{"id":12,"date":"2006-10-03T12:00:23","date_gmt":"2006-10-03T10:00:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.sacd.fr\/blogca\/?p=12"},"modified":"2007-03-06T11:49:35","modified_gmt":"2007-03-06T10:49:35","slug":"titres-anglais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/2006\/10\/03\/titres-anglais\/","title":{"rendered":"Titres Anglais"},"content":{"rendered":"<p>Chaque mercredi apporte son lot de sorties de films, et chaque fois la m\u00eame consternation de les voir, en nombre grandissant, diffus\u00e9s sous des titres anglais. Non seulement les productions anglo-saxonnes, mais, plus surprenant, celles qui nous arrivent d\u2019autres aires g\u00e9ographiques. Devant l\u2019invasion de l\u2019anglais sur nos murs et les frontons de nos cin\u00e9mas, faudra-t-il dor\u00e9navant se munir d\u2019un dictionnaire avant d\u2019aller \u00ab\u00a0se faire une toile\u00a0\u00bb\u00a0? Cette d\u00e9rive r\u00e9cente, peu justifi\u00e9e au plan commercial, a des cons\u00e9quences pernicieuses\u00a0: car elle d\u00e9boussole les \u00e9ventuels spectateurs, entame notre langue et porte un coup suppl\u00e9mentaire \u00e0 la diversit\u00e9 culturelle.<br \/>\n<!--more--><br \/>\nQuel int\u00e9r\u00eat mercantile pr\u00e9side \u00e0 la d\u00e9cision de ne pas traduire les titres de films, et donc de les rendre incompr\u00e9hensibles \u00e0 une grande partie de leur public potentiel\u00a0? S\u2019agit-il de flatter un snobisme\u00a0? Mais un film ne peut pas faire carri\u00e8re \u00e0 partir d\u2019une motivation aussi superficielle. Mais n&rsquo;est-ce pas tout simplement pour avertir les spectateurs que ce n\u2019est pas un film fran\u00e7ais\u00a0? Et dans ce cas, est-on s\u00fbr que cette \u00ab\u00a0d\u00e9nonciation\u00a0\u00bb rapporte\u00a0? On peut en douter, surtout lorsque, sous un titre en anglais, se dissimule un film venu d\u2019Asie ou d\u2019Europe centrale\u00a0: \u00e9garer le public n\u2019est jamais une strat\u00e9gie tr\u00e8s rentable.<br \/>\nPour lutter contre l\u2019invasion du franglais, il y a quelques ann\u00e9es, la \u00ab\u00a0loi Toubon\u00a0\u00bb avait impos\u00e9 aux marques commerciales de s\u2019afficher avec des termes fran\u00e7ais. Bien entendu, une \u0153uvre de cr\u00e9ation n\u2019est pas un produit comme un autre, et son titre, quelle qu\u2019en soit la langue, rel\u00e8ve du libre choix de l\u2019auteur. Mais le titre a aussi une fonction d\u2019information et d\u2019accroche\u00a0: il marque la singularit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre, en d\u00e9finit le ton ou l\u2019esprit, le sujet ou le contexte, provoque le d\u00e9sir d\u2019y aller voir. Or quel app\u00e9tit peut susciter The Secret Life of Words chez celui qui ne comprend pas l\u2019anglais\u00a0? Le dessin anim\u00e9 The Wild ne s\u2019adresse-t-il qu\u2019\u00e0 des enfants bilingues\u00a0? Et pourquoi transposer le titre d\u2019un film tch\u00e8que en Something like Happiness pour sa sortie fran\u00e7aise\u00a0?<br \/>\nIl ne s\u2019agit \u00e9videmment pas de retomber dans les \u00e9garements du pass\u00e9, lorsqu\u2019on traduisait \u00e9trangement My Darling Clementine par La Poursuite infernale\u2026 poursuite qui n\u2019avait jamais lieu puisqu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un r\u00e8glement de comptes. Ou, plus bizarrement, Stagecoach to Kansas par Tonnerre sur le Texas, et m\u00eame No Way out par La porte s\u2019ouvre. Sans parler de Wish you were there devenu en France, sinon en fran\u00e7ais, Too much\u00a0! La langue du film, c\u2019est son essence, c&rsquo;est pourquoi les versions originales sous-titr\u00e9es seront toujours au plus pr\u00e8s de l\u2019\u0153uvre initiale &#8211; et nous nous indignons de voir Arte, la cha\u00eene culturelle, sacrifier \u00e0 la course \u00e0 l&rsquo;audience et d\u00e9voyer sa mission lorsqu&rsquo;elle projette des films en VF pour courir derri\u00e8re quelques spectateurs peu exigeants en sacrifiant sa client\u00e8le naturelle. Mais le titre, c\u2019est son passeport, une fa\u00e7on de l\u2019identifier et de le distinguer des autres. Comment peut-on le faire quand il est propos\u00e9 dans une langue qu\u2019on ignore &#8211; et sans sous-titre la plupart du temps\u00a0?<br \/>\nHollywood, dans sa volont\u00e9 d\u2019h\u00e9g\u00e9monie, cherche \u00e0 donner \u00e0 ses productions des intitul\u00e9s transparents qui puissent \u00eatre les m\u00eames dans toutes les langues\u00a0: Matrix, Fourmiz\u2026 Et quand cela n\u2019est pas possible, impose du bref et facilement m\u00e9morisable\u00a0: Big Mama, Sex Movie, Fog\u2026 Quant \u00e0 des titres comme Basic Instinct ou History of Violence, on les suppose assez transparents pour qu&rsquo;ils soient accessibles tels quels. Le cas le plus curieux est celui de The Constant Gardener, distribu\u00e9 en France sous ce titre, alors qu\u2019il est adapt\u00e9 d\u2019un roman publi\u00e9 chez nous sous celui de La Constance du jardinier! L\u2019objectif vis\u00e9 n\u2019est pas seulement d\u2019\u00e9conomiser des cartons de g\u00e9n\u00e9riques ou les typons des pav\u00e9s de presse. Car il y a derri\u00e8re tout cela une volont\u00e9 bien pr\u00e9cise\u00a0: celle de persuader le public que \u00ab\u00a0un vrai film, c\u2019est un film am\u00e9ricain\u00a0\u00bb. La langue du Septi\u00e8me Art, c\u2019est l\u2019anglais, et donc son pays, c\u2019est Hollywood. Faute de cet estampillage, le spectateur saura qu\u2019il prend le risque de voir un film ennuyeux, fauch\u00e9, difficile, insensible \u00e0 ses attentes et \u00e0 ses habitudes.<br \/>\nLes USA sont l\u2019un des deux pays \u00e0 avoir refus\u00e9 de signer la convention de l\u2019UNESCO sur la protection de la diversit\u00e9 culturelle\u00a0: c\u2019est dire l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019ils portent aux autres cultures. Et chez eux on ne se soucie gu\u00e8re de traduire ou non les titres, puisque leurs fronti\u00e8res sont quasiment ferm\u00e9es \u00e0 l\u2019importation des films \u00e9trangers. Quand n\u00e9anmoins ce sont des succ\u00e8s incontournables, et donc une source de profits potentiels, les studios hollywoodiens pr\u00e9f\u00e8rent tourner des remakes (des refilms) plut\u00f4t que de laisser p\u00e9n\u00e9trer de mani\u00e8re significative les versions originales sous-titr\u00e9es ou doubl\u00e9es, avec leur lot de voitures \u00e9trang\u00e8res, de boissons non-gazeuses, de fromages qui puent, bref de modes de vie par trop diff\u00e9rents de l\u2019American way of life\u2026<br \/>\nDes accords commerciaux (et unilat\u00e9raux) lient les grands distributeurs fran\u00e7ais aux majors am\u00e9ricaines. Il est donc logique que ces circuits ob\u00e9issent \u00e0 leurs ma\u00eetres et respectent le principe de la pr\u00e9f\u00e9rence am\u00e9ricaine. Mais quand il s\u2019agit de cin\u00e9ma ind\u00e9pendant, et surtout de films issus de cin\u00e9matographies rares ou lointaines, par quelle aberration intellectuelle, mais sans doute aussi commerciale, leurs distributeurs font-ils traduire en anglais le cor\u00e9en ou le tch\u00e8que\u00a0? Pensent-ils vraiment qu\u2019on ne s\u2019apercevra pas que le couple de April Snow a le type asiatique, ou que les personnages principaux de Something like Happiness vivent dans une \u00e9conomie post-communiste\u00a0? \u00ab\u00a0Quelque chose comme le bonheur\u00a0\u00bb, pour traduire le tch\u00e8que Stasti, qui signifie \u00ab\u00a0bonheur\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0chance\u00a0\u00bb, ne serait-il pas tout aussi all\u00e9chant qu\u2019un titre qui, en anglais, ressemble \u00e0 beaucoup d\u2019autres, et risque donc d\u2019\u00eatre confondu avec, par exemple, The Secret Life of Words sorti la m\u00eame semaine\u00a0? Comment peut s\u2019orienter le spectateur qui justement, cherche \u00e0 voir autre chose que du cin\u00e9ma am\u00e9ricain\u00a0? Celui qui veut de l\u2019Hollywood est abus\u00e9, et celui qui est int\u00e9ress\u00e9 par du tch\u00e8que passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Dans les deux cas, le spectateur est perdant.<br \/>\nA la diff\u00e9rence des Am\u00e9ricains, le cin\u00e9ma fran\u00e7ais a compris que c\u2019est en aidant les films de tous les pays \u00e0 exister qu\u2019il a une chance de pr\u00e9server sa propre production. Certains de ces films sont soutenus par des aides du CNC. Mais alors pourquoi, d\u00e8s lors que de tels films existent, les range-t-on aussit\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 de la langue qui les opprime et qui les rejette\u00a0?<br \/>\nLa libert\u00e9 du cr\u00e9ateur est certes intangible, et le titre fait partie int\u00e9grante de l\u2019\u0153uvre. On n\u2019aura pas la sottise de reprocher \u00e0 Baudelaire son \u00ab\u00a0Anywhere out of the World\u00a0\u00bb ni \u00e0 Resnais ses Smoking et No smoking. On n\u2019emp\u00eachera pas non plus, si telle est sa volont\u00e9, un r\u00e9alisateur anglo-saxon ou de toute autre origine d\u2019exiger que son film soit exploit\u00e9 chez nous sous un titre anglais. Mais il convient de tracer une fronti\u00e8re nette entre ce qui rel\u00e8ve de la cr\u00e9ation et des calculs du marketing, d\u2019un choix artistique hautement respectable et d\u2019un conformisme commercial \u00e0 courte vue, et qui conduit \u00e0 affubler les films de titres incompr\u00e9hensibles, arbitraires ou trompeurs. Au risque de transformer, sur nos \u00e9crans, des sorties courageuses en \u00ab\u00a0trois petits tours\u00a0\u00bb exp\u00e9ditifs, et de favoriser par contrecoup la cin\u00e9matographie majoritaire, peu partageuse et fi\u00e8re de l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p align=\"right\"><strong>Luc B\u00e9raud<\/strong><br \/>\nAdministrateur<br \/>\nCo-pr\u00e9sident de la commission t\u00e9l\u00e9vision<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque mercredi apporte son lot de sorties de films, et chaque fois la m\u00eame consternation de les voir, en nombre grandissant, diffus\u00e9s sous des titres anglais. Non seulement les productions anglo-saxonnes, mais, plus surprenant, celles qui nous arrivent d\u2019autres aires g\u00e9ographiques. Devant l\u2019invasion de l\u2019anglais sur nos murs et les frontons de nos cin\u00e9mas, faudra-t-il [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-12","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-audiovisuel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}