Soufleurs fait un travail extraordinaire de beauté, de sens profond, avec ses commandos poétiques qu’ils jouent dans les territoires palestiniens.<br />
Le retour de Ramallah a été agité, pour y entrer, tout va toujours très bien, pour en sortir, il faut passer le Check Point, notre bus a été arrêté, garé sur le côté, tout le monde a dû descendre, examen des papiers par un militaire zélé entouré de policiers plus détendus, et dans le groupe, une jeune Rom de 14 ans, Leïla, qui ne pouvait pas avoir de papiers puisqu’elle est mineure. Ils l’ont emmenée au poste, interdiction de l’accompagner, elle est revenue 10 minutes plus tard, en larmes, mais ils nous ont laissés enfin partir.<br />
Voilà les tracasseries coutumières qui contribuent à horripiler la population palestinienne. Le couvercle de la marmite ne va pas tarder à sauter. L’exaspération est à son comble.<br />
Pour sortir, nous avons dû éviter le Check Point de Kalendia, des jeunes palestiniens lançaient des pierres, un peu plus loin des pneus brûlaient, et nous avons pu voir les restes de la bagarre de vendredi.<br />
Ce soir Jérusalem a retrouvé son calme, mais les commerçants ont fermé de bonne heure. Le Son et Lumière dans la Tour de David tourne en boucle pour les touristes, les commerçants bradent les prix.<br />
Et pendant ce temps le prix Nobel de la Paix est attribué à Barack Obama au moment où il annonce qu’il renonce à s’attaquer au problème israélo-palestinien.</p>
<p style="text-align: right;"><strong><br />
Dominique Houdart</strong></p>
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		<title>Jérusalem : journal de bord</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Sep 2009 08:19:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dominique Houdart</dc:creator>
				<category><![CDATA[Spectacle vivant]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Jérusalem, mercredi 24 juin 2009</strong><br />
Début d’un voyage de repérage : nous préparons notre venue avec les Padox en septembre octobre prochain au Festival « Jérusalem dans tous ses états » organisé par François Abou Salem , le Théâtre El Akawati, et particulièrement Olivia Magnan, qui depuis le début a pris en charge tous les contacts, la production, et qui nous servira de guide précieux avec son collègue Shadi pendant tout le séjour.<br />
L’immersion est immédiate, dès Roissy : la sécurité pour Israël et pour les USA est extrême, fouille bien sur, mais aussi détecteur d’explosif sur les mains. Et encore, nous voyageons par Air France. Ce serait pire par El AL.<br />
L’arrivée à Tel-Aviv est plus calme, nous retrouvons Olivia. Mais dès notre arrivée nous apprenons que notre passage à Gaza, organisé à la demande  du  directeur du CCF, n’aura pas lieu. Nous devions y animer un atelier marionnette. Mais cela n’intéresse pas les Israéliens, ils accordent les autorisations aux délégations politiques ou diplomatiques, aux vedettes genre Carole Bouquet. Mais ils nous ont refusé l’autorisation d’entrer… Alors nous allons à Ramallah rencontrer François Abou Salem qui répète un opéra pour la fondation Barenboïm.<br />
Passage au Check Point, on longe le mur, l’ami palestinien qui nous conduit raconte l’absurde de la situation, par exemple un membre de sa famille qui a son appartement coupé en deux.<br />
Ramallah est calme, mais dans la conversation nous percevons tout de suite la tension qui règne, l’humiliation permanente, pour un peuple qui ne voit pas d’issue.<br />
La colonisation continue de plus belle, les Israéliens construisent même un tramway qui longe les murs de la vieille ville, quelle horreur, pour aller du centre de Jérusalem vers les nouvelles colonies proches de Ramallah, comme si cette situation était irréversible, ou plus exactement, pour la rendre irréversible.</p>
<p><strong>Jeudi 25 juin 2009 </strong><br />
Ce repérage se révèle très riche, instructif, et se transforme en un beau projet. La rencontre avec Gaétan Pellan, Directeur du CCF de Gaza, et Patrick Richard, Attaché Culturel et directeur du CCF de Jérusalem est un moment fructueux et chaleureux. Dommage, Gaétan termine ses trois ans à Gaza, on le retrouvera à Oran…<br />
Ils ont un courage énorme face aux tracasseries de tous ordres. À Gaza, Gaétan n’annonce plus rien, il attend que les artistes soient certains de passer la frontière, donc le dernier moment, pour annoncer leur présence par SMS a son public.<br />
Ensuite, nous explorons la vieille ville avec Olivia et Shadi. Visite d’un ancien Hammam souterrain, superbe, avec ses fontaines, ses bassins, ses salles de repos, dont j’aimerais faire le lieu d’une sorte d&#8217;exposition vivante, d’installation de Padox. Mais ce Hammam est proche de l’esplanade des mosquées, et , en surface, un colon s’est saisi d’une maison, a installé des barbelés et un drapeau israélien, et commence à creuser. C’est la bataille du ciment. S’il réussit à s’infiltrer, il occupera le Hammam, et les palestiniens qui ont transformé ce lieu en centre culturel, n’auront aucun recours juridique. La démocratie est bafouée, la justice inexistante.<br />
Même chose un peu plus loin, à Silwan, le Siloé de la Bible, ou, toujours en sous-sol, les Israéliens ont découvert les traces de la ville antique du roi David. Alors ils creusent, ils creusent, au mépris de toutes les règles archéologiques, négligeant et supprimant les couches supérieures, et le terrain de Siloé devient un vrai gruyère : déjà deux écoles se sont effondrées, écoles palestiniennes cela va sans dire. La vallée est truffée de caméras de surveillance. Alors, avec les Padox, nous irons, avec le concours d’association palestinienne de défense, nous irons braver les colons qui armés jusqu’aux dents, gardent le musée du Roi David. Nous prévoyons une manifestation de Padox pacifiste : les Padox se coucheront, colleront l’oreille au sol pour écouter la rumeur du sous-sol et l’avancée des taupes.<br />
Et puis voici le mur, le fameux mur de la honte, qui coupe les routes, sépare les voisins, coupe la ville de l’université islamiste, oblige les étudiants qui habitent à côté à faire plusieurs kilomètres et à patienter au check point.<br />
Avec les Padox, nous essaierons 10 façons de tenter de franchir le mur, avant de sortir les mouchoirs. Le Mur des Larmes, contrepoint du mur des lamentations.</p>
<p><strong>Vendredi 26 juin 2009</strong><br />
Outre le Festival « Jérusalem dans tous ses états », nous devrions participer au Festival de Saint Jean d’Acre, Akko en hébreu, qui aura lieu au même moment. Nous profitons de notre présence à Jérusalem pour faire également un repérage à Akko, après une longue route en voiture de 3 heures, pour aller au nord d’Israël, près de la frontière du Liban. Ce sera un festival de rue traditionnel, le plus important de cette région, qui regroupe 200.000 spectateurs et des troupes de tous les coins du monde. Rencontre chaleureuse avec la responsable de la partie « rue » de ce festival théâtral, Sigalit, et nous en profitons pour visiter cette cité superbe, la ville forte des croisés, construite au Xe siècle, rebâtie par Saladin, lieu d’une défaite de Bonaparte. Les murailles des croisées, leur souterrain, sont les principaux lieux de visite. Mais tous les musées sont fermés, c’est vendredi, le shabbat commence vendredi après midi et tout est fermé jusqu’à samedi soir.<br />
La traversée de la campagne et des villes israéliennes, Tel-Aviv, Haïfa, Netanya, fait apparaître la différence incroyable, le fossé entre les territoires palestiniens et le niveau de vie israélien.<br />
Retour à Jérusalem, plongée en soirée dans la vieille ville, où les juifs orthodoxes chantent avec ostentation et provocation devant les marchands palestiniens des souks qui ferment boutique, ramassent les poubelles et chargent les marchandises. Un énorme rassemblement d’hommes coiffés de noir, bouclettes et barbes frisées, à la porte de Jaffa, a des allures assez effrayantes.<br />
Plus que jamais le monothéisme apparaît comme un terrain d’affrontement et de violence, comparé au polythéisme grec, mésopotamien ou égyptien, image de tolérance, d’intégration des dieux de l’autre, d’accueil de l’étranger. La violence et le sacré.<br />
En route vers Akko, nous longeons le mur de Ramallah.  Image paradoxale de la terre sainte !</p>
<p><strong>Samedi 27 juin 2009</strong><br />
Le repérage continue, à la recherche de bons lieux de jeu pour les Padox.Il y a, bien entendu, les deux gares routières palestiniennes, dont les bus mènent l’une vers le nord, la Galilée, l’autre vers l’Est, et entre autres Bethléem. Ce sont des lieux de vie, des marchés, a deux pas de la porte de Damas.<br />
On voit aussi la rue Salah El Din (Saladin), principale artère de Jérusalem Est, avec de bons lieux de jeu particulièrement à la porte d’Hérode, entrée de la vieille Ville, devant la police et la poste. Dans cette même rue, le Centre Culturel Français servira de vestiaire, et aussi de lieu de jeu avec son jardin et ses grilles.<br />
Le Check Point pour aller à Ramallah est aussi un lieu important, il pourrait être intéressant, sans narguer les soldats israéliens, de se présenter avec des papiers de Padoxie et d’essayer de passer, de rendre dérisoire cette « vrai fausse frontière », tracasserie quotidienne pour de nombreux palestiniens.<br />
Nous visitons l’YMCA, lieu de stage, de formation, où nous ferons le stage Padox les 3 premiers jours, avant de déménager souvent de lieu en lieu.<br />
Olivia nous fait visiter une banlieue de Jérusalem, entièrement palestinienne. Quel scandale de saleté de mauvais entretien des routes, quel contraste avec Jérusalem Ouest. La municipalité ne ramasse pas les poubelles, et les palestiniens sont obligés, pour les évacuer, de mettre le feu. Pollution assurée. Et les plastiques s’envolent. Nous envisageons une opération propreté dans un champ transformé en déport d’ordure. Ce faubourg, c’est Beth Hanina.<br />
À côté, autre banlieue, Shu’afat, est traversée par le tramway qui conduira les colons dans la colonie toute proche, ce tramway est en travaux…Les Padox y interviendront pour « faire avancer les travaux » à leur façon.<br />
C’est là que nous visitons le Centre de rencontre des Roms : cette communauté est là depuis très longtemps, mais vit difficilement, et l’animatrice du centre, une femme débordante d’activité, dirige des ateliers de couture, de cuisine, de bijoux, vend les résultats des travaux, et nous assure une participation de stagiaires Roms, exclus parmi les exclus.<br />
Enfin, dernière rencontre de la journée, Amal, une belle femme Palestinienne aux cheveux gris, musicienne, très impliquée dans la vie associative, qui nous conduit dans un dédale de ruelles de la vieille ville dans un lieu contre les remparts ou les palestiniens animent un club de jeunes, sport et culture, toute l’année. Là encore, nous aurons des stagiaires Padox. Chaque fois il faut expliquer le projet, et le DVD que nous avons emporté aide à convaincre nos interlocuteurs.<br />
<strong><br />
Dimanche 28 juin 2009</strong><br />
Aujourd’hui, pas de rendez vous organisés par l’équipe du festival, nous en profitons pour sillonner la vieille ville, visiter le Saint Sépulcre et le couvent Copte mitoyen, souvenir de notre passage à Jérusalem il y a 20 ans dans un festival de marionnette israélien au cours duquel nous avions invité notre ami François Abou Salem, qui dirigeait déjà le théâtre palestinien El Hakawati Cela nous avait valu un véritable boycott des organisateurs et artistes israéliens… C’était au début de la première Intifada.<br />
L’expression de Jeanne au Saint Sépulcre est juste : c’est la tour de Babel, le lieu est partagé entre les orthodoxes grecs, les Arméniens, les franciscains catholiques et les coptes, avec , paraît-il, des batailles de territoire mémorables.Les pèlerins chantent , une messe orthodoxe se dit dans le chœur, une messe arménienne dans une chapelle adjacente, avec un jeu de main superbe du prêtre qui les agite en papillons au moment de la consécration, des fidèles philippins en groupe, avec leurs foulards jaunes, tombent en pamoison sur la pierre de l’onction, il n’y a personne dans la chapelle souterraine construite par les croisés,et l’arrière du chœur est plein de grandes échelles en bois , pour sans doute décrocher je ne sais quels larrons au milieu des croix portées par des pèlerins  qui arrivent régulièrement après avoir suivi le chemin de la Via Dolorosa.<br />
Les coptes ne chantent pas, dommage, il y a 20 ans un vieux jésuite pendant notre tournée en Egypte m’avait expliqué que la musique des coptes était directement issue de la musique des pharaons.<br />
Déjeuner avec François qui nous raconte son opéra avec la fondation de Barenboïm à Ramallah, et aussi son adaptation d’Ubu, très intéressante, dans le décor d’une boucherie des souks, le père Ubu, la mère Ubu et le fils manipulant de la viande tout en fomentant leurs crimes et le renversement du roi de Pologne, une transposition très forte que nous verrons en septembre à Saint Jean d’Acre.<br />
L’après-midi, dans les souks, un jeune marchand bavarde avec nous, et apprenant notre projet de septembre, se met à nous parler tout bas, me demande naïvement si nous sommes pour les palestiniens, et, heureux de notre engagement auprès de ce Festival, m’offre un Keffieh noir et blanc, me le met sur la tête, et nous continuons notre visite.<br />
Un peu plus loin un bijoutier nous interpelle, ce signe du keffieh lui donne envie de parler, et il nous invite à boire le thé dans sa boutique, à l’abri des micros israéliens dont la vieille ville est truffée, et nous présente un de ses amis, un diplomate Slovène. Nous sentons dans tous ces contacts une chaleur, une qualité d’accueil, rares. François nous dit qu’il a parlé des Padox aux jeunes de son atelier qu’il a animé ce matin dans la Vieille Ville, et la simple évocation du travail avec les Padox dans les rues de Jérusalem fait briller les yeux.</p>
<p><strong>Lundi 29 juin 2009</strong><br />
Jérusalem est une ville terriblement attachante, et le fait de savoir qu’on revient en septembre est une très belle perspective. La dernière journée est consacrée a une série de prises de contact, avec la directrice du centre où nous travaillerons, avec un club pour jeunes palestiniens, un autre, près de la porte de Lions, et surtout une exploration sérieuse du Check Point de la route vers Ramallah. Nous l’avions passé en voiture le premier soir, mais cette fois nous le passons à pied. Vers Ramallah, on entre sans problème. Pour sortir et aller à Jérusalem, il faut montrer patte blanche. Au milieu de l’après-midi, on attend un peu, mais on imagine les passages des travailleurs le matin, les longues files, des tourniquets, des barreaux, des barbelés, une ambiance de prison, des machines pour scruter les documents, pour scruter les physionomies, une violence dans la relation du supérieur à l’opprimé. Rien que là, on comprend la révolte, les pierres, la tension permanente.<br />
Alors, décision, nous irons en Padox passer le Check-Point.<br />
Un tour à la porte de Jaffa, lieu superbe et espace de jeu privilégié pour nos Padox, ou nous toucherons tout le monde, Israéliens, palestiniens et touristes.<br />
Notre repérage se termine, nous rentrons avec des images plein les yeux, des idées plein la tête et le sentiment que nous pourrons faire œuvre utile, et donner du sens à notre travail, ce qui est finalement l’essentiel.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Dominique Houdart</strong></p>
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		<title>Avignon, 26/29 Juillet 2009 : Bloc notes express et coups de cœur.</title>
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		<pubDate>Mon, 24 Aug 2009 15:43:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dominique Probst</dc:creator>
				<category><![CDATA[Spectacle vivant]]></category>
		<category><![CDATA[Avignon]]></category>
		<category><![CDATA[Festival]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p>Venu en Avignon pour soutenir les deux derniers programmes des « <strong>Sujets à vifs</strong> » élaborés conjointement par la SACD et le festival et présentés dans le Jardin de la vierge du Lycée Saint Joseph, j’ai eu le plaisir d’applaudir entre autres la remarquable trapéziste suisse Melissa Von Vépy dans <strong>Miroir, Miroir</strong> (portée par une belle composition musicale live du pianiste Stéphan Oliva) ainsi que la comédienne Dominique Reymond, excellente elle aussi, dans <strong>Trois quartiers</strong>. Voici maintenant quelques impressions des autres spectacles qu’il m’a été donné de voir dans le In .Et puisque notre cher Beaumarchais a dit un jour « sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur », je vous parlerai donc sans détours :</p>
<p><span id="more-86"></span></p>
<ul>
<li><strong>Radio Muezzin</strong>, au Cloître des Carmes, est un « théâtre documentaire » dans lequel quatre  hommes de prière musulmans originaires du Caire et un technicien se racontent (en arabe avec surtitrages français, anglais) sur fond de vidéos, l’un d’eux se permettant à un moment de roter très fort dans son micro le soir où j’y étais. Pour être  franc je m’attendais à mieux côté vocal (!), particulièrement en écoutant le prologue a cappella du spectacle si l’on songe d’ordinaire à la beauté de ces chants &#8211; diffusés communément aujourd’hui par les haut-parleurs des mosquées &#8211; et l’on est en droit de s’interroger sur le pourquoi d’un tel projet ne comprenant ni auteur(s), ni artiste(s) interprète(s) professionnel(s) .A quand les prêtres, pasteurs, rabbins, popes, moines bouddhistes … ou  bien carrément le boucher du coin nous expliquant son quotidien ?</li>
<li>Oublions <strong>Loin</strong>, Salle Benoît XII, conçu et interprété par le « danseur vidéaste » Rachid Ouramdane qui, sur le thème de la mémoire, nous inflige un solo de 55 minutes aussi prétentieux que rébarbatif.</li>
<li>Avec <strong>Angelo tyran de Padoue</strong> à l’Opéra Théâtre nous assistons en revanche à un vrai grand spectacle dans une mise en scène ultra branchée, certes, de Christophe Honoré mais qui dirige avec talent ses acteurs : Clothilde Hesme, Marcial di Fonzo Bo et Emmanuelle Devos épatants, tout comme le reste de la troupe. La scénographie de Samuel Deshors toute en structures d’acier est superbe de même que la lumière cinématographique de Rémy Chevrin. Dans cette transposition moderne, Victor Hugo fait mouche une fois de plus et l’on s’amuse beaucoup à ce mélo très réussi malgré un petit quart d’heure de trop et une vidéo finale un peu complaisante.</li>
<li>Si vous êtes plutôt « fête de la bière », alors direction la Cour d’Honneur du Palais des Papes &#8211; un’fois! &#8211; avec <strong>Casimir et Caroline</strong> d’Odön von Horvath monté par Johan Simons et Paul Koek. Le texte de la pièce est ici traduit de l’allemand en néerlandais pour être finalement joué phonétiquement en français par des acteurs méritants qui passent leur temps à courir sur le plateau, à crier et à grimper sur un immense échafaudage pendant 2h20 minutes interminables tandis que quatre musiciens nous gratifient d’une sérénade non-stop,  genre ambiance sonore de prisunic ou d’ascenseur.</li>
<li>Enfin, au Parc des expositions de Châteaublanc :<strong> Ciels</strong> du franco-libanais Wajdi Mouawad, artiste invité du Festival. Là, au milieu d’une  boîte  blanche rectangulaire comprenant plusieurs aires de jeu, nous sommes témoins des mésaventures d’une cellule anti-terroristes en pleine crise. On se croirait dans une BD façon Da Vinci code ou 24 heures chrono ! Stanislas Nordey &#8211; quasi christique &#8211; fait un  carton  entouré par une distribution malheureusement inégale, le tout est assez naïf dans un contexte qui serait pourtant plutôt « prise de tête » mais l’on ne s’ennuie pas (bien que très mal assis sur de petits tabourets pivotants) et le public ravi fait  une standing ovation.</li>
</ul>
<p>Le bonheur existe aussi dans le Off  ainsi qu’en témoignent les coups de cœur que j’aimerais maintenant vous faire partager :</p>
<ul>
<li>Le premier, intitulé <strong>Les Déplaçés</strong> au Théâtre du Bourg-Neuf, est un superbe texte de Xavier Durringer qui dénonce la situation des français d’origine étrangère de la 1ère, 2ème et 3ème génération. Construit sous la forme d’un grand poème lyrique allant irrémédiablement crescendo, il évoque les problèmes d’intégration ou plutôt de non intégration : « Un arbre sans racines ne peut pas donner de fruits » clame ici l’auteur  d’une manière véhémente. Très intelligemment mis en scène, avec sensibilité mais sans sensiblerie aucune, par Didier Delcroix et joué avec ferveur par trois jeunes comédiens habités (Mohamed Mazari, Yoann Josefsberg et Cléa Petrolesi, lumineuse), ce spectacle mériterait à coup sûr de poursuivre le beau chemin qu’il vient tout juste d’entamer.</li>
<li>Le second, <strong>Motobécane </strong>au Théâtre du Petit Chien, est écrit et interprété par Bernard Crombey d’après l’œuvre de Paul Savatier intitulée <em>Le ravisseur</em> .Immense acteur, Crombey nous conte en patois picard l’histoire d’« el tiot Victor » (inspirée d’un fait divers) qui, sur sa mobylette bleue, croise un jour la route d’une fillette de huit ans  faisant l’école buissonnière et ne voulant pas rentrer chez elle où sa mère la bat. Cette rencontre finira par le conduire en prison où il n’aura cesse de clamer son innocence et « d’écrire à haute voix » sa vérité. A la fois drôle, tendre et bouleversant, ce spectacle a fait un triomphe en Avignon. Il est actuellement repris pour une série de représentations à Paris au Théâtre du Lucernaire. Un conseil : courez-y  vite!<br />
Les aficionados de comédies musicales ont pu découvrir également <strong>Bonnie &amp; Clyde</strong> de Raphaël Bancou au Théâtre des Béliers, sympathique divertissement qui a reçu le soutien de notre Fonds de Création Lyrique mais qui mériterait toutefois quelques petits aménagements avant sa reprise parisienne prévue, cette saison, à l’Alhambra du 22 décembre 2009 au 17 janvier 2010.</li>
</ul>
<p>Mon regret -  lié à des horaires ou dates incompatibles &#8211; sera d’avoir manqué notamment :</p>
<p><strong>La disgrâce de Jean-Sébastien Bach</strong> de Sophie Deschamps et Jean-François Robin au Théâtre du Balcon et <strong>Le mot progrès dans la bouche de ma mère sonnait terriblement faux</strong> de Mateï Visniec au Théâtre des Halles mais on ne peut, hélas, pas tout voir tant les spectacles sont nombreux…Près de 1000 cette année rien que dans le Off !</p>
<p>Pour l’heure, et en attendant le cru 2010, je vous souhaite une très bonne rentrée.</p>
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