{"id":40,"date":"2006-11-27T11:18:57","date_gmt":"2006-11-27T09:18:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.sacd.fr\/blogca\/?p=40"},"modified":"2007-03-06T11:48:19","modified_gmt":"2007-03-06T10:48:19","slug":"noiret","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/2006\/11\/27\/noiret\/","title":{"rendered":"Philippe Noiret"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: 10pt; font-family: Verdana\">C&rsquo;\u00e9tait un ami, un fr\u00e8re, un p\u00e8re. Je lui dois tout. Et ce soir, accabl\u00e9 par le chagrin, je ne sais pas comment parler de lui. J&rsquo;ai d&rsquo;abord envie de crier ma reconnaissance. C&rsquo;est lui, sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la parole donn\u00e9e, son sens de l&rsquo;honneur qui m&rsquo;avait permis de tourner L&rsquo;HORLOGER DE SAINT PAUL \u00a0alors que ce sc\u00e9nario avait \u00e9t\u00e9 refus\u00e9 par pratiquement tous les producteurs et distributeurs de Paris. On s&rsquo;\u00e9tait fait jeter, humilier pendant plus de 18 mois \u00a0et il \u00e9tait rest\u00e9 \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, n&rsquo;\u00e9tait jamais revenu sur son engagement. Pourtant je n&rsquo;avais rien tourn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque et s&rsquo;il avait jet\u00e9 l&rsquo;\u00e9ponge je ne lui en aurai pas voulu.<br \/>\nEt puis un apr\u00e8s midi, pendant qu&rsquo;on tournait au Parc de la T\u00eate d&rsquo;Or, il m&rsquo;a dit : \u00ab\u00a0c&rsquo;est curieux, je fais beaucoup de premiers films et jamais de seconds\u00a0\u00bb. Et je lui ai r\u00e9pondu : \u00ab\u00a0combien tu paries, Philippe, que tu fais mon second\u00a0\u00bb.<br \/>\nC&rsquo;\u00e9tait QUE LA FETE COMMENCE.<br \/>\n<!--more-->Et on ne s&rsquo;est plus quitt\u00e9. On a tout partag\u00e9, nos passions, nos fous rires, nos angoisses, nos col\u00e8res, nos admirations. On \u00e9tait deux provinciaux maladroits \u00e9motionnellement (moi plus que lui), curieux, ouverts. On savait communiquer de mani\u00e8re oblique par des allusions, des anecdotes, par des regards. Quand \u00e0 la fin d&rsquo;une prise, je disais \u00ab\u00a0coupez\u00a0\u00bb, il jetait un coup d&rsquo;oeil dans ma direction et, avant que j&rsquo;ai pu donner mon avis, lan\u00e7ait : \u00ab\u00a0Tonton, on en refait une autre\u00a0\u00bb.<br \/>\nIl faisait tellement partie de ma vie que je lui montrais les sc\u00e9narios, les premiers montages m\u00eame des films o\u00f9 il ne jouait pas. J&rsquo;avais besoin de son regard, de son amiti\u00e9. Comme de celle de Claude Sautet.<br \/>\nCe n&rsquo;\u00e9tait pas un acteur \u00e9go\u00efste. Je l&rsquo;ai vu p\u00e9tri d&rsquo;admiration pour Michel Galabru dans Le Juge et l&rsquo;Assassin, pour Isabelle Huppert, Eddy Mitchell dans COUP DE TORCHON, pour Jean Rochefort dans la PORTEUSE DE PAIN, pour Fran\u00e7ois Perrot ou Sabine Azema dans LA VIE ET RIEN D&rsquo;AUTRE. Pour Claude Rich.<br \/>\nEt pour Jean Vilar et G\u00e9rard Philippe.\u00a0L&rsquo;entendre parler de cette \u00e9poque vous r\u00e9chauffait. Il aimait aimer et avait l&rsquo;admiration contagieuse. On avait l&rsquo;impression qu&rsquo;il y trouvait quelque chose de r\u00e9confortant. <strong>Nous nous sommes beaucoup parl\u00e9s \u00e0 travers nos admirations. Pour Gary Cooper que nous aurions tous les deux voulu conna\u00eetre, pour Hitchcock, Fred Astaire, Mario Monicelli, Marcello Mastroianni ou Marco Ferreri.<br \/>\n<\/strong>Il m&rsquo;a appris tant de choses, fait d\u00e9couvrir des auteurs, des peintres, un certain art de vivre fait d&rsquo;\u00e9l\u00e9gance et de discr\u00e9tion. Il m&rsquo;a donn\u00e9 le go\u00fbt des acteurs et m&rsquo;a montr\u00e9 qu&rsquo;on pouvait \u00eatre exigeant, passionn\u00e9 en souriant, avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9.<br \/>\nIl avait cette extraordinaire politesse qui consistait \u00e0 minimiser les difficult\u00e9s, les efforts, le travail qu&rsquo;il avait accompli. Il pr\u00e9tendait qu&rsquo;il ne savait pas quelle s\u00e9quence on allait tourner, qu&rsquo;il devait aller la lire alors qu&rsquo;il la connaissait au rasoir. Cette politesse et cette pudeur. Pas de cirque, pas de num\u00e9ro pour se concentrer. Comme son ami Mastroianni, il n&rsquo;en avait pas besoin. Il se nourrissait de la chaleur d&rsquo;un tournage, d&rsquo;une \u00e9quipe, se m\u00ealait aux techniciens, regardait, apprenait. Ma soci\u00e9t\u00e9 de production, Little Bear, a produit ses derniers films ,\u00a0PERE ET FILS\u00a0et EDY, et mon associ\u00e9 Fr\u00e9d\u00e9ric Bourboulon raconte \u00a0que pendant le tournage du premier, sur une petite route paum\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart du plateau, se croyant seul, Philippe, levant les bras au ciel, s&rsquo;\u00e9tait mis \u00e0 hurler : \u00ab\u00a0ce que je suis content de tourner!!\u00a0\u00bb&#8230; il avait ensuite surpris le regard de Fred&#8230;et souri un peu g\u00ean\u00e9&#8230; \u00a0<\/span><span style=\"font-size: 10pt; font-family: Verdana\">J&rsquo;ai partag\u00e9 ses engagements, ses qu\u00eates. J&rsquo;\u00e9tais \u00e0 cot\u00e9 de lui, \u00e0 Verdun, quand il essayait de comprendre durant le tournage de LA VIE ET RIEN D&rsquo;AUTRE ce qu&rsquo;avait v\u00e9cu son p\u00e8re, quand il marchait dans ses pas. Il avait \u00e9pous\u00e9 mon combat pour faire ce film, n&rsquo;avait pas h\u00e9sit\u00e9, tout comme Sabine Azema, \u00e0 mettre en participation la moiti\u00e9 de son salaire. Et c&rsquo;est le film qu&rsquo;il choisit quand le Festival de Cannes voulut lui rendre hommage. C&rsquo;est qu&rsquo;il semblait ne faire qu&rsquo;un avec les col\u00e8res, les engagements, les f\u00ealures du commandant Dellaplane, cet officier profond\u00e9ment r\u00e9publicain (\u00ab\u00a0le s\u00e9nateur de Courtil a de la R\u00e9publique, une conception effarante\u00a0\u00bb. Cette phrase \u00e9crite par Jean Cosmos me fait chaque fois passer des frissons), cet homme de l&rsquo;ancien temps, 1913, qui \u00e9crit \u00e0 la femme qu&rsquo;il aime : \u00ab\u00a0Je vais commencer \u00e0 vous attendre. Je vous attendrai mais pas plus de cent ans, mettons cent un\u00a0\u00bb<br \/>\nMaintenant c&rsquo;est moi qui vais commencer \u00e0 attendre. Est ce que je tiendrai 100 ans ?<\/span><span style=\"font-size: 10pt; font-family: Verdana\" \/><span style=\"font-size: 10pt; font-family: Verdana\"> <\/span>\u00a0<\/p>\n<p align=\"right\"><span style=\"font-size: 10pt; font-family: Verdana\" \/><span style=\"font-size: 10pt; font-family: Verdana\" \/><span style=\"font-size: 10pt; font-family: Verdana\"><strong>Bertrand Tavernier,<\/strong><br \/>\nAdministrateur Cin\u00e9ma <\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;\u00e9tait un ami, un fr\u00e8re, un p\u00e8re. Je lui dois tout. Et ce soir, accabl\u00e9 par le chagrin, je ne sais pas comment parler de lui. J&rsquo;ai d&rsquo;abord envie de crier ma reconnaissance. 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