{"id":197,"date":"2011-05-16T10:47:07","date_gmt":"2011-05-16T09:47:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/?p=197"},"modified":"2011-09-13T11:25:26","modified_gmt":"2011-09-13T10:25:26","slug":"pelleas-et-melisande-en-russie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/2011\/05\/16\/pelleas-et-melisande-en-russie\/","title":{"rendered":"Pell\u00e9as et M\u00e9lisande &#8211; Le Chant des aveugles"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-223\" style=\"margin-left: 4px; margin-right: 4px;\" title=\"Dunoyer_de_segonzac_louis\" src=\"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/Dunoyer_de_segonzac_louis.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"150\" \/>Tr\u00e8s belle oeuvre que cet \u00e9mouvant documentaire tourn\u00e9 par Philippe B\u00e9ziat en 2007 \u00e0 l&rsquo;occasion des r\u00e9p\u00e9titions de la premi\u00e8re production en Russie de \u00ab\u00a0Pell\u00e9as et M\u00e9lisande\u00a0\u00bb.<br \/>\nOlivier Py, pour la mise en sc\u00e8ne, et Marc Minkowski, pour la direction musicale, sont all\u00e9s monter le chef d&rsquo;oeuvre de Debussy au Th\u00e9\u00e2tre Stanislavski de Moscou, emportant dans leurs bagages trois de nos tout meilleurs chanteurs fran\u00e7ais: Jean-S\u00e9bastien Bou (Pell\u00e9as), Sophie Marin-Degorre (M\u00e9lisande), et Fran\u00e7ois Le Roux (Golaud).<br \/>\nArkel et Genevi\u00e8ve sont interpr\u00e9t\u00e9s par des chanteurs russes, de m\u00eame qu&rsquo;Yniold et tous les r\u00f4les secondaires. C&rsquo;est l\u00e0 que r\u00e9side tout l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du film: comment ces chanteurs, ainsi que les musiciens de l&rsquo;orchestre, r\u00e9agiront en d\u00e9couvrant de l&rsquo;int\u00e9rieur cette musique si particuli\u00e8re?<\/p>\n<p>Dans une sc\u00e8ne touchante, l&rsquo;on d\u00e9couvre Natalia Vladimirskaia (Genevi\u00e8ve) s&rsquo;appliquant \u00e0 articuler et \u00e0 prononcer cette curieuse langue si diff\u00e9rente de toutes les autres. Elle sourit gracieusement en pronon\u00e7ant ces syllabes qui ne sont pour elle que des sons, ces mots dont le sens n&rsquo;est que ce que le traducteur a bien voulu lui en dire. On ne saura jamais vraiment quel effet la d\u00e9couverte de cette langue et de cette oeuvre aura produit sur elle\u2026<\/p>\n<p>Il en est tout autrement de Dmitri Stepanovitch. Jeune colosse \u00e0 la stature aussi impressionnante que la voix de basse russe, il interpr\u00e8te le r\u00f4le d&rsquo;Arkel. Chaque note qu&rsquo;il chante met tout mon corps en vibration, y compris dans les nuances piano. La voix profonde et sombre du vieux roi d&rsquo;Allemonde est l\u00e0 et bien l\u00e0. Mais, pour interpr\u00e9ter ce vieillard sage et bon, Marc Minkowski lui demande toujours plus d&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 dans son expression vocale et musicale. Dmitri Stepanovitch en est d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9. Ne s&rsquo;agit-il pas d&rsquo;op\u00e9ra? Certes oui, mais on lui explique qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;inverse d&rsquo;un Gounod, par exemple, Debussy a compos\u00e9, avec Pell\u00e9as, une sorte d&rsquo; \u00ab\u00a0anti-op\u00e9ra\u00a0\u00bb. A aucun moment l&rsquo;\u00e9criture ne cherche \u00e0 faire briller le chanteur, \u00e0 soulever les foules avec des notes aig\u00fces ou des effets de voix. Il n&rsquo;y a, dans la partition, pas un seul \u00ab\u00a0air d&rsquo;op\u00e9ra\u00a0\u00bb digne de ce nom. Debussy cherche avant tout \u00e0 \u00e9pouser le plus fid\u00e8lement possible les rythmes et la musique propres \u00e0 la langue fran\u00e7aise, sur un texte en prose, qui plus est. Le feu de la passion s&#8217;empare de Pell\u00e9as et de M\u00e9lisande, la jalousie maladive d\u00e9vore Golaud, mais le pauvre Dmitri Stepanovitch doit conserver toute sa mesure lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;exprimer la sagesse d&rsquo;Arkel. Au plus fort de sa frustration, le chanteur va m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9clarer que si Pell\u00e9as n&rsquo;a jamais connu de succ\u00e8s aupr\u00e8s du public (je ne sais pas d&rsquo;o\u00f9 il tient cette information?), c&rsquo;est parce qu&rsquo;on n&rsquo;a jamais autoris\u00e9 les interpr\u00e8tes \u00e0 donner libre cours \u00e0 leur envie de s\u00e9duire les auditeurs en mettant davantage d&rsquo;expression et de sentiment dans leur chant! Puissent Marc Minkowski et Olivier Py le convaincre et lui insuffler l&rsquo;inspiration n\u00e9cessaire, car il a vraiment la voix pour chanter ce si beau r\u00f4le d&rsquo;Arkel!<\/p>\n<p>Parmi les t\u00e9moignages de diff\u00e9rents musiciens, celui d&rsquo;une violoniste de l&rsquo;orchestre, est particuli\u00e8rement bouleversant de sensibilit\u00e9 et d&rsquo;\u00e9motion. Elle n&rsquo;a jamais jou\u00e9 ni entendu de Debussy de toute sa vie. Pourtant, on comprend qu&rsquo;elle a derri\u00e8re elle un long parcours de musicienne professionnelle, puisqu&rsquo;elle exer\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 dans les ann\u00e9es soixante. Elle explique qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque du rideau de fer, elle ne savait rien de ce qui pouvait se passer de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. Mais il y avait eu, \u00e0 Moscou, une exposition autour des peintres impressionnistes fran\u00e7ais. Avec des \u00e9toiles plein les yeux, elle raconte qu&rsquo;elle y allait tous les jours, que \u00e7a reste un de ses plus beaux souvenirs. Et elle ajoute que ce qu&rsquo;elle ressent, dans la fosse d&rsquo;orchestre, en d\u00e9couvrant la musique de Debussy, lui fait penser \u00e0 \u00e7a\u2026 Je lui laisserai donc le mot de la fin: \u00ab\u00a0Au dernier acte, mon \u00e2me s&#8217;emplit d&rsquo;une sensation\u2026 non pas de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9\u2026 mais d&rsquo;envo\u00fbtement. Alors, le silence envahit mon \u00e2me, et c&rsquo;est l&rsquo;illumination\u00a0\u00bb. Elle s&rsquo;appelle Nora Reznik. Elle est violoniste du rang \u00e0 l&rsquo;orchestre du Th\u00e9\u00e2tre Stanislavski de Moscou. Elle est le rayon de soleil de ce beau film.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Louis Dunoyer<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tr\u00e8s belle oeuvre que cet \u00e9mouvant documentaire tourn\u00e9 par Philippe B\u00e9ziat en 2007 \u00e0 l&rsquo;occasion des r\u00e9p\u00e9titions de la premi\u00e8re production en Russie de \u00ab\u00a0Pell\u00e9as et M\u00e9lisande\u00a0\u00bb. 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