{"id":721,"date":"2016-03-09T18:24:44","date_gmt":"2016-03-09T17:24:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/?p=721"},"modified":"2016-03-09T18:24:44","modified_gmt":"2016-03-09T17:24:44","slug":"xavier-giannoli-un-homme-libre-recompense-par-le-prix-jeanson","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/2016\/03\/09\/xavier-giannoli-un-homme-libre-recompense-par-le-prix-jeanson\/","title":{"rendered":"Xavier Giannoli, un \u00ab\u00a0homme libre\u00a0\u00bb r\u00e9compens\u00e9 par le Prix Jeanson"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/deschamps100_01.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-724 alignleft\" src=\"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/deschamps100_01.jpg\" alt=\"deschamps100_01\" width=\"100\" height=\"100\" \/><\/a> <em>par Sophie Deschamps, pr\u00e9sidente de la SACD<\/em><\/p>\n<p>Le prix Jeanson est attribu\u00e9 \u00e0 un auteur par des auteurs . Ce prix couronne un cin\u00e9aste qui a l\u2019insolence, l\u2019humour, la puissance dramatique, la libert\u00e9 de pens\u00e9e de l\u2019auteur d\u2019 \u00ab atmosph\u00e8re, atmosph\u00e8re, est-ce que j\u2019ai une gueule d\u2019atmosph\u00e8re ? \u00bb Ce n\u2019est pas rien.<\/p>\n<p>Jeanson aimait le cin\u00e9ma avec passion et intransigeance. Vous avez cela en commun. Vous m\u2019avez dit : \u00ab Je ferais n\u2019importe quoi pour l\u2019amour du cin\u00e9ma, j\u2019ai d\u00e9di\u00e9 ma vie au cin\u00e9ma. Je suis un homme libre, je ne fais partie d\u2019aucun groupe, d\u2019aucun mouvement, pas d\u2019all\u00e9geance. La r\u00e9ussite d\u2019un film, ce sont les concessions qu\u2019on n\u2019a pas faites. \u00bb<br \/>\nJeanson de son c\u00f4t\u00e9 a \u00e9crit : \u00ab Je souhaite que le cin\u00e9ma continue, que l\u2019\u00e9tat, cette l\u00e8pre, ce chol\u00e9ra ne le contamine pas. Je souhaite que le cin\u00e9ma d\u00e9fende sa libert\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la vie ! \u00bb<\/p>\n<p>Vous avez eu une enfance prot\u00e9g\u00e9e et heureuse entre un p\u00e8re journaliste et une m\u00e8re qui avait des magasins de gadgets. Elev\u00e9 dans la religion catholique, vous avez \u00e9t\u00e9 enfant de ch\u0153ur, mais d\u00e9j\u00e0 attentif aux d\u00e9tails, vous \u00e9tiez fascin\u00e9 par l\u2019iconographie sacrificielle des \u00e9glises et par la mise en sc\u00e8ne chor\u00e9graphique de la liturgie.<\/p>\n<p>C\u2019est votre voisin du dessous, le chanteur Christophe qui vous a converti au cin\u00e9ma. Il chantait les mots bleus, Aline, et avait surtout un projecteur 35 millim\u00e8tres, une cin\u00e9philie d\u00e9sordonn\u00e9e, et \u00e9tait herm\u00e9tique \u00e0 toute forme d\u2019autorit\u00e9 critique. \u00ab Quand je descendais chez lui, j\u2019entrais dans un univers magique et transgressif, de juke-boxes et de pellicules, dans un d\u00e9cor de canap\u00e9s noirs et de lampes. Je passais ma vie chez lui, je lui dois tout. Il m\u2019a \u00e9lev\u00e9 \u00e0 l\u2019art, sans snobisme. \u00bb<\/p>\n<p>Cette fr\u00e9quentation a \u00e9t\u00e9 encourag\u00e9e par vos parents. D\u2019autant que c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 votre p\u00e8re que vous avez eu la r\u00e9v\u00e9lation du cin\u00e9ma, \u00e0 neuf ans, dans le cin\u00e9ma du ferry qui vous emmenait en vacances en Corse comme chaque ann\u00e9e. Vous avez vu <em>Raging Bull<\/em> de Martin Scorsese. Vous avez dit \u00e0 Jean-Claude Raspiengeas dans le journal La Croix : \u00ab Ce film baigne dans une interrogation chr\u00e9tienne et christique qui est justement mon \u00e9l\u00e9ment. Tout converge pour que je le re\u00e7oive comme un uppercut, en plein c\u0153ur. Je me revois dans cette salle qui tangue avec l\u2019illumination soudaine que l\u00e0, devant moi, la vie est pleine. \u00bb<\/p>\n<p>Paradoxalement, vous n\u2019avez pas fait des \u00e9tudes de cin\u00e9ma, mais des \u00e9tudes de lettres \u00e0 la Sorbonne, tout en fr\u00e9quentant assidument les cin\u00e9mas d\u2019art et essai du quartier. Pour vous cin\u00e9ma et litt\u00e9rature, les plans et les mots sont intimement li\u00e9s.<br \/>\nVous avez la m\u00eame passion que Houellebecq pour Huysmans, votre sujet de maitrise le prouve : \u00ab L\u2019absence de symbole christique dans la trilogie de Huysmans \u00bb.<\/p>\n<p>Puis, n\u2019osant franchir le pas de la r\u00e9alisation, vous avez commenc\u00e9 par \u00eatre journaliste, ce qui vous a donn\u00e9 le go\u00fbt de l\u2019enqu\u00eate. Pour \u00e9crire, vous allez d\u2019abord et toujours au contact du r\u00e9el. Vous menez l\u2019enqu\u00eate avant de\u00a0 fictionner la r\u00e9alit\u00e9.<br \/>\nLors de votre stage au journal L\u2019Express, deux personnes vous ont marqu\u00e9 : Jean-Pierre Dufreigne qui vous a dit \u00ab si vous devez \u00e9crire la critique d\u2019un film, n\u2019allez pas le voir, cela pourrait vous influencer \u00bb. Et Angelo Rinaldi, \u00e9crivain et critique litt\u00e9raire, une sorte de ma\u00eetre qui vous donnait\u00a0 l\u2019impression d\u2019\u00eatre Rubempr\u00e9 devant Vautrin.<\/p>\n<p>Vous d\u00e9cidant enfin \u00e0 suivre votre passion, vous avez \u00e9t\u00e9 l\u2019assistant de gens qui ne vous int\u00e9ressaient pas, mais cela vous a permis de rencontrer les techniciens de votre premier court m\u00e9trage. D\u2019autres suivent jusqu\u2019\u00e0 <em>L\u2019Interview<\/em>. <em>L\u2019Interview<\/em> est une histoire autobiographique, une interview que vous deviez faire de de Niro, sur le tournage de <em>Casino<\/em> de Martin Scorsese, votre idole. Cela s\u2019av\u00e9ra un cauchemar.\u00a0 De Niro f\u00fbt odieux, l\u2019interview fut impossible. De cette exp\u00e9rience difficile, voire humiliante, vous avez fait un court m\u00e9trage qui re\u00e7ut la Palme d\u2019or \u00e0 Cannes. Palme d\u2019or remise par qui ? Je vous le donne en mille, par Martin Scorsese lui-m\u00eame. La vie a des rebondissements que le cin\u00e9ma ne saurait inventer.<\/p>\n<p>Si vous n\u2019avez pas fait d\u2019\u00e9cole de cin\u00e9ma, c\u2019est que le cin\u00e9ma vous suffisait m\u2019avez-vous dit. Jeanson dit la m\u00eame chose du m\u00e9tier de sc\u00e9nariste : \u00ab Le m\u00e9tier n\u2019est pas un don du ciel. Le m\u00e9tier de sc\u00e9nariste est un m\u00e9tier qu\u2019on apprend. On l\u2019apprend en exer\u00e7ant. Le m\u00e9tier c\u2019est ce qui ne se voit pas. Le m\u00e9tier sans talent est un jardin sans fleur, un couple sans amour. Le talent sans le m\u00e9tier, c\u2019est Grock sans son partenaire, c\u2019est la lanterne magique qu\u2019on a oubli\u00e9 d\u2019allumer. Le talent et le m\u00e9tier voil\u00e0 ce qu\u2019on appelle un couple assorti. Il n\u2019y a que le dialogue qui soit un don. On a de la conversation ou on n\u2019en a pas. \u00bb<\/p>\n<p>Vous \u00e9crivez, ou co-\u00e9crivez avec notamment Marcia Romano, vous r\u00e9alisez, et vous avez aussi cr\u00e9\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 de production. Cette soci\u00e9t\u00e9 a produit vos films, mais aussi ceux de vos amis dont : Guillaume Galliene, Olivier Assayas, Val\u00e9rie Donzelli pour <em>La Guerre est d\u00e9clar\u00e9e<\/em>, Benoit Jacquot, Jacques Fieschi.<br \/>\nVous n\u2019avez jamais fait de films de commande, tous vos films sont des \u0153uvres personnelles.<br \/>\nVous m\u2019avez dit : \u00ab On dit qu\u2019il faut faire des films quand on a des choses\u00a0 \u00e0 dire, moi je fais des films quand j\u2019ai quelque chose \u00e0 taire. \u00bb<\/p>\n<p>Pour votre premier film <em>Les Corps impatients<\/em> vous avez adapt\u00e9 une histoire vous permettant de taire la v\u00f4tre. Pour <em>Quand j\u2019\u00e9tais chanteur,<\/em> vous enqu\u00eatez en suivant des musiciens de bal en province, notamment Alain Chanone qui se pr\u00e9sente comme mondialement connu \u00e0 Clermont-Ferrand. Lors de ce tournage, G\u00e9rard Depardieu se r\u00e9v\u00e8le un soutien de tous les instants, vous disant : \u00ab Vas-y, fais ton truc. \u00bb Vous dites : \u00ab Depardieu m\u2019oblige \u00e0 sentir l\u2019essentiel au lieu de le chercher ; C\u00e9cile de France illumine le tournage qui fut un moment de bonheur et de gr\u00e2ce. \u00bb Puis ce f\u00fbt <em>A l\u2019origine<\/em>, inspir\u00e9 d\u2019un fait divers r\u00e9el. Tournage compliqu\u00e9 et film magnifique. Suit <em>Superstar<\/em>, satire sociale grin\u00e7ante et enfin <em>Marguerite<\/em>, une merveille. L\u2019amour que vous portez aux acteurs se voit \u00e0 l\u2019\u00e9cran, ils vous le rendent bien, \u00e9tant toujours au meilleur d\u2019eux-m\u00eames. Le C\u00e9sar attribu\u00e9 \u00e0 Catherine Frot en est la d\u00e9monstration.<\/p>\n<p>Quand vous parlez de vos films, vous dites : \u00ab On commence par croire que Depardieu est ringard, que Cluzet est un salaud, que Marguerite est idiote et \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, ils ont la gr\u00e2ce. Il faut trouver ce qui est beau dans n\u2019importe quel personnage, finir par r\u00e9v\u00e9ler l\u2019extraordinaire brutalit\u00e9 du monde. Les personnages sont jet\u00e9s dans le mensonge et la cupidit\u00e9 du monde mais eux, ont la gr\u00e2ce. \u00bb<br \/>\nCe n\u2019est pas un hasard si vous vous \u00eatre senti Rubempr\u00e9 face \u00e0 Vautrin. Votre grand projet est d\u2019adapter <em>Les Illusions perdues<\/em>, \u00e9crit dites-vous, au d\u00e9but de la grande vague capitaliste qui ensevelit la beaut\u00e9, la pens\u00e9e, la sensibilit\u00e9 dans un torrent de boue m\u00e9diatique et financier. Un film fleuve et qui vous ressemblera.<\/p>\n<p>Vous parlez de la brutalit\u00e9 du monde, Jeanson aussi. Et il n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 l\u2019\u00e9crire, d\u00e9non\u00e7ant la guerre qui \u00e9tait pour lui une affaire criminelle. \u00ab On se doit d\u2019\u00eatre contre la guerre inconditionnellement, comme on se doit d\u2019\u00eatre contre la peine de mort. \u00bb Cela lui valut de faire de la prison. Il disait ce que vous auriez pu dire : \u00ab Je suis l\u2019esclave de ma libert\u00e9. La libert\u00e9 fait partie de mon bonheur. \u00bb<\/p>\n<p>Vous auriez aussi pu \u00e9crire cette derni\u00e8re citation : \u00ab Le cin\u00e9ma fran\u00e7ais doit une partie de son rayonnement et de sa force \u00e0 l\u2019immigration. Au fond, voyez-vous, le cin\u00e9ma est un pays o\u00f9 le talent sert de passeport. Son succ\u00e8s il ne le doit qu\u2019\u00e0 lui, rien qu\u2019\u00e0 lui. Lui ce sont les gens de cin\u00e9ma. Il ne le doit \u00e0 personne d\u2019autre. Si le cin\u00e9ma a quelques dettes, il n\u2019a aucune dette de reconnaissance. Le cin\u00e9ma fran\u00e7ais n\u2019est pas un grand trust, c\u2019est une petite compagnie de bonne compagnie. \u00bb C\u2019est en excellente compagnie, Xavier Giannoli, que je vous remets au nom de tout le conseil d\u2019administration le prix Henri Jeanson. Vous pouvez l\u2019applaudir, mais avant, nous pourrions aussi lui chanter un joyeux anniversaire. Car c\u2019est son anniversaire.<\/p>\n<p><strong>discours prononc\u00e9 le 7 mars 2016 lors de la <a href=\"http:\/\/www.sacd.fr\/Le-Prix-Henri-Jeanson-2015-decerne-a-Xavier-Giannoli.4526.0.html\">remise du Prix Henri Jeanson<\/a> \u00e0 Xavier Giannoli<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Sophie Deschamps, pr\u00e9sidente de la SACD Le prix Jeanson est attribu\u00e9 \u00e0 un auteur par des auteurs . 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