{"id":544,"date":"2013-09-26T10:00:56","date_gmt":"2013-09-26T09:00:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/?p=544"},"modified":"2013-09-27T09:30:31","modified_gmt":"2013-09-27T08:30:31","slug":"etre-auteure-de-cirque-en-2052-partie-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/2013\/09\/26\/etre-auteure-de-cirque-en-2052-partie-1\/","title":{"rendered":"\u00catre auteure de cirque en 2052, partie 1"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/Goudard100.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-547\" style=\"margin-left: 7px; margin-right: 7px;\" title=\"Goudard100\" src=\"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/Goudard100.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"100\" \/><\/a>Par Philippe Goudard, administrateur cirque de la SACD en 2013\u2026<\/em><\/p>\n<h4>Entretien d\u2019anticipation (mais pas tant que \u00e7a !) avec Agathe Framery, auteure, artiste et productrice de cirque. Agathe sera parmi nous pendant 6 semaines, jusqu\u2019au 1er novembre, le temps de livrer une vision claire et exhaustive sur les arts du cirque, leur pass\u00e9, leur pr\u00e9sent, leur avenir.<em><\/em><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Que sera demain ? Les auteurs, cr\u00e9ateurs et artistes, comme tous les citoyens d\u2019un monde qui change \u00e0 toute allure, s\u2019interrogent sur ce que sera demain. Si les n\u00e9cessit\u00e9s du pr\u00e9sent occupent, dans la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019information et de la g\u00e9n\u00e9ralisation du lib\u00e9ralisme, le temps et l\u2019esprit de chacun, ne convient-il pas de pr\u00e9server un espace d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la prospective, qui, enrichie de l\u2019analyse de l\u2019actualit\u00e9 et du pass\u00e9, permette de r\u00eaver et pr\u00e9parer l\u2019avenir ? <\/em><\/p>\n<p><em>Parce que l\u2019expertise en anticipation est souvent pour l\u2019artiste de cirque, acrobate, jongleur, clown, auteur\u00a0 ou entrepreneur, la condition de sa survie, c\u2019est dans la vie et la pens\u00e9e d\u2019une jeune auteure de cirque, vivant au milieu du XXIe si\u00e8cle et qui pourrait \u00eatre notre petite fille, que l\u2019interview-fiction qui suit choisit de se projeter.<\/em><\/p>\n<h4>Agathe Framery<br \/>\nN\u00e9e en 2026, Agathe Framery est auteure, artiste et entrepreneuse de cirque.<br \/>\nElle a suivi une formation au sein d\u2019Erasmus mundus\u00a0 perfoming arts,\u00a0 le r\u00e9seau international des formations sup\u00e9rieures professionnelles aux arts performatifs, en acrobatie au sol et a\u00e9rienne (\u00c9cole de Kiev), com\u00e9die musicale (Londres),\u00a0 bioengeenering et \u00e9co-technologies multim\u00e9dia (Santa Clara et Singapour) et musiques du monde (Dakar). Agathe diffuse aujourd\u2019hui ses \u0153uvres dans le monde entier via le World web &amp; live art network dont elle est membre du Conseil de d\u00e9cision, et a choisi Art-Europ\u00f4le\u00a0 comme h\u00f4te de \u00ab 1791 \u00bb, sa microsoci\u00e9t\u00e9 de production.<br \/>\nAuteure-productrice-interpr\u00e8te, soci\u00e9taire de la SACD \u00e0 26 ans en m\u00eame temps que sp\u00e9cialiste, apr\u00e8s un doctorat en arts performatifs, de l\u2019histoire classique et contemporaine du cirque, elle vient de recevoir pour \u00ab Nano jump \u00bb, sa derni\u00e8re r\u00e9alisation qui m\u00eale biotechnologies des t\u00e9l\u00e9communications et acrobatie, le prestigieux Prix des Auteurs Unis.<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Elle nous parle aujourd\u2019hui de sa place d\u2019auteure de cirque, et l\u2019\u00e9claire de sa connaissance de l\u2019histoire r\u00e9cente et d\u2019une analyse pertinente de l\u2019\u00e9volution de son art.<\/p>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\">PARTIE 1 \u2013\u00a0 DES ORIGINES AUX SUPRACONDUCTEURS<\/span><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>SACD : Dans \u00ab Nano jump \u00bb vous d\u00e9veloppez une composition o\u00f9 l\u2019acrobatie sur champ magn\u00e9tique et le robot-jonglage ont une place importante, et o\u00f9 la performance et la pr\u00e9sence corporelle voisinent avec l\u2019interactivit\u00e9, la transmission \u00e0 distance et les effets sp\u00e9ciaux les plus \u00e9tonnants. O\u00f9 est la source de ces id\u00e9es ?\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong><\/p>\n<p><strong>Agathe Framery :<\/strong> Le cirque est intimement li\u00e9 \u00e0 la technologie. Ce qui est normal, puisqu\u2019on y joue avec les lois de la physique. Comme la musique joue des sons et l\u2019image, de la lumi\u00e8re, le cirque, lui, travaille avec la balistique. Les mouvements et les agr\u00e8s y tiennent donc un r\u00f4le capital, tout comme les d\u00e9placements. C\u2019est la raison pour laquelle la logistique et la technologie y occupent une grande place.\u00a0 Et \u00e7a ne date par d\u2019hier !<\/p>\n<p>Couvrir d\u2019un velum l\u2019ar\u00e8ne du Colis\u00e9e ou y tendre une corde pour les funambules \u00e9gyptiens, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 affaire de haute technicit\u00e9, servie par une compagnie de marins romains, ma\u00eetres en accrochages et gr\u00e9ements pour des navires aux performances aussi sophistiqu\u00e9es pour l\u2019\u00e9poque que celles de nos premiers vaisseaux spatiaux du XXe !<\/p>\n<p>Philip Astley, l\u2019inventeur du cirque Moderne, avait imagin\u00e9 pour un de ses th\u00e9\u00e2tres \u00e9questres, et pour contourner l\u2019obligation de ne produire d\u2019acrobates qu\u2019\u00e0 cheval, une grande sc\u00e8ne juch\u00e9e sur une vingtaine de chevaux, pour y produire ses sauteurs et \u00e9quilibristes. Les charpentes m\u00e9talliques d\u2019Eiffel n\u2019ont pas seulement permis la construction de sa fameuse Tour, de la statue de la Libert\u00e9 ou de l\u2019Empire State Building, elles ont r\u00e9volutionn\u00e9, entre autres, l\u2019architecture et les techniques de construction des salles de spectacle. Gr\u00e2ces \u00e0 elles, Dejean et Hitthorf &#8211; un coll\u00e8gue d\u2019Eiffel et Baltard &#8211;\u00a0 produisirent au milieu du XIXe \u00e0 Paris les Cirques d\u2019\u00c9t\u00e9 puis d\u2019Hiver, inventant un mod\u00e8le \u00e0 la diffusion plan\u00e9taire, qui existe encore aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Ces salles, devenues ininflammables \u2013 les amphith\u00e9\u00e2tres en bois br\u00fblaient sans cesse \u2013 pouvaient accueillir en toute saison le nombreux public des m\u00e9tropoles au d\u00e9veloppement exponentiel. Et quand il n\u2019existait pas de m\u00e9tropole, on allait trouver le public l\u00e0 o\u00f9 il \u00e9tait. L\u2019Anglais Thomas Cooque avec une premi\u00e8re tourn\u00e9e en Am\u00e9rique d\u00e8s 1836, puis John Purdy Brown, perfectionn\u00e8rent le tenting militaire pour des chapiteaux immenses pouvant \u00eatre d\u00e9plac\u00e9s chaque jour, permettant d\u2019amener la salle de spectacle l\u00e0 o\u00f9 le public se trouvait, dans les nouveaux territoires. Inspir\u00e9s par la \u00ab course aux trap\u00e8zes \u00bb de L\u00e9otard, on mit au point l\u2019agr\u00e8s et les filets du trap\u00e8ze volant, ou encore la catapulte pour les hommes &#8211; ou femmes ! &#8211; canons.<\/p>\n<p>En 1872, la jonction Union Pacific et Central Pacific railroads permit aux grandes entreprises de cirque de d\u00e9velopper des spectacles itin\u00e9rants d\u2019une ampleur jamais imagin\u00e9e auparavant. Le Ringling, Barnum and Bailey\u2019s greatest show on Earth, gr\u00e2ce \u00e0 une logistique si performante qu\u2019elle fut plus tard reprise par l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine et Walt Disney pour ses parcs d\u2019attractions, accueillait sur trois pistes et deux sc\u00e8nes des spectacles simultan\u00e9s devant 20 000 spectateurs.<br \/>\nPlus tard, l\u2019acier\u00a0 rempla\u00e7a le bois, et le PVC, les kanvas en toile de voile de bateau\u2026 M\u00eame les voileries se recycl\u00e8rent en fabriques de chapiteau \u00e0 l\u2019av\u00e8nement de la vapeur puis du mazout dans les transports maritimes\u2026<br \/>\nLe trampoline, les trap\u00e8zes, les mat\u00e9riaux du jonglage, des costumes, les moyens de diffusion du son et de la lumi\u00e8re, augment\u00e8rent les possibilit\u00e9s d\u2019innovation cr\u00e9atrice en m\u00eame temps qu\u2019ils permirent l\u2019augmentation de la capacit\u00e9 \u00e0 diffuser les spectacles et augmenter l\u2019audience, par l\u2019accroissement de la taille des salles et le d\u00e9veloppement de la publicit\u00e9 \u00e0 grande \u00e9chelle.<br \/>\nPuis vinrent le cin\u00e9ma, la radio, la t\u00e9l\u00e9vision, et bien s\u00fbr, Internet, qui firent passer la possibilit\u00e9 de diffusion \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire, imm\u00e9diate, sur le bureau ou les r\u00e9cepteurs de chacun.<br \/>\nJe me suis dit que la richesse de ce dialogue entre technologie et arts du cirque ne pouvait s\u2019interrompre, et j\u2019ai eu le d\u00e9sir de le poursuivre en le nourrissant de mes r\u00eaves !<\/p>\n<p><strong>SACD : Ce d\u00e9veloppement des innovations techniques qui semble exponentiel a-t-il \u00e9t\u00e9 constant ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>A.F. :<\/strong> Pas toujours. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par le fait qu\u2019\u00e0 la fin du XXe et au d\u00e9but du XXIe, les cr\u00e9ateurs de cirque semblaient curieusement avoir cess\u00e9 de penser que les progr\u00e8s technologiques pourraient faire \u00e9voluer leur art et r\u00e9ciproquement. On continuait \u00e0 cr\u00e9er pour le cirque et \u00e0 l\u2019exploiter avec des mat\u00e9riaux et des m\u00e9thodes h\u00e9rit\u00e9es du XIXe ! On se limitait \u00e0 l\u2019utilisation de la machinerie th\u00e9\u00e2trale ou \u00e0 des projections d\u2019images et captations de sons particuli\u00e8res, mais dans un environnement sc\u00e9nique inchang\u00e9. Quelques exp\u00e9riences interactives ont eu lieu, mais sans que les mat\u00e9riaux ou les modalit\u00e9s de cr\u00e9ations et surtout d\u2019exploitation des spectacles et des performances elles-m\u00eames changent. Comme si un compositeur pour trompette jouait avec un buccin romain, ou un r\u00e9alisateur web \u00e9crivait pour le ph\u00e9nakistiscope de Joseph Plateau !<\/p>\n<p><strong>SACD : Progr\u00e8s technologique et innovation artistique sont donc li\u00e9s ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>A.F. :<\/strong> Certainement ! Les cr\u00e9ations, les r\u00eaves d\u2019artistes, d\u2019auteurs de cirque, sont li\u00e9s \u00e0 l\u2019espace et aux agr\u00e8s. Les uns font \u00e9voluer les autres. C\u2019est pourquoi je d\u00e9clare toujours mes \u0153uvres en m\u00eame temps que je d\u00e9pose mes brevets. Cr\u00e9er et innover, cela va ensemble. C\u2019est le r\u00f4le des artistes. Au d\u00e9but du XXe, les fous furieux du cin\u00e9ma burlesque, venus de la piste et du music-hall, ont fait consid\u00e9rablement \u00e9voluer le cin\u00e9ma, autant que les techniques cin\u00e9matographiques leur ont permis d\u2019inventer et de faire avancer leur art, jusqu\u2019\u00e0 en d\u00e9placer l\u2019exploitation dans les salles de cin\u00e9ma puis \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n<p>La cr\u00e9ation est artistique et la r\u00e9alisation est technique. Vous savez, je pense que la cr\u00e9ation, qu\u2019elle soit scientifique, technique ou artistique part du m\u00eame besoin chez celles qui s\u2019y consacrent : se forger une repr\u00e9sentation du monde et faire surgir, donner forme \u00e0 l\u2019inattendu. Dans les ann\u00e9es 2000, Edmond Couchot, sp\u00e9cialiste des questions de cognition li\u00e9es \u00e0 l\u2019art, d\u00e9finissait la cr\u00e9ation par le surgissement de l\u2019inattendu. Plus t\u00f4t d\u00e9j\u00e0, Albert Einstein disait en 1918, dans son discours pour l\u2019anniversaire de Max Planck, \u00ab Je m\u2019imagine qu\u2019une des motivations les plus puissantes qui incitent \u00e0 une \u0153uvre artistique ou scientifique consiste en une volont\u00e9 d\u2019\u00e9vasion du quotidien \u00bb.<\/p>\n<p>Pendant un temps, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de mes grands parents, les artistes europ\u00e9ens ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 confier leur avenir \u00e0 l\u2019institution culturelle qui ronronnait et dont les employ\u00e9s songeaient plus, en pleine crise \u00e9conomique, \u00e0 s\u00e9curiser leurs propres carri\u00e8res qu\u2019\u00e0 innover \u2013 ce qui n\u2019\u00e9tait de toutes fa\u00e7ons pas leur m\u00e9tier &#8211; pour permettre aux plus jeunes de se projeter dans l\u2019avenir.<br \/>\nLa vision de l\u2019art se r\u00e9duisait trop souvent \u00e0 celle de l\u2019administration de l\u2019art.<\/p>\n<p>Pourtant, d\u00e8s le d\u00e9but du XXe, de grands centres de recherche comme le Massachusetts Institute of Technology aux USA, avaient, avec succ\u00e8s,\u00a0 montr\u00e9 le chemin en lan\u00e7ant des concours ouverts aux artistes, pour les marier, en quelque sorte, avec des ing\u00e9nieurs. C\u2019\u00e9tait l\u2019arm\u00e9e qui finan\u00e7ait les programmes de recherche ! \u00c7a a permis \u00e0 Nancy Burson, alors artist-in-residence at MIT, ses travaux sur la photo num\u00e9rique, ou encore l\u2019\u00e9mergence des sciences cognitives. Rien que cela ! Apparues d\u00e8s les fifties, d\u00e9velopp\u00e9es dans les seventies, ces innovations artistiques, scientifiques et technologiques, mirent cinquante ans pour traverser l\u2019Atlantique.<\/p>\n<p>En France, en Europe, les gens restaient ferm\u00e9s, s\u00fbrs d\u2019une sorte d\u2019\u00e9ternelle sup\u00e9riorit\u00e9 intellectuelle europ\u00e9enne. Et les universitaires, les responsables culturels d\u2019alors et m\u00eames des auteurs, passaient plus de temps \u00e0 s\u2019occuper de leur chapelle, de leurs territoires, qu\u2019\u00e0 r\u00eaver ou \u00e0 entendre les r\u00eaves des cr\u00e9ateurs.<br \/>\nOr on ne peut innover sans r\u00eaver.<br \/>\nR\u00eaver, vous savez, c\u2019est un m\u00e9tier, et il faut laisser le c\u0153ur du m\u00e9tier aux vrais professionnels : les po\u00e8tes, les artistes, les auteurs ! (rires)<\/p>\n<p>Voil\u00e0, c\u2019est pour cela que j\u2019ai choisi de penser, cr\u00e9er et pratiquer mon art avec mon temps, pour que le cirque d\u2019aujourd\u2019hui soit le mien, celui du monde o\u00f9 je vis, et demain, celui que j\u2019aurai r\u00eav\u00e9 avec mes coll\u00e8gues plus jeunes.<\/p>\n<p><strong>SACD : Parmi ces \u00e9volutions technologiques, lesquelles ont \u00e9t\u00e9 selon vous\u00a0 d\u00e9terminantes\u00a0 pour la cr\u00e9ation artistique au cirque depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>A.F. :<\/strong> Celles qui ont un rapport avec les lois de la gravit\u00e9 et les modalit\u00e9s de communication. Comme je viens de l\u2019\u00e9voquer, l\u2019histoire du cirque montre que les \u00e9volutions technologiques dans ces deux principaux domaines ont influenc\u00e9 \u00e0 la fois la cr\u00e9ation, la circulation et la diffusion des \u0153uvres.<\/p>\n<p><strong>SACD : Pouvez-vous pr\u00e9ciser ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>A.F. :<\/strong> En ce qui concerne la cr\u00e9ation, le cirque travaille sur nos repr\u00e9sentations de l\u2019instabilit\u00e9 et la stabilit\u00e9, l\u2019itin\u00e9rance et la s\u00e9dentarit\u00e9, l\u2019impermanence ou la p\u00e9rennit\u00e9, le d\u00e9s\u00e9quilibre et l\u2019\u00e9quilibre. En r\u00e9veillant notre m\u00e9moire du nomade et du s\u00e9dentaire, de la station debout et des cycles de l\u2019existence, il ne raconte qu\u2019une seule histoire, toujours la m\u00eame, dont le synopsis\u00a0 remonte \u00e0 la r\u00e9volution n\u00e9olithique ! (rires)<\/p>\n<p>Ce qui \u00e0 chang\u00e9 reste cependant profond\u00e9ment li\u00e9 \u00e0 la permanence de ce qui nous touche, de ce que l\u2019on attend du cirque en d\u00e9finitive. Ce jeu avec le d\u00e9s\u00e9quilibre et le risque, la capacit\u00e9 de ses artistes \u00e0 bouleverser et renverser nos rep\u00e8res, en s\u2019exposant au risque, mais dans le m\u00eame temps \u00e0 vaincre la crise, la mort\u2026 ou la diff\u00e9rence, comme les clowns. Notre capacit\u00e9 de transformer une mise en crise volontaire en occasion de cr\u00e9ation est au c\u0153ur du cirque.<\/p>\n<p>Nous, artistes de cirque, pour dire cela, ne cessons d\u2019inventer des fa\u00e7ons d\u2019\u00eatre ou de vivre, des comportements, des techniques et des agr\u00e8s qui nous permettent ces explorations hors de la norme.\u00a0 Aux limites de l\u2019\u00e9quilibre et de la survie.<\/p>\n<p><strong>SACD : Quelles sont les applications concr\u00e8tes de ces concepts ?\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>A.F. :<\/strong> Concr\u00e8tement, \u00e0 l\u2019acier ou au carbone des agr\u00e8s classiques, se sont progressivement substitu\u00e9s les champs magn\u00e9tiques comme avec le\u00a0 trampoline \u00e0 tubes de flux et supraconducteurs ou les cordes et haubans magn\u00e9tiques. Cela a bien s\u00fbr transform\u00e9 l\u2019\u00e9criture corporelle et permis d\u2019innover avec des figures acrobatiques ultra lentes ou les impulsions-translations lat\u00e9rales, impossibles jusque-l\u00e0. Les grandes composantes de l\u2019acrobatie, appuis, propulsion et suspension, se sont bien accommod\u00e9es de ces innovations.<\/p>\n<p>La robotique aussi a \u00e9t\u00e9 source de cr\u00e9ation pour le jonglage et la nouvelle magie. Les projecteurs holographiques ont rendu inutiles les moniteurs et autres \u00e9crans. Et bien s\u00fbr le passage de l\u2019image virtuelle du 2D au 3D, et la t\u00e9l\u00e9portation 3D issue des nanotechnologies. Les cr\u00e9ations et l\u2019imaginaire des auteurs se sont appuy\u00e9s sur toutes ces possibilit\u00e9s, la diffusion sonore et la transmission d\u2019\u00e9nergie et de quantit\u00e9 d\u2019information sans fil, les LED, les d\u00e9riv\u00e9s des planctons \u00e9lectroluminescents, les agr\u00e8s magn\u00e9tiques antigravitaires, les corps suspendus ou appuy\u00e9s aux faisceaux lasers invisibles\u2026 Les nouveaux mat\u00e9riaux ont permis de tendre des filins avec des r\u00e9sistances \u00e9normes, supprimant les gr\u00e9ements d\u2019agr\u00e8s classiques, comme les fils des funambules d\u2019une longueur extr\u00eame, facilitant les installations et d\u00e9veloppant la cr\u00e9ativit\u00e9.\u00a0 Les nouvelles fibres et les mati\u00e8res en sprays dermiques ont transform\u00e9 l\u2019approche du costume, du maquillage.<\/p>\n<p>Et il y aura encore d\u2019autres \u00e9volutions.<\/p>\n<p>Mais curieusement, ce que les spectateurs pr\u00e9f\u00e8rent reste toujours les corps en chair et en os ! La vie\u00a0 physique ne perd pas son attrait premier ; m\u00eame confront\u00e9 \u00e0 un univers technologique sophistiqu\u00e9 ou virtuel, le spectateur est int\u00e9ress\u00e9 avant tout par la place de l\u2019humain. Ce ne sont pas la marionnette ou le masque qui passionnent le spectateur, ni les photons s\u2019agitant sur l\u2019\u00e9cran, mais la po\u00e9sie et la virtuosit\u00e9 de la femme ou de l\u2019homme qui les produit, les manipule, les agence. C\u2019est l\u2019\u0153uvre qui est sensible au del\u00e0 de la technique, les \u00e9motions que son auteur veut transmettre.<\/p>\n<p>Regardez une gravure de 40 000 ans, et laissez l\u2019\u00e9motion qu\u2019elle vous procure vous saisir : vous verrez que la transmission des \u00e9motions peut se jouer de l\u2019espace et du temps. Elle reste sans cesse imm\u00e9diate face \u00e0 l\u2019objet. D\u2019esprit \u00e0 esprit.<\/p>\n<h4><span style=\"color: #ff0000;\">Ne manquez pas, sur ce blog le vendredi 4 octobre, le prochain \u00e9pisode : L\u2019heure des grandes mutations.<\/span><\/h4>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Philippe Goudard, administrateur cirque de la SACD en 2013\u2026 Entretien d\u2019anticipation (mais pas tant que \u00e7a !) avec Agathe Framery, auteure, artiste et productrice de cirque. Agathe sera parmi nous pendant 6 semaines, jusqu\u2019au 1er novembre, le temps de livrer une vision claire et exhaustive sur les arts du cirque, leur pass\u00e9, leur pr\u00e9sent, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":54,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[15],"tags":[28],"class_list":["post-544","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arts_cirque","tag-cirque"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/544","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/54"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=544"}],"version-history":[{"count":22,"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/544\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":604,"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/544\/revisions\/604"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=544"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=544"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=544"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}