{"id":74,"date":"2008-04-08T14:02:12","date_gmt":"2008-04-08T13:02:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.sacd.fr\/blogca\/?p=74"},"modified":"2008-04-08T14:02:12","modified_gmt":"2008-04-08T13:02:12","slug":"pour-hugo-clauss","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/2008\/04\/08\/pour-hugo-clauss\/","title":{"rendered":"Pour Hugo Clauss"},"content":{"rendered":"<p>A peine un grand de ce monde s&rsquo;en va qu&rsquo;un certain ordre s&rsquo;\u00e9tablit.<br \/>\nN&rsquo;est-ce pas justifi\u00e9?\u00a0 Il s&rsquo;agit de toucher l&rsquo;opinion en racontant une vie, en parcourant les moments cl\u00e9s d&rsquo;un parcours litt\u00e9raire, po\u00e9tique, th\u00e9\u00e2tral, sc\u00e9naristique, cin\u00e9matographique, pictural.<br \/>\nPour ceux qui ont connu l&rsquo;homme, c&rsquo;est le moment de t\u00e9moigner en apportant un \u00e9clairage, une anecdote, un souvenir.<br \/>\nL&rsquo;ensemble forme alors la synth\u00e8se d&rsquo;une c\u00e9l\u00e9bration, essentielle pour faire conna\u00eetre une \u0153uvre aussi imposante que celle d&rsquo;Hugo Claus.<\/p>\n<p>La presse, qu&rsquo;elle soit flamande ou francophone, en a fait ses premi\u00e8res pages (ph\u00e9nom\u00e8ne assez rare pour le souligner, la culture \u00e9tant chez nous plut\u00f4t rel\u00e9gu\u00e9e aux derni\u00e8res pages).<br \/>\nEt le r\u00e9sultat est impressionnant.<br \/>\nOn y parle d&rsquo;Hugo Claus comme d&rsquo;un sphinx, un Titan, le plus grand \u00e9crivain de Flandre.\u00a0 Et ne suffit-il pas de se replonger dans \u00ab\u00a0L&rsquo;Etonnement\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0Chagrin des Belges\u00a0\u00bb ou dans ses \u00ab\u00a0Po\u00e8mes d&rsquo;Oostakker\u00a0\u00bb pour s&rsquo;en rendre effectivement compte?<br \/>\nL&rsquo;enfant terrible des lettres belges re\u00e7oit \u00e9galement un vibrant hommage de notre ex premier ministre Guy Verhofstadt (qui confesse avoir eu avec Claus des rencontres existentielles).<!--more--><br \/>\nCe qui est frappant dans tous les articles, c&rsquo;est la mani\u00e8re dont l&rsquo;\u0153uvre est \u00e0 ce point li\u00e9e \u00e0 celui qui l&rsquo;a produite.\u00a0 Tout semble s&rsquo;articuler dans un passage sans faille, sans \u00e9cart, entre la t\u00eate, la main, le r\u00e9sultat.\u00a0 Ce qui s&rsquo;\u00e9crit est ce qui se vit, ou s&rsquo;est v\u00e9cu.\u00a0 Et quand ce n&rsquo;est pas le cas (comme \u00ab\u00a0Vie et \u0153uvres de L\u00e9opold II\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Le Lion des Flandres\u00a0\u00bb) cela passe \u00e0 ce point au tamis du vif qu&rsquo;il en r\u00e9sulte une esp\u00e8ce de dialogue ou confrontation aigu\u00eb, cannibalis\u00e9e, entre Claus et son sujet.<\/p>\n<p>Cet \u00e9loge g\u00e9n\u00e9ral met donc de l&rsquo;ordre dans une vie, en installant une logique, une coh\u00e9rence dans son histoire.<br \/>\nSauf qu&rsquo;Hugo Claus a pass\u00e9 sa vie \u00e0 d\u00e9ranger, \u00e0 troubler l&rsquo;ordre \u00e9tabli, qu&rsquo;il soit moral, politique, religieux ou culturel.<br \/>\nM\u00eame sa mort (le choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de l&rsquo;euthanasie face \u00e0 un alzheimer qui\u00a0 apr\u00e8s avoir entrav\u00e9 toute possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9criture l&#8217;emp\u00eachait maintenant de terminer parfois ses phrases), il l&rsquo;a g\u00e9r\u00e9e comme il l&rsquo;entendait, lan\u00e7ant un dernier pied de nez \u00e0 cette partie de la Flandre catholique\u2026 qu&rsquo;il avait d\u00e9j\u00e0 fustig\u00e9e en r\u00e9alisant en 1989 pour le cin\u00e9ma \u00ab\u00a0Het Sakrament\u00a0\u00bb formidable diatribe contre la Flandre bigote.<br \/>\nForte personnalit\u00e9 d\u00e9frayant la chronique (ses amours avec Sylvia Kristel), ne m\u00e2chant jamais ses mots sur ce qui rel\u00e8ve du bien-pensant, Hugo Claus n&rsquo;aura cess\u00e9 de retourner comme un gant tout ce qui aurait pu le fixer, le figer dans une posture d\u00e9finitive.\u00a0 Ni Dieu, ni ma\u00eetre, clamait-il.<br \/>\nQu&rsquo;est-ce qui m\u00e8ne alors un auteur \u00e0 poursuivre un travail de cr\u00e9ation aussi colossal et multiforme?\u00a0 Seulement l&rsquo;\u00e9nergie vitale, cette vigueur que la nature lui a accord\u00e9 ou qu&rsquo;il fouettait pour la mener o\u00f9 bon lui semble?<\/p>\n<p>Traquer tout ce qui obscurcit, tout ce qui d\u00e9choit, voil\u00e0 peut-\u00eatre ce qui l&rsquo;a guid\u00e9.<\/p>\n<p>Aussi, nous fait-il sans cesse prendre conscience que si une opacit\u00e9 irr\u00e9ductible constitue l&rsquo;essence propre de l&rsquo;homme, de son destin et du monde, cette opacit\u00e9, il s&rsquo;agit paradoxalement sans cesse de la creuser, la trancher, l&rsquo;\u00e9vider, la trouer, cherchant par l\u00e0 une transparence \u00e0 soi-m\u00eame qui permettrait de saisir, au moins par fulgurances, nos possibilit\u00e9s authentiques, celles qui conjugueraient enfin libert\u00e9 et v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>La SACD, dont il faisait partie, l&rsquo;a honor\u00e9 de son vivant.<br \/>\nA nous, ses pairs, maintenant qu&rsquo;il est pass\u00e9 de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du miroir, de continuer inlassablement \u00e0 d\u00e9fendre et \u00e0 porter ses livres, ses films, ses po\u00e8mes, son th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 la connaissance des g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A peine un grand de ce monde s&rsquo;en va qu&rsquo;un certain ordre s&rsquo;\u00e9tablit. 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