{"id":101,"date":"2009-10-26T17:59:33","date_gmt":"2009-10-26T16:59:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/?p=101"},"modified":"2011-02-24T15:06:22","modified_gmt":"2011-02-24T14:06:22","slug":"padox-a-jerusalem-festival-palestinien-jerusalem-dans-tous-ses-etats","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/2009\/10\/26\/padox-a-jerusalem-festival-palestinien-jerusalem-dans-tous-ses-etats\/","title":{"rendered":"PADOX \u00e0 J\u00e9rusalem &#8211; Festival Palestinien \u00ab J\u00e9rusalem dans tous ses \u00e9tats \u00bb [vid\u00e9o]"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\"><strong>Voir la vid\u00e9o : Les Padox en Palestine<\/strong><\/p>\n<div><object classid=\"clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000\" width=\"480\" height=\"275\" codebase=\"http:\/\/download.macromedia.com\/pub\/shockwave\/cabs\/flash\/swflash.cab#version=6,0,40,0\"><param name=\"allowFullScreen\" value=\"true\" \/><param name=\"allowScriptAccess\" value=\"always\" \/><param name=\"src\" value=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/swf\/xb7joc&amp;related=0\" \/><param name=\"allowfullscreen\" value=\"true\" \/><embed type=\"application\/x-shockwave-flash\" width=\"480\" height=\"275\" src=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/swf\/xb7joc&amp;related=0\" allowscriptaccess=\"always\" allowfullscreen=\"true\"><\/embed><\/object><\/div>\n<p><strong>Dimanche 27 septembre 2009<\/strong><\/p>\n<p>Jamais nous n\u2019avions connu une fouille aussi intense \u00e0 l\u2019a\u00e9roport au d\u00e9part vers Tel-Aviv. Un d\u00e9tecteur \u00e0 explosif est pass\u00e9 dans tous les recoins de nos valises, et le fait que nous emportions avec nous 27 talkies-walkies pour les besoins du spectacle cr\u00e9e une certaine agitation. Mais finalement, cela passe.<br \/>\nC\u2019est vraiment curieux que la police et la s\u00e9curit\u00e9 isra\u00e9liennes puissent op\u00e9rer sur le territoire fran\u00e7ais. La confiance r\u00e8gne !<br \/>\n\u00c0 l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Tel-Aviv, un membre du Centre Culturel Fran\u00e7ais de J\u00e9rusalem-Est nous accueille en nous disant \u00ab Vous tombez bien, il y a de la bagarre dans la vieille ville de J\u00e9rusalem, des extr\u00e9mistes religieux juifs ont fait une incursion sur l\u2019esplanade des mosqu\u00e9es, on ne sait pas comment cela peut tourner \u00bb. Effectivement il se confirme que ce genre de provocation est r\u00e9curent \u00e0 l&rsquo;approche du Yom Kippour, mais en arrivant \u00e0 J\u00e9rusalem, Olivia, l\u2019organisatrice du Festival \u00ab J\u00e9rusalem dans tous ses Etats \u00bb nous confirme qu\u2019il y a eu 17 bless\u00e9s, que les affrontements continuent, qu\u2019il vaut mieux ne pas s\u2019aventurer dans le quartier Est, et que les activit\u00e9s sont suspendues.<br \/>\nNous venons participer \u00e0 ce Festival avec l\u2019appui du Centre Culturel Fran\u00e7ais de J\u00e9rusalem Est et de Cultures France qui prennent en charge le voyage. Le Festival nous assure l\u2019h\u00e9bergement et la nourriture. Notre \u00e9quipe, outre Jeanne et moi, est compos\u00e9e de deux de nos compagnons de route actuels, F\u00e9licien Graugnard et David Lippe, qui ont accept\u00e9 des conditions difficiles \u00e0 tous points de vue.<br \/>\nDemain, J\u00e9rusalem est une ville morte en raison du Yom Kippour, ce jour-l\u00e0 on peut faire du v\u00e9lo sur l\u2019autoroute entre J\u00e9rusalem et tel Aviv (expression consacr\u00e9e entendue de toute part).<br \/>\nOlivia craint cependant que ces \u00e9v\u00e8nements tournent mal. Et comme souvent ici, l\u2019humour ne perd pas ses droits : \u00ab On pensait que la 3e guerre mondiale arriverait avant la 3e Intifada, eh bien non !!! \u00bb<br \/>\nDemain premier rendez vous avec nos stagiaires.<\/p>\n<p><strong>Lundi 28 septembre 2009<\/strong><br \/>\nYoum Kippour paralyse vraiment les activit\u00e9s, et nos stagiaires n\u2019ont pas os\u00e9 venir, craignant de ne pas pouvoir rentrer chez eux. Seuls trois jeunes Roms, qui habitent la vieille ville, \u00e9taient au rendez-vous. Nous aurons nos stagiaires demain, si tout va bien.<br \/>\nCar il y a depuis hier une tension \u00e0 J\u00e9rusalem. C\u2019est int\u00e9ressant de lire la presse fran\u00e7aise qui annonce qu\u2019un groupe de touriste qui voulait visiter l\u2019esplanade des mosqu\u00e9es a \u00e9t\u00e9 agress\u00e9e par des palestiniens. Le Monde et le Figaro ont fait confiance \u00e0 une d\u00e9p\u00eache de l\u2019agence Reuter\u00a0 qui cache la v\u00e9rit\u00e9. L\u2019agression vient en r\u00e9alit\u00e9 d\u2019extr\u00e9mistes religieux juifs. La journ\u00e9e a \u00e9t\u00e9 calme gr\u00e2ce a Yom Kippour, mais que se passera-il demain ?<br \/>\nLe festival palestinien auquel nous participons a commenc\u00e9 avec l\u2019\u00e9quipe d\u2019Ici m\u00eame de Grenoble, men\u00e9e par Corinne Pontier. Ils proposent une d\u00e9ambulation, les yeux ferm\u00e9s, guid\u00e9s par un membre de l\u2019\u00e9quipe. Ils ont comme partout recrut\u00e9 des guides sur place. Et ils investissent la rue Salah El Din, le c\u0153ur du quartier palestinien de J\u00e9rusalem. Ayant eu l\u2019occasion de faire ce superbe parcours \u00e0 Paris, nous avons voulu les suivre en spectateurs ext\u00e9rieurs. Les r\u00e9actions des passants sont \u00e9tonnantes, de l\u2019inqui\u00e9tude \u00e0 l\u2019admiration. Ils ont d\u00e9ambul\u00e9 dans un parking au d\u00e9but du parcours, et les trois gardiens du parking, voyant que j\u2019observais ce jeu, m\u2019ont demand\u00e9 la signification de cette proposition. Quand ils ont compris ce que je leur expliquais, d\u00e9couverte sensible de la ville par l\u2019ouie, l\u2019odorat, les sensations, l\u2019un d\u2019entre eux a eu cette belle r\u00e9flexion : \u00ab C\u2019est quand on ferme les yeux qu\u2019on sent qu\u2019on est aim\u00e9 de Dieu. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Mardi 29 septembre 2009<\/strong><br \/>\nUne promenade sur les toits de la vieille ville, est un moment rare. Au-dessus des souks, on devine les marchands d\u2019\u00e9pices \u00e0 l\u2019odeur qui monte par les ouvertures de la galerie, et l\u2019on y d\u00e9couvre un large panorama sur le Mont des oliviers, la Mosqu\u00e9e El Aksa, les nombreux clochers, les minarets, et une for\u00eat\u00a0 de fils, d\u2019antennes, de t\u00f4les, de jardins, de terrasses, d\u2019abris de fortune.<br \/>\nLe stage Padox semble bien commencer, 24 stagiaires arrivent, mais un petit groupe de com\u00e9diens, d\u00e9\u00e7u de voir qu\u2019il y avait un certain nombre de jeunes en difficult\u00e9, accompagn\u00e9s par un \u00e9ducateur, d\u00e9cident que ce n\u2019est pas pour eux, qu\u2019ils ne veulent pas \u00eatre m\u00e9lang\u00e9s, et partent. C\u2019est bien d\u00e9cevant, de voir qu\u2019au sein de cette communaut\u00e9 palestinienne, il y a de tels clivages. Il est vrai que ces jeunes n\u2019ont aucun rep\u00e8re, aucune \u00e9ducation culturelle, mais justement nous pouvons, nous et les autres stagiaires, les aider en ce sens. H\u00e9las, au bout d\u2019une demi-heure, l\u2019\u00e9ducateur nous l\u00e2che, cela rend le stage difficile \u00e0 mener. Bref, aujourd\u2019hui, la s\u00e9ance se termine avec 13 stagiaires, dont nos 3 jeunes Roms, charmants, mais timides au milieu des grands gaillards palestiniens, tous des gar\u00e7ons, alors que nous avons 2 filles Rom et un gamin de 11 ans (qui se r\u00e9v\u00e8le un bon partenaire).<br \/>\nR\u00e9flexion d\u2019une des jeunes Roms, elle me demande si je suis Gypsy. Comme si on ne pouvait s\u2019int\u00e9resser \u00e0 elle que si on \u00e9tait Gypsy\u2026<br \/>\nNous apprendrons par la suite qu\u2019un aveugle isra\u00e9lien avait demand\u00e9 \u00e0 faire la promenade avec \u00abIci M\u00eame \u00bb, et que les guides palestiniens ont refus\u00e9 de le conduire. Tout cela est dur \u00e0 avaler. On nous explique que certains jeunes palestiniens ont particip\u00e9 \u00e0 des stages mixtes, et que cela leur a valu des ennuis : prison, rejet par leur communaut\u00e9. Cela nous \u00e9claire sur la r\u00e9serve des uns et des autres, cette m\u00e9fiance visc\u00e9rale d\u2019une communaut\u00e9 pour l\u2019autre. L\u2019histoire ne va pas dans le bon sens, la solution de ce conflit qui se durcit tous les jours est absolument impossible \u00e0 imaginer.<\/p>\n<p><strong>Mercredi 30 septembre 2009<\/strong><br \/>\nNous avons perdu quelques stagiaires, justement les jeunes en difficult\u00e9, leur \u00e9ducateur ne les a pas accompagn\u00e9s et n\u2019a pas donn\u00e9 d\u2019explication, pourtant l\u2019un d\u2019entre eux, rencontr\u00e9 dans la rue, nous a dit son int\u00e9r\u00eat pour le travail. Quel g\u00e2chis ! Le groupe se restreint, mais les volontaires qui restent sont motiv\u00e9s, et leur premi\u00e8re exp\u00e9rience en plein air est prometteuse : leur plaisir vient des r\u00e9actions du public, d\u2019une chaleur exceptionnelle. Nous avons rarement eu un public aussi exub\u00e9rant. Nous r\u00e9p\u00e9tons dans la cour de l\u2019YMCA, un attroupement s\u2019est form\u00e9 devant la grille, et les commentaires amus\u00e9s fusaient.<br \/>\nBien entendu, il est impossible d\u2019avoir tout le monde tout le temps, certains travaillent, mais ils nous rejoignent rapidement d\u00e8s qu\u2019ils sont libres, et nous donnent leur vendredi et leur dimanche qui sont les jours de repos pour les musulmans.<br \/>\nDemain les volontaires qui servaient de guides dans la d\u00e9ambulation de \u00ab Ici m\u00eame \u00bb nous rejoindront peut-\u00eatre. Le groupe va s\u2019\u00e9toffer.<br \/>\nEn rentrant dans la vieille ville apr\u00e8s la r\u00e9p\u00e9tition, nous sommes tomb\u00e9s sur un \u00e9v\u00e9nement impensable dans ce pays : une femme, \u00e2g\u00e9e, nue, mais avec un voile sur la t\u00eate, courait dans le souk en hurlant. Tout autour les gamins riaient, l\u2019un d\u2019entre eux, voyant notre \u00e9tonnement, a mis son doigt sur la tempe en disant \u00ab crazy \u00bb. Et pour une fois, pas de soldats arm\u00e9s ou de policiers \u00e0 l\u2019horizon. Et pourtant les rues des souks sont truff\u00e9es de micros et de cam\u00e9ras.<\/p>\n<p><strong>Jeudi 1er octobre 2009<\/strong><br \/>\nLe grand jour est arriv\u00e9, premi\u00e8re sortie du groupe des Padox, et pour le bapt\u00eame du feu, j\u2019ai choisi de commencer par la porte de Damas, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e Est de la vieille ville, un des lieux de passages les plus fr\u00e9quent\u00e9s, une architecture superbe, avec ces murailles gigantesques maintes et maintes fois d\u00e9truites, et finalement restaur\u00e9es par Soliman au XVI\u00e8 si\u00e8cle, mais dont les fondations romaines sont encore visibles. L\u00e0 tout un peuple de marchands, de touristes, de religieux de toutes sortes, de juifs orthodoxes, de palestiniens, se croisent et cohabitent. Mais c\u2019est aussi l\u00e0 que lorsque nous \u00e9tions pr\u00e9sents pour un festival isra\u00e9lien au d\u00e9but de la premi\u00e8re Intifada en 87, nous avons vu la police mont\u00e9e isra\u00e9lienne foncer sur les marchands et reverser leurs \u00e9tals.<br \/>\nLes Padox arrivent, et descendent en ligne les marches de cette belle place en amphith\u00e9\u00e2tre (un lieu superbe pour un spectacle\u2026). La foule \u00e9tonn\u00e9e se masse en bas. Au centre de la partie basse, en face de la belle porte aux \u00e9normes clous une marchande de raisin. Les Padox viennent tous s\u2019asseoir au sol, en face d\u2019elle, et imm\u00e9diatement une foule bruyante se presse tout autour. Cette femme devient la reine de la place, l\u2019objet de toutes les attentions. Puis nous nous entrons en contact avec le public, un bain de foule un peu \u00e9touffant, au point que nous remontons dans la circulation, travers\u00e9e de rue, jeu avec les voitures, les passants, les marchands, avant de regagner le bus. \u00c0 ce moment pr\u00e9cis, arrive la police. Nos accompagnateurs expliquent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un stage de th\u00e9\u00e2tre organis\u00e9 par le Centre Culturel Fran\u00e7ais de J\u00e9rusalem, il faut parlementer un certain temps, et enfin nous pouvons repartir.<br \/>\nLa prochaine \u00e9tape est justement le Centre Culturel Fran\u00e7ais de J\u00e9rusalem Est, rue Salah El Edin, lieu de repos dans le jardin- avant de repartir dans la rue, jouer avec les boutiques, les passants. Tr\u00e8s vite tous les gamins du quartier d\u00e9boulent, les familles, ils nous escortent jusqu\u2019\u00e0 un jardin ou, sous de beaux pins, les Padox ramassent des pommes de pin pour les offrir au public. Et enfin, ils vont faire la circulation sur un carrefour tr\u00e8s proche, cr\u00e9ant un encombrement d\u00e9clanchant un concert de klaxon monstrueux, avant de rapatrier la salle de r\u00e9p\u00e9tition.<br \/>\nCe premier contact est plus qu\u2019encourageant, le public est chaud, spontan\u00e9, d\u2019une grande gentillesse, sans agressivit\u00e9, et avec notre \u00e9quipe, en repensant la journ\u00e9e, nous nous disons que cela pourrait \u00eatre le d\u00e9but d\u2019un splendide travail de quartier. Imaginons la pr\u00e9sence des Padox ici, pendant 15 jours, formation et jeu, et au bout de 15 jours, un grand spectacle populaire jou\u00e9 par 40 Padox l\u00e0, par exemple dans cet amphith\u00e9\u00e2tre naturel de la Porte de Damas.<br \/>\nJ\u2019en veux pour preuve les rencontres que les uns et les autres avons faites, \u00e0 la nuit tombante, en rentrant \u00e0 l\u2019h\u00f4tel : en passant porte de Damas, les commer\u00e7ants nous ont reconnus, et interpell\u00e9s, nous demandant si les grosses t\u00eates allaient revenir, qui \u00e9tait dedans, ravis d\u2019apprendre que c\u2019\u00e9taient de jeunes palestiniens. Et bien s\u00fbr, nous sommes \u00e0 J\u00e9rusalem, la religion ne perd pas ses droits, l\u2019un d\u2019entre eux nous dit \u00ab Ce sont des envoy\u00e9s de Dieu \u00bb. Tiens, nous n\u2019y avions pas pens\u00e9. Et si c\u2019\u00e9taient plut\u00f4t des envoy\u00e9s des hommes ?<\/p>\n<p><strong>Vendredi 2 octobre 2009<\/strong><br \/>\nVendredi, le jour tr\u00e8s d\u00e9licat \u00e0 J\u00e9rusalem. C\u2019est le jour o\u00f9 tous les palestiniens musulmans vont prier sur l\u2019esplanade des mosqu\u00e9es, c\u2019est le jour des incidents, des bagarres. Or nous avions pr\u00e9vu de jouer dans la vieille ville, sur les terrasses et autour d\u2019un restaurant situ\u00e9 au c\u0153ur du march\u00e9 Muristan, un des tr\u00e8s beaux lieux de J\u00e9rusalem, a deux pas du Saint S\u00e9pulcre. D\u00e8s le matin, les h\u00e9licopt\u00e8res tournent au-dessus de la vieille ville, qui est boucl\u00e9e par la police et l\u2019arm\u00e9e : seuls les Arabes de plus de 45 ans peuvent aller prier \u00e0 la mosqu\u00e9e, les autres sont refoul\u00e9s, y compris femmes et enfants. Nous devons donc annuler cette sortie, et trouver un autre lieu.<br \/>\nEt pourtant, la vue de cette terrasse est fantastique, au-dessus des toits de la ville, et vers 11h, soudain, tous les minarets se mettent \u00e0 psalmodier, la ville n\u2019est qu\u2019un chant, une des mosqu\u00e9es \u00e9met un appel plus grave que tout ce que nous avions entendu, y compris au Yemen, toute la ville r\u00e9sonne au nom d\u2019Allah.<br \/>\nEn discutant avec notre accompagnatrice palestinienne, Ashira, une fille \u00e9nergique, d\u00e9brouillarde, rieuse, qui a su embobiner la police au moment de l\u2019incident d\u2019hier, nous d\u00e9cidons d\u2019aller rendre visite avec les Padox \u00e0 deux familles palestiniennes expropri\u00e9es par de colons, et qui depuis des mois vivent dehors, dans un camping de fortune, devant leur maison.<br \/>\nRencontre tr\u00e8s \u00e9mouvante, nous sommes re\u00e7us avec une joie immense. Tout cela se passe \u00e0 J\u00e9rusalem Est, la ville palestinienne occup\u00e9e depuis 67, ou la colonisation cherche \u00e0 gagner du terrain.<br \/>\nLa 2e rencontre est impressionnante. Les Padox s\u2019installent sous la tente qui sert de logement \u00e0 la famille expuls\u00e9e, et toute la population avoisinante nous rend visite. En face, la maison occup\u00e9e : le garde du corps prend des photos, appelle la police qui arrive au bout de 3 minutes et fait demi-tour, un jeune colon, craignant qu\u2019on lui ab\u00eeme sa voiture, d\u00e9marre en trombe pour aller se garer plus loin. Toute la communaut\u00e9 accourt, les enfants s\u2019accrochent aux Padox, et quand nous regagnons le bus qui nous a amen\u00e9s, une foule nous accompagne et les colons respirent.<br \/>\nDerni\u00e8re image insolite de la journ\u00e9e, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la porte de Damas, on entend le dernier appel du Muezzin, et en m\u00eame temps nous voyons une tr\u00e8s grande quantit\u00e9 de juifs religieux, chapeaux noirs en fourrure, papillotes, vestes noires et bas noirs, qui se pr\u00e9cipitent vers la Synagogue, comme s\u2019ils r\u00e9pondaient \u00e0 cet appel, car \u00e0 la derni\u00e8re pri\u00e8re musulmane correspond le d\u00e9but du Shabbat juif.<\/p>\n<p><strong>Samedi 3 octobre 2009<\/strong><br \/>\nLe but des sorties des Padox pour la journ\u00e9e, c\u2019est le mur, ce serpent hideux qui coupe les familles, les champs, le pays, les villes et les villages. Nous visons le mur qui est pr\u00e8s de l\u2019universit\u00e9 palestinienne et qui oblige les \u00e9tudiants qui habitent dans les quartiers tr\u00e8s proches \u00e0 faire 30 kilom\u00e8tres pour y acc\u00e9der.<br \/>\nLes Padox d\u00e9barquent du bus, marchent vers le mur, l\u2019examinent, le palpent, le mesurent, essaient de l\u2019escalader, de le pousser, et finalement d\u2019effondrent en pleurant \u00e0 ses pieds. Les \u00e9tudiants qui sortent de la facult\u00e9 s\u2019agglutinent, et les automobilistes, intrigu\u00e9s, passent, et repassent, heureux de voir cette sc\u00e8ne, essayant de comprendre le message.<br \/>\nApr\u00e8s un temps de repos,\u00a0 c\u2019est dans l\u2019universit\u00e9 que nous entrons, au milieu d\u2019une foule de plus en plus dense d\u2019\u00e9tudiants :au d\u00e9but nous r\u00e9ussissons \u00e0 faire un travail un peu organis\u00e9 et esth\u00e9tique, mais tr\u00e8s vite nous sommes d\u00e9bord\u00e9s par le nombre, l\u2019enthousiasme, et surtout, h\u00e9las, le d\u00e9sir de se faire photographier avec les Padox.<br \/>\nNos stagiaires commencent \u00e0 bien se d\u00e9brouiller, \u00e0 prendre leur autonomie dans les moments qu\u2019on leur laisse libres, \u00e9tablissent le contact.<br \/>\nIl para\u00eet qu\u2019\u00e0 J\u00e9rusalem, la rumeur est bonne, on parle beaucoup de ces \u00ab aliens \u00bb. Je pense qu\u2019il faudra\u00a0 lundi retourner \u00e0 la porte de Damas. Mais demain, la mission est importante, le Check Point de Kalendia et le camp de r\u00e9fugi\u00e9s qui est \u00e0 proximit\u00e9. Nos stagiaires sont ravis. Et Yasser, le jeune Rom de 11 ans qui joue avec nous, d\u00e9ploie une \u00e9nergie merveilleuse. Ses cousines, 13 et 14 ans, font aussi de gros progr\u00e8s, commencent \u00e0 vivre de fa\u00e7on autonome dans leur personnage.<br \/>\nL\u2019aller et le retour en car est un moment joyeux, le chauffeur met une musique locale qui les entra\u00eene \u00e0 danser malgr\u00e9 la fatigue et la chaleur.<\/p>\n<p><strong>Dimanche 4 octobre 2009<\/strong><br \/>\nEst-ce \u00e0 cause de la pleine lune ? Ce dimanche est la journ\u00e9e de toutes les d\u00e9ceptions.<br \/>\nD\u00e9ception, car d\u00e8s le matin, la vieille ville est boucl\u00e9e par la police et l\u2019arm\u00e9e, les palestiniens ne peuvent pas entrer : c\u2019est le lendemain de la f\u00eate juive des cabanes, Soukkoth (les familles construisent une cabane en souvenir de la travers\u00e9e du d\u00e9sert), c\u2019est un jour de f\u00eate, avec des palmes, et comme souvent un groupe de juifs orthodoxes est all\u00e9 chanter et danser devant l\u2019entr\u00e9e de l\u2019esplanade des mosqu\u00e9es. Les h\u00e9licopt\u00e8res reprennent leur ronde dans le ciel, beaucoup de commer\u00e7ants sont ferm\u00e9s, les b\u00e9n\u00e9voles de Ici M\u00eame ne peuvent pas entrer dans la ville pour dire au revoir \u00e0 l\u2019\u00e9quipe qui part. S\u2019ajoute \u00e0 cela une curieuse panne d\u2019internet quoi emp\u00eache toute communication.<br \/>\nAutre d\u00e9ception, plus am\u00e8re : nous devions retrouver nos Padox pour aller au Check Point de Kalendia, sur la route de Ramallah,\u00a0 et au camp de r\u00e9fugi\u00e9s qui est juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9. En arrivant \u00e0 l\u2019YMCA, notre lieu de r\u00e9p\u00e9tition et de vestiaire, nous trouvons porte close, personne dans l\u2019organisation n\u2019avait song\u00e9 que ce lieu \u00e9tait ferm\u00e9 le dimanche !Sans costumes, nous ne pouvons rien faire, nous sommes livr\u00e9s \u00e0 nous-m\u00eame et nous embarquons l\u2019\u00e9quipe boire un pot dans un restaurant proche, pour faire passer la pilule.<br \/>\nNous profitons de ce moment de libert\u00e9 pour discuter avec ceux qui sont rest\u00e9s avec nous, particuli\u00e8rement avec l\u2019un d\u2019entre eux qui \u00e9tudie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, et est actuellement plong\u00e9 dans le th\u00e9\u00e2tre occidental du XVIIe si\u00e8cle. Et l\u00e0, d\u00e9ception ultime et violente, il nous montre son portable, sur lequel est grav\u00e9 \u00ab Hitler \u00bb, et nous dit en \u00eatre \u00ab fan \u00bb. Nous sommes effondr\u00e9s. Oui, bien sur, il faut comprendre que ce peuple est an\u00e9anti, bafou\u00e9, spoli\u00e9, m\u00e9pris\u00e9, et qu\u2019il a besoin de trouver des voies de r\u00e9sistance.<br \/>\nLe nazisme qui fait aussi des adeptes dans la communaut\u00e9 juive d\u2019origine russe, des jeunes qui n\u2019ont pas connu la shoah et qui sont attir\u00e9s par les m\u00e9thodes radicales et inhumaines.<br \/>\nQuelle journ\u00e9e.<br \/>\nPromis, demain nous r\u00e9aliserons le programme pr\u00e9vu aujourd\u2019hui. La lune sera d\u00e9croissante.<\/p>\n<p><strong>Lundi 5 octobre 2009<\/strong><br \/>\nNous sommes dans un pays o\u00f9 il est aventureux de faire des pr\u00e9visions. Ou plus exactement, il faut s\u2019adapter, et transformer l\u2019\u00e9v\u00e9nement en d\u00e9cision. Aujourd\u2019hui, la f\u00eate juive continue, Soukkoth se prolonge, 2 jours ch\u00f4m\u00e9s, 7 jours de f\u00eate,au point qu\u2019\u00e0 nouveau, la vieille ville est boucl\u00e9e, l\u2019esplanade des mosqu\u00e9es est interdite, des hordes de juifs religieux convergent, tandis que les Arabes sont bloqu\u00e9s aux portes. Et naturellement, cette situation engendre des affrontements.<br \/>\nAinsi, apr\u00e8s une visite au centre culturel Gypsy, nous partons vers le Check Point de Kalendia, et en route nous apprenons qu\u2019il y a de la bagarre et des tirs de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du check point, et aussi pr\u00e8s des mosqu\u00e9es. Nous approchons du Check point, les voitures sont d\u00e9tourn\u00e9es, j\u2019essaie se demander \u00e0 un militaire si nous pouvons passer, il refuse de r\u00e9pondre. Certains de nos Padox n\u2019ont pas leurs papiers d\u2019identit\u00e9 (les mineurs ne peuvent passer qu\u2019avec leurs parents), la rumeur des bagarres se confirme, donc demi-tour en route vers J\u00e9rusalem, rue Salah Ed Dhin, puisque la vieille ville nous est interdite, et que jouer devant le Check point serait dangereux : ce n\u2019est pas la police, mais aujourd\u2019hui l\u2019arm\u00e9e qui garde le passage, et nos amis palestiniens pr\u00e9cisent que les militaires ne discutent pas et tirent facilement..<br \/>\nLa tension est extr\u00eame, et m\u00eame si le public s\u2019agglutine autour des Padox, nous sentons une grande nervosit\u00e9. Les enfants braillent, les parents d\u2019\u00e9nervent, nous injurient, un p\u00e8re monte dans le bus, o\u00f9 un de nos stagiaires se reposait, s\u2019empare de la t\u00eate de la marionnette et la roue de coups.<br \/>\nLes Padox vont \u00e0 la poste, font la queue aux guichets, et l\u00e0, incident : sans doute nous prend-on pour des Isra\u00e9liens, un arabe fou furieux essaie d\u2019arracher la t\u00eate d\u2019un Padox, Jeanne s\u2019interpose, il l\u2019agresse violemment, nous devons battre en retraite. Il est certain que dans ce genre de situation et de tension, un service d\u2019ordre serait utile, ainsi que des distributeurs de tracts pour expliciter notre pr\u00e9sence et \u00e9viter les malentendus.<br \/>\nMais le Festival a trop peu de moyens, a du mal a g\u00e9rer l\u2019ensemble et le Directeur, Fran\u00e7ois Abou Salem, est totalement absent, en peine cr\u00e9ation de son Ubu pour le festival isra\u00e9lien de Acco (Saint Jean d\u2019Acre).<br \/>\nCette journ\u00e9e nous a permis de vivre le quotidien des palestiniens, en buttes \u00e0 ces brimades perp\u00e9tuelles qui font monter la tension et expliquent la violence de certains. La gentillesse des Padox, leur envie de fraternit\u00e9 et de tendresse, atteint ses limites. Nous avons du mal a exiger que nos stagiaires gardent la douceur du personnage.<br \/>\n<strong><br \/>\nmardi 6 octobre 2009<\/strong><br \/>\nCette tension va durer toute la semaine, puisque la f\u00eate religieuse a cette dur\u00e9e. Donc ce matin, ville boucl\u00e9e, h\u00e9lico, et coup de fil de la directrice du festival de Acco ou nous devons jouer a partir de demain : le chauffeur refuse de venir chercher nos colis dans J\u00e9rusalem Est ! La peur, la haine, la tension r\u00e8gnent des deux c\u00f4t\u00e9s. Le chauffeur craint de s\u2019aventurer \u00e0 l\u2019Est, craignant les repr\u00e9sailles, il faut donc trouver un transporteur local, palestinien, qui nous conduise avec nos 400 kgs \u00e0 la porte de J\u00e9rusalem Est, dans le quartier Isra\u00e9lien.<br \/>\nHier les religieux ont pri\u00e9 pour la pluie. Eh bien il pleut !<br \/>\nFinalement le chauffeur d\u2019Acco arrive, avec un v\u00e9hicule trop petit, qui nous oblige a vider les malles et \u00e0 tout mettre en vrac. Et quand il s\u2019agit d\u2019aller vers la Vieille ville pour r\u00e9cup\u00e9rer nos bagages, impossible, tout est ferm\u00e9. Donc nous devons y aller \u00e0 pied, au retour, le Directeur du centre Culturel fran\u00e7ais de l\u2019Ouest, Olivier Debray, nous aide en transportant les bagages dans sa voiture jusqu\u2019au barrage. Il nous a promis de parler de nos probl\u00e8mes \u00e0 son coll\u00e8gue du CCC de J\u00e9rusalem Est qui est\u00a0 le partenaire du festival.<br \/>\nBref, 3 heures plus tard, nous pouvons partir, et l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Acco se fait sous un orage et une pluie tellement forte que les rues sont r\u00e9ellement inond\u00e9es. Le festival est d\u00e9sorganis\u00e9 par la pluie, nous nous installons dans ce qui tient lieu de chambres, deux lits de camp et rien d\u2019autre, un repas succinct pris en 10 minutes car la cantine ferme \u00e0 9h, ce n\u2019est pas glorieux.<\/p>\n<p><strong>Mercredi 7 octobre 2009 <\/strong><br \/>\nJourn\u00e9e Marathon, nous avons quelques heures seulement pour former nos Padox, et nous sommes programm\u00e9s \u00e0 18h30 \u2026 Eh oui, de nouveaux stagiaires, car ce festival isra\u00e9lien n\u2019a pas voulu accueillir nos stagiaires palestiniens ! Avec des stagiaires habiles, cela serait une gageure, mais nos stagiaires, nous le d\u00e9couvrons tr\u00e8s vite, sont des jeunes en difficult\u00e9, bruyants, agit\u00e9s, et dont la facult\u00e9 de concentration est limit\u00e9e. Les d\u00e9buts sont d\u00e9licats, mais la d\u00e9monstration de David et F\u00e9licien, puis l\u2019essai des costumes provoquent un int\u00e9r\u00eat qui \u00e9tonne l\u2019\u00e9ducateur, et l\u2019\u00e9quipe, toujours assez remuante, fait tr\u00e8s vite des progr\u00e8s au point que nous pouvons faire une sortie d\u2019essai \u00e0 17 h au soleil couchant sur la plage .Le caract\u00e8re contemplatif et po\u00e9tique des Padox op\u00e8re, l\u2019\u00e9ducateur d\u00e9couvre les vertus de la marionnette habitable, et nous dit son enthousiasme pour cette exp\u00e9rience.<br \/>\nCe festival d\u2019Acco est une tr\u00e8s grosse manifestation, difficile d\u2019\u00e9chapper au c\u00f4t\u00e9 Disneyland au milieu d\u2019une foule compacte, mais nos jeunes se comportent formidablement bien, perdent leur agressivit\u00e9.<br \/>\n\u00c0 suivre demain, avant le retour \u00e0 J\u00e9rusalem et Ramallah.<br \/>\nLes nouvelles de J\u00e9rusalem sont tr\u00e8s mauvaises, un dirigeant islamiste a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9, l\u2019ambiance est d\u00e9plorable.<\/p>\n<p><strong>Jeudi 8 octobre 2009<\/strong><br \/>\nDeuxi\u00e8me et derni\u00e8re journ\u00e9e \u00e0 Acco, cette ville historiquement int\u00e9ressante, place forte des crois\u00e9s au XI\u00e8 et XII\u00e8 si\u00e8cle, lieu d\u2019une d\u00e9faite de Bonaparte contre les Turcs. Les traces des diff\u00e9rentes occupations sont belles, particuli\u00e8rement dans la Citadelle am\u00e9nag\u00e9e en lieu de spectacle pour les spectacles en salle.<br \/>\nNos stagiaires sont moins nombreux aujourd\u2019hui, les p\u00e8res ont interdit a 5 d\u2019entre eux de revenir. Mais un travail de r\u00e9p\u00e9tition avant de jouer avec l\u2019\u00e9quipe r\u00e9duite permet d\u2019am\u00e9liorer la qualit\u00e9. La foule est toujours aussi dense, les jeunes stagiaires jouent bien le jeu, les Padox emportent l\u2019adh\u00e9sion et l\u2019affection du public. L\u2019exp\u00e9rience se r\u00e9v\u00e8le vraiment bien venue, l\u2019\u00e9ducateur nous redit son plaisir, et pense que, pour le groupe, cette aventure sera le d\u00e9but de quelque chose. Il est tr\u00e8s \u00e9mu en nous quittant, et nous promet de nous \u00e9crire, lui et les jeunes, pour qu\u2019on garde le contact.<br \/>\nDemain, retour \u00e0 J\u00e9rusalem.<\/p>\n<p><strong>Vendredi 9 septembre 2009 <\/strong><br \/>\nNous \u00e9tions heureux de ce s\u00e9jour au festival d\u2019Acco, malgr\u00e9 un h\u00e9bergement plus que limite et une cantine \u00e0 l\u2019avenant. Mais le comble fut la derni\u00e8re nuit. Vers 1h du matin une sorte de garde-chiourme entrait dans nos chambres en nous disant \u00ab C\u2019est termin\u00e9, vous n\u2019avez plus rien \u00e0 faire ici \u00bb Et a coup\u00e9 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Il a fallu parlementer, et ils ont commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9monter les installations \u00e9lectriques, pendant 2 ou 3 heures. Et quand j\u2019ai signal\u00e9 que nous voulions dormir, on nous a r\u00e9pondu \u00ab Nous, on travaille \u00bb. Nuit p\u00e9nible, nulle, pas de petit d\u00e9jeuner, d\u00e9part en bus avec l\u2019\u00e9quipe fran\u00e7aise des \u00ab Souffleurs \u00bb, qui, eux, \u00e9tant autonomes, ont fait un admirable travail dans la vieille ville d\u2019Acco, soufflant des po\u00e8mes en arabe.<br \/>\nLa situation empire \u00e0 J\u00e9rusalem o\u00f9 nous sommes revenus. Alerte maximum dans l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne, tirs dans la vieille ville sur la Via Dolorosa. Pas de solution, Barack Obama renonce \u00e0 \u0153uvrer \u00e0 une solution pacifique devant l\u2019attitude des deux parties en pr\u00e9sence, quand cela finira-t-il ? la crise est de plus en plus grave, nous la vivons de pr\u00e8s, impuissants et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s. La gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e pour cette journ\u00e9e de vendredi, et effectivement nous n\u2019avions jamais vu les rues aussi vides, commerces ferm\u00e9s, passants rares \u00e0 5h du soir. Les militaires sont plus nombreux que d\u2019habitude aux portes, on entend des bruits inqui\u00e9tants de manifestation, de coups de feu ou bien de p\u00e9tards pour un mariage, on ne sait plus tr\u00e8s bien.<br \/>\nPatrick Girard, le Directeur du CCF de J\u00e9rusalem Est, voulait r\u00e9unir les troupes pr\u00e9sentes dans ses locaux. Mais il est oblig\u00e9 de respecter la gr\u00e8ve, sous la menace, il organise donc un pot au Consulat, hors du quartier palestinien. Il garde un moral \u00e9tonnant malgr\u00e9 la situation, d\u00e9plore de ne pas pouvoir suivre le travail des Compagnies, tr\u00e8s pris par ses occupations. Et puis Bernard Kouchner doit venir en Isra\u00ebl, l\u2019Ambassade est mobilis\u00e9e.<br \/>\nNous passons un bon moment \u00e0 envisager l\u2019action de Ramallah pour demain, en nombre r\u00e9duit de stagiaires, pour une parade men\u00e9e par le Bread and Puppet. Nous irons assez t\u00f4t faire le rep\u00e9rage.<br \/>\nLes rares commer\u00e7ants ouverts dans la vieille Ville en oublient de vendre leur marchandise, tellement \u00e9mus par la situation qu\u2019ils commentent largement.<br \/>\nPour terminer la journ\u00e9e, je note cette belle r\u00e9flexion d\u2019un des deux fr\u00e8res qui tiennent le caf\u00e9 Versave tout pr\u00e8s de la porte de Jaffa et o\u00f9 avec Ici M\u00eame nous avons nos habitudes : \u00ab Ici, ce sont nos murs, nous les aimons\u00a0 et ils nous aiment \u00bb..En disant cela, il tenait le mur superbe du passage dans lequel son caf\u00e9 est install\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Samedi 10 octobre 2009<\/strong><br \/>\nAvant d\u2019aller \u00e0 Ramallah, et de rentrer demain en France, un petit tour au Saint S\u00e9pulcre, loin des foules, dans le petit couvent copte sur les terrasses, ou quelques moines \u00e9gr\u00e8nent leurs pri\u00e8res en silence, un lieu de calme au milieu de la rumeur des touristes qui piaillent devant et dans l\u2019\u00e9glise, et qui voient les lieux saints au travers de leur cam\u00e9ra.<br \/>\nRamallah, la capitale de l\u2019autorit\u00e9 palestinienne. Le festival, pour sa cl\u00f4ture, avait organis\u00e9 une parade mise en forme par le Bread and Puppet (mais Peter Schumann n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0, dommage, j\u2019aurais aim\u00e9 le revoir apr\u00e8s tant d\u2019ann\u00e9es).Nous avions pr\u00e9vu de faire appara\u00eetre les Padox juste apr\u00e8s la parade, pour ne pas m\u00e9langer les genres. Notre sortie a quasiment provoqu\u00e9 une \u00e9meute, un monde fou se pressait autour des Padox, qu\u2019on a r\u00e9ussi \u00e0 percher un moment sur les lions de la place. Ensuite, je souhaitais travailler au large, sur la place, mais la police est intervenue tout de suite, pour nous envoyer sur les trottoirs noirs de monde. Jamais nous n\u2019avions connu un bain de foule aussi chaleureux, color\u00e9, bruyant, sympathique mais emp\u00eachant tout travail collectif.<br \/>\nEnsuite nous retrouvons les acteurs de la parade, fraternisation avec les Padox.<br \/>\nAu moment o\u00f9 nous allions rentrer \u00e0 J\u00e9rusalem, les Souffleurs sont arriv\u00e9s et ont \u00ab souffl\u00e9 \u00bb pour nous et les stagiaires du Bread and Puppet. Ils sont v\u00eatus de noir, parapluie et \u00e9ventail noir, munis d\u2019un long tube noir \u00e9galement pour chuchoter \u00e0 l\u2019oreille des passants. Et tout d\u2019un coup, miracle, la po\u00e9sie, la douceur, le silence, l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 se sont install\u00e9s. Olivier Comte m\u2019a souffl\u00e9 dans l\u2019oreille un superbe po\u00e8me \u00e9voquant le voyage int\u00e9rieur, et l\u2019a termin\u00e9 en arabe, j\u2019ai senti une v\u00e9ritable transfusion po\u00e9tique. Enfin, Olivier a souffl\u00e9 un texte \u00e0 une des nombreuses images de Mahmoud Darwich que Ernest Pignon a d\u00e9pos\u00e9 sur les murs de Ramallah, et ensuite, il a \u00e9cout\u00e9 au bout de son long tuyau de souffleur les paroles du po\u00e8te, mort il y a un peu plus d\u2019un an.<br \/>\nCette Compagnie des Soufleurs fait un travail extraordinaire de beaut\u00e9, de sens profond, avec ses commandos po\u00e9tiques qu\u2019ils jouent dans les territoires palestiniens.<br \/>\nLe retour de Ramallah a \u00e9t\u00e9 agit\u00e9, pour y entrer, tout va toujours tr\u00e8s bien, pour en sortir, il faut passer le Check Point, notre bus a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9, gar\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9, tout le monde a d\u00fb descendre, examen des papiers par un militaire z\u00e9l\u00e9 entour\u00e9 de policiers plus d\u00e9tendus, et dans le groupe, une jeune Rom de 14 ans, Le\u00efla, qui ne pouvait pas avoir de papiers puisqu\u2019elle est mineure. Ils l\u2019ont emmen\u00e9e au poste, interdiction de l\u2019accompagner, elle est revenue 10 minutes plus tard, en larmes, mais ils nous ont laiss\u00e9s enfin partir.<br \/>\nVoil\u00e0 les tracasseries coutumi\u00e8res qui contribuent \u00e0 horripiler la population palestinienne. Le couvercle de la marmite ne va pas tarder \u00e0 sauter. L\u2019exasp\u00e9ration est \u00e0 son comble.<br \/>\nPour sortir, nous avons d\u00fb \u00e9viter le Check Point de Kalendia, des jeunes palestiniens lan\u00e7aient des pierres, un peu plus loin des pneus br\u00fblaient, et nous avons pu voir les restes de la bagarre de vendredi.<br \/>\nCe soir J\u00e9rusalem a retrouv\u00e9 son calme, mais les commer\u00e7ants ont ferm\u00e9 de bonne heure. Le Son et Lumi\u00e8re dans la Tour de David tourne en boucle pour les touristes, les commer\u00e7ants bradent les prix.<br \/>\nEt pendant ce temps le prix Nobel de la Paix est attribu\u00e9 \u00e0 Barack Obama au moment o\u00f9 il annonce qu\u2019il renonce \u00e0 s\u2019attaquer au probl\u00e8me isra\u00e9lo-palestinien.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong><br \/>\nDominique Houdart<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voir la vid\u00e9o : Les Padox en Palestine Dimanche 27 septembre 2009 Jamais nous n\u2019avions connu une fouille aussi intense \u00e0 l\u2019a\u00e9roport au d\u00e9part vers Tel-Aviv. 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