{"id":104,"date":"2009-11-09T12:39:26","date_gmt":"2009-11-09T11:39:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/?p=104"},"modified":"2009-11-09T12:39:26","modified_gmt":"2009-11-09T11:39:26","slug":"identite-et-specificite-de-lecriture-pour-la-rue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/2009\/11\/09\/identite-et-specificite-de-lecriture-pour-la-rue\/","title":{"rendered":"Identit\u00e9 et sp\u00e9cificit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture pour la Rue"},"content":{"rendered":"<p>Cette r\u00e9flexion analyse et prolonge les <a href=\"http:\/\/www.sacd.fr\/Journee-des-auteurs-des-Arts-de-la-rue-videos.1383.0.html\" target=\"_blank\">d\u00e9bats organis\u00e9s par la SACD et la F\u00e9d\u00e9ration des Arts de la rue le 23 octobre 2009<\/a>, sur le th\u00e8me <strong>\u00ab Quelles aides pour les arts de la rue et pour quels lieux ?\u00bb.<\/strong><br \/>\nIl est utile de questionner les origines d\u2019un art pour en percevoir l\u2019identit\u00e9 et la sp\u00e9cificit\u00e9. Dans le cas des arts de la rue, l\u2019origine est double. Origine religieuse dans les Dionysies, processions accompagn\u00e9es de chants et de musique, ch\u0153urs de satyres et de bacchantes, en l\u2019honneur de Dionysos en Gr\u00e8ce, Bacchus chez les Romains.<br \/>\nL\u2019autre origine, peut-\u00eatre plus \u00e9clairante en ce qui concerne l\u2019\u00e9criture, est li\u00e9e \u00e0 la cr\u00e9ation des villes, dans l\u2019Antiquit\u00e9 ou au Moyen\u2013\u00c2ge. Peu de villes sont issues d\u2019une volont\u00e9 pr\u00e9cise, d\u2019un marquage au sol comme la Rome de Romulus et Remus.<br \/>\nLes villes sont n\u00e9es, pour leur grande majorit\u00e9, du carrefour et de la foire. Au croisement des grands axes de circulation, les commer\u00e7ants itin\u00e9rants cr\u00e9aient des rendez-vous r\u00e9guliers, et instauraient des foires, des lieux de commerce dans le sens premier du terme, et petit \u00e0 petit, autour de ces carrefours, des villes se sont b\u00e2ties. Ces lieux de rencontre \u00e9taient tr\u00e8s naturellement des lieux de jeu, de spectacle, de musique. L&rsquo;art de la rue est l\u2019art premier des villes en devenir. Et tout naturellement, de ces deux origines, religieuse et commerce entre les hommes, d\u00e9coulent l\u2019identit\u00e9 et la sp\u00e9cificit\u00e9 des arts de la rue.<\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019origine, toutes les disciplines artistiques sont convoqu\u00e9es, parole, danse, musique, art plastique, mime, masque, art du mouvement et de la performance physique, harangue\u2026<\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019origine cet art est fond\u00e9 sur la rencontre plus ou moins fortuite avec le public.<\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019origine, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019attirer, de convaincre, et d\u2019\u00e9changer, a \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e. Surtout pas l\u2019art pour l\u2019art, mais l\u2019art pour la rencontre, le dialogue, l\u2019\u00e9motion.<\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019origine, au moins dans la partie la\u00efque de ces origines, la rue fut le lieu d\u2019une expression politique. Notre grand anc\u00eatre c\u2019est le colporteur, qui utilisait tous les moyens artistiques \u00e0 sa disposition pour vendre objets, livres ou images, mais aussi pour transmettre et diffuser les id\u00e9es politiques, les colporter. On sait le r\u00f4le qu\u2019il a jou\u00e9 dans l\u2019\u00e9laboration des cahiers de dol\u00e9ances, ferment de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>L\u2019identit\u00e9 des arts de la rue, c\u2019est donc aussi la parole, mais pas dans le sens verbal du terme. Plus dans le sens de t\u00e9moignage, de pr\u00e9sence, et aussi de miroir d\u2019une soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nJe me souviens que lorsque sortit le film \u00ab Trafic \u00bb de Jacques Tati dans les ann\u00e9es 60, des publicistes inventifs, en guise d\u2019affiche sur la fa\u00e7ade d\u2019un cin\u00e9ma des Champs-\u00c9lys\u00e9es, avaient install\u00e9 un gigantesque miroir qui refl\u00e9tait la circulation de cette avenue. Et le trafic urbain, tout d\u2019un coup, \u00e9tait mis en perspective, en ab\u00eeme, il se th\u00e9\u00e2tralisait. La parole devenait visuelle, m\u00e9taphorique, symbolique.<br \/>\nCet effet de miroir se double d\u2019une adaptabilit\u00e9 tout \u00e0 fait caract\u00e9ristique, adaptabilit\u00e9 au lieu, \u00e0 l\u2019environnement, au public, \u00e0 la m\u00e9t\u00e9o.<\/p>\n<p>L\u2019art de la rue est donc constitutif de l\u2019\u00e9criture de la ville, de ses rapports humains, sociaux et politiques.<br \/>\nJusqu\u2019au jour o\u00f9 le pouvoir s\u2019installe et capte la parole libre, l\u2019enferme dans des r\u00e8gles et des contraintes. C\u2019est toute la question de l\u2019\u00e9criture et du pouvoir. L\u2019\u00e9criture pour l\u2019espace public est ouverture, pluridisciplinaire et libertaire. Le pouvoir contraint l\u2019espace public, mais pas uniquement le pouvoir : l\u2019espace public est, selon la tr\u00e8s \u00e9clairante expression de Pascal Le Brun-Cordier, le terrain de la \u00ab guerre des r\u00e9cits. Il s\u2019agit donc de chercher le moyen d\u2019exister autrement dans la rue, trouver de nouveaux cadres de r\u00e9cit.<br \/>\nC\u2019est toute la recherche de Francis Peduzzi, directeur du Channel, Sc\u00e8ne Nationale de Calais, qui pense son action et ses choix comme un \u00ab r\u00e9cit \u00bb et agit sur l\u2019espace public en passant commande, en acceptant la trahison de la commande.<\/p>\n<p>L\u2019espace public est de plus en plus confisqu\u00e9 par les tutelles, les arts de la rue n\u2019ont droit de cit\u00e9 qu\u2019\u00e0 temps fixe, en lieu fixe, en rendez vous organis\u00e9s et annonc\u00e9s. Et ils perdent ainsi leur saveur, leur spontan\u00e9it\u00e9, leur raison d\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>L\u2019auteur, la Compagnie, l\u2019artiste, sont ainsi plus ou moins conditionn\u00e9s par les lois du march\u00e9, par une demande qui, sans faire de la censure, \u00e9volue vers une <strong>d\u00e9mocratisation culturelle<\/strong> plus que vers une v\u00e9ritable <strong>d\u00e9mocratie culturelle<\/strong>.<\/p>\n<p>L\u2019espace public ne devrait pas \u00eatre un lieu de spectacle comme un autre, un lieu pour poser des spectacles, mais un lieu porteur de cr\u00e9ation \u00e0 sa mesure, \u00e0 sa d\u00e9mesure. L\u2019artefact n\u2019a pas vraiment sa place dans la rue. L\u2019innovation doit avant tout prendre en compte tous les param\u00e8tres, population, urbanisme, architecture, et l\u2019artiste doit au milieu de tout cela \u00eatre le m\u00e9diateur, le catalyseur, l\u2019orchestrateur de tous ces instruments.<\/p>\n<p>L\u2019aide, la subvention, la bourse en direction des auteurs, doit aller dans ce sens. Sp\u00e9cificit\u00e9, innovation, et pas uniquement dans les grands rendez-vous habituels, indispensables mais insuffisants, qu\u2019il ne faut pas n\u00e9gliger mais qui ne sont pas le but unique et ultime&#8230; Comme le proclame Andr\u00e9 Gintzburger, \u00ab l\u2019int\u00e9r\u00eat du th\u00e9\u00e2tre de rue c\u2019est qu\u2019il surgisse l\u00e0 o\u00f9 on ne l\u2019attend pas \u00bb. Mais dans ce cas, qui paiera la production et les salari\u00e9s ?<br \/>\nCela nous renvoie au th\u00e8me de cette journ\u00e9e de r\u00e9flexion, \u00ab quelles aides et pour quels lieux ? \u00bb<br \/>\nC\u2019est tout le sens de l\u2019\u00e9volution du dispositif d\u2019aide de la SACD \u00ab <a href=\"http:\/\/www.sacd.fr\/Auteurs-d-espace-public.1319.0.html\" target=\"_blank\">Auteurs d\u2019espace public<\/a> \u00bb\u00a0 qui entend jouer un r\u00f4le incitatif, d\u2019aide au surgissement d\u2019auteurs vou\u00e9s \u00e0 cet espace et \u00e0 cette prise en compte du \u00ab r\u00e9cit \u00bb.<\/p>\n<p>Mais, comme le fait tr\u00e8s justement remarquer Ema Drouin, si on veut penser espace public, il faut penser public partenaire. Si on veut aller dans l\u2019espace public, il faut \u00e9chapper \u00e0 l\u2019espace politique contraignant et contraint.<br \/>\nMai 68, le Printemps de Prague, la r\u00e9volution des \u0152illets, ont vu surgir des auteurs, des po\u00e8tes, des plasticiens. La rue \u00e9tait en effervescence, en cr\u00e9ation. Hors norme, hors institution.<br \/>\nL\u2019institution, l\u2019Etat, les Collectivit\u00e9s territoriales, devraient \u00eatre au service du public, et pas le contraire. Mais le Minist\u00e8re interrompt les Entretiens de Valois, nous renvoie au dialogue avec les collectivit\u00e9s territoriales qui sont d\u00e9j\u00e0 exsangues, de Charybde en Sylla\u2026<br \/>\nFaut-il attendre que la manne se tarisse totalement pour que le public et les artistes se prennent collectivement en charge, comme le font de nombreuses associations dans le domaine humanitaire, \u00e9cologique, \u00e9conomique ?La taxe Tobin, les aides individuelles d\u00e9grev\u00e9es d\u2019imp\u00f4ts, le m\u00e9c\u00e9nat du public, sont des pistes qui permettent d\u2019ouvrir l\u2019espace public au jeu, \u00e0 la po\u00e9sie, \u00e0 la cr\u00e9ation, \u00e0 l\u2019invention du r\u00e9cit.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9flexions et bien d\u2019autres peuvent alimenter les d\u00e9bats d\u2019une association d\u2019auteurs pour l\u2019espace public qui se constituera en janvier 2010<br \/>\n<strong><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Dominique Houdart<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette r\u00e9flexion analyse et prolonge les d\u00e9bats organis\u00e9s par la SACD et la F\u00e9d\u00e9ration des Arts de la rue le 23 octobre 2009, sur le th\u00e8me \u00ab Quelles aides pour les arts de la rue et pour quels lieux ?\u00bb. 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