{"id":767,"date":"2017-04-25T09:35:49","date_gmt":"2017-04-25T08:35:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/?p=767"},"modified":"2017-04-25T09:35:49","modified_gmt":"2017-04-25T08:35:49","slug":"la-camera-explore-le-temps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/index.php\/2017\/04\/25\/la-camera-explore-le-temps\/","title":{"rendered":"La Cam\u00e9ra explore le temps"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/lorenzi100.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-771\" src=\"https:\/\/www.ca.blog.sacd.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/lorenzi100.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"100\" \/><\/a><\/p>\n<p>En ce temps-l\u00e0, la t\u00e9l\u00e9vision s\u2019appelait la RTF : Radio T\u00e9l\u00e9vision Fran\u00e7aise.<br \/>\nEnthousiasm\u00e9s par cette extraordinaire invention, ce nouveau moyen d\u2019expression, des jeunes gens issus d\u2019horizons tr\u00e8s divers s\u2019y sont engouffr\u00e9s pour y r\u00e9aliser des \u00e9missions en direct.<br \/>\nToutes les \u00e9missions \u00e9taient en direct except\u00e9es les s\u00e9quences film\u00e9es. L\u2019enregistrement vid\u00e9o n\u2019existait pas encore.<br \/>\nIl fallait tout inventer, exp\u00e9rimenter, de concert avec des ing\u00e9nieurs qui faisaient progresser rapidement la technique.<br \/>\nTr\u00e8s vite un groupe de jeunes r\u00e9alisateurs a pris les choses en mains, notamment dans le domaine de la fiction. Des fictions r\u00e9alis\u00e9es en direct et qui portaient le nom de Dramatiques.<br \/>\nDans un premier temps, Claude Barma, Marcel Bluwal, Claude Loursais et Stellio Lorenzi en devinrent les sp\u00e9cialistes.<br \/>\nTous rivalisaient d\u2019audace et d\u2019ambitions, tant par la qualit\u00e9 des \u0153uvres qu\u2019ils proposaient que par leurs prouesses techniques.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait le temps de la T\u00e9l\u00e9vision des r\u00e9alisateurs.<br \/>\nElle \u00e9tait ignor\u00e9e par certains et observ\u00e9e avec curiosit\u00e9 et admiration par d\u2019autres : Andr\u00e9 Bazin, Fran\u00e7ois Truffaut, Emmanuel Berl ou Jacques Chancel entre autres y voyaient l\u00e0 un vivier de talents s\u2019exprimant avec des \u00e9critures nouvelles.<br \/>\nCes nouveaux r\u00e9alisateurs avaient tellement \u00e0 faire qu\u2019ils \u00e9vitaient d\u2019emprunter le couloir du directeur, un certain Jean Darcy, ancien officier de cavalerie, qui laissait son bureau grand ouvert afin d\u2019 y guetter les moindres all\u00e9es et venues et d\u2019y intercepter les r\u00e9alisateurs pour leur sommer de trouver des id\u00e9es d\u2019\u00e9mission et de s\u00e9rie \u00e0 programmer.<br \/>\nAutre d\u00e9tail amusant, il n\u2019\u00e9tait pas rare qu\u2019au lendemain de la diffusion d\u2019une dramatique Jean Darcy adresse au r\u00e9alisateur par une lettre manuscrite son avis critique sur l\u2019\u0153uvre. Inimaginable aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Comme Claude Loursais avec ses <em>Cinq derni\u00e8res minutes<\/em>, c\u2019est sous la pression du directeur que Stellio Lorenzi imagina ses premi\u00e8res \u00e9missions dramatiques historiques avec la complicit\u00e9 d\u2019Alain Decaux et Andr\u00e9 Castelot qu\u2019il convainquit de venir le rejoindre dans l\u2019aventure t\u00e9l\u00e9visuelle.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res \u00e9missions s\u2019intitulaient <em>Les \u00c9nigmes\u00a0de l\u2019Histoire<\/em> et b\u00e9n\u00e9ficiaient de peu de moyens. Le succ\u00e8s aidant, elles devinrent <em>La Cam\u00e9ra explore le temps<\/em> avec plus de d\u00e9cors et plus d\u2019acteurs mais sans les moyens du cin\u00e9ma.<br \/>\nIl fallait g\u00e9rer l\u2019argent public.<br \/>\nMaintenant, il faut se replonger dans le contexte de fabrication d\u2019une s\u00e9rie dramatique comme <em>La Cam\u00e9ra explore le temps<\/em>. Le travail des auteurs \u00e9tait tr\u00e8s organis\u00e9. Selon les sujets, Lorenzi travaillait avec Castelot, sp\u00e9cialiste et proche des rois et des reines comme par exemple pour <em>La mort de Marie Antoinette\u00a0<\/em>(Annie Ducaux y est tr\u00e8s \u00e9mouvante) ou avec Decaux, r\u00e9publicain de gauche, excellent dialoguiste comme par exemple pour <em>L\u2019affaire Calas<\/em> (A revoir aussi pour Pierre Asso qui y est prodigieux) ; Lorenzi \u00e9tait un tr\u00e8s bon constructeur et continuait l\u2019\u00e9criture (les acteurs s\u2019en souviennent) jusqu\u2019\u00e0 la fin des r\u00e9p\u00e9titions.<\/p>\n<p>Les r\u00e9p\u00e9tions duraient en moyenne trois semaines. Elles se d\u00e9roulaient dans d\u2019immenses salles con\u00e7ues pour \u00e7a. Les com\u00e9diens y \u00e9taient convoqu\u00e9s selon un plan de travail \u00e9tabli par le premier assistant. Tout \u00e9tait mis au point durant ces s\u00e9ances : la mise en sc\u00e8ne et la technique.<\/p>\n<p>Un trac\u00e9 au sol effectu\u00e9 \u00e0 la peinture d\u00e9limitait \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9elle toute la surface des pi\u00e8ces des d\u00e9cors avec indication des portes, des fen\u00eatres et couloirs. Le d\u00e9corateur meublait selon les besoins de la mise en sc\u00e8ne, lits, tables, armoires, commodes, si\u00e8ges \u00e0 leur emplacement pr\u00e9vu sur plan\u2026 et l\u2019accessoiriste apportait tous les objets n\u00e9cessaires au jeu des com\u00e9diens : vaisselle, documents, encriers et plumes, armes\u2026 le travail de la scripte y \u00e9tait consid\u00e9rable. Elle devait retenir selon les indication du r\u00e9alisateur toutes les places des cam\u00e9ras &#8211; elles aussi trac\u00e9es au sol \u2013 leurs d\u00e9placements d\u2019une pi\u00e8ce \u00e0 l\u2019autre, et la focale des optiques pour les communiquer le jour du direct dans les casques des cadreurs.<br \/>\nQuand les acteurs se retrouvaient dans le d\u00e9cor r\u00e9el le seul jour de la mise en place technique en studio, ils se retrouvaient ainsi instantan\u00e9ment dans leurs marques, se familiarisant tr\u00e8s vite avec le d\u00e9cor cette fois construit et totalement meubl\u00e9. Les acteurs qui ont v\u00e9cu \u00e7a s\u2019en souviennent \u00e0 vie avec \u00e9motion tant cette exp\u00e9rience \u00e9tait unique et passionnante.<br \/>\nLe lendemain apr\u00e8s-midi, jour du passage \u00e0 l\u2019antenne vers 20H30, l\u2019\u00e9mission \u00e9tait r\u00e9p\u00e9t\u00e9e in extenso, sans interruption, dans les conditions du direct. Dirig\u00e9e du haut de la r\u00e9gie finale reli\u00e9e au plateau par un escalier m\u00e9tallique de bateau.<\/p>\n<p>Au moment du compte \u00e0 rebours qui d\u00e9clenchait la mise \u00e0 l\u2019antenne nationale se mettait donc en action un man\u00e8ge hallucinant et cela avec la consigne illusoire de la plus stricte discr\u00e9tion pour la prise de son (il n\u2019\u00e9tait pas rare d\u2019entendre en direct les ordres du r\u00e9alisateur qui passaient par les casques des cadreurs, ou le glissement des c\u00e2bles et autres cubes qui s\u2019entrechoquaient).<br \/>\nIl faut imaginer dans des d\u00e9cors construits en studio aux Buttes Chaumont, des dizaines d\u2019acteurs et figurants film\u00e9s par une dizaine de cam\u00e9ras d\u2019une tonne chacune (r\u00e9elle), mont\u00e9es sur pieds d\u2019aciers \u00e0 roulettes, reli\u00e9es par de gros c\u00e2bles d\u2019alimentation, et dont les objectifs interchangeables \u00e9taient mont\u00e9s sur tourelles. Le zoom n\u2019\u00e9tait pas encore adapt\u00e9.<br \/>\nImaginer le tour de force de mouvoir un tel mat\u00e9riel &#8211; les \u00e9quipes \u00e9taient form\u00e9es pour \u00e7a et avaient leurs champions &#8211; pendant les permutations de d\u00e9cors.<br \/>\nQuatre techniciens casqu\u00e9s d\u2019\u00e9couteurs par cam\u00e9ras : le cadreur et son plan de route \u00e9crit, avec son assistant charg\u00e9 de changer les objectifs, un c\u00e2bliste pour d\u00e9m\u00ealer les c\u00e2bles, et un machiniste pour effectuer les mouvements de travelling. Plus deux ing\u00e9nieurs r\u00e9parateurs pour d\u00e9panner les cam\u00e9ras d\u00e9ficientes (comme quand on change les pneus sur les circuits de courses).<br \/>\nUn exploit intellectuel et physique qui faisait perdre au moins quatre kilos \u00e0 l\u2019\u00e9quipe et au r\u00e9alisateur en fin d\u2019\u00e9mission.<\/p>\n<p>Dans <em>Adieu Philippine<\/em>, Jacques Rozier filme en 1960 une s\u00e9quence remarquable qui se d\u00e9roule pendant la r\u00e9p\u00e9tition g\u00e9n\u00e9rale du direct de <em>Montserrat<\/em> d\u2019apr\u00e8s Emmanuel Robl\u00e8s et que mon p\u00e8re Stellio r\u00e9alise.<br \/>\nOn y assiste dans une ambiance fi\u00e9vreuse \u00e0 la valse des cam\u00e9ras aux ordres de Lorenzi les yeux riv\u00e9s sur les \u00e9crans de contr\u00f4le, les doigts pianotant sur les touches des commutations des cam\u00e9ras. Il est second\u00e9 par sa pr\u00e9cieuse scripte Mich\u00e8le O\u2019Glor, la femme de Rozier, qui annonce les plans pr\u00e9vus et anticipe les changement de d\u00e9cors.<br \/>\nSur le plateau Michel Piccoli, Marc Cassot, Robert Hirsch, Michel Galabru, Paul Crauchet, Evelyne Dandry\u2026 \u00e9voluent dans le d\u00e9cor d\u2019une caserne v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne, sous le regard m\u00e9dus\u00e9 du jeune Brialy en coulisse qui passait par l\u00e0 pour voir ses copains.<br \/>\nMalin, Rozier pi\u00e8ge mon p\u00e8re dont il avait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;assistant, en faisant volontairement passer son acteur principal qui joue le r\u00f4le d\u2019un c\u00e2bliste, devant le champ d\u2019une cam\u00e9ra, afin de recueillir une r\u00e9action vive de Stellio.<\/p>\n<p>Cette s\u00e9quence est sans doute l\u2019unique t\u00e9moignage film\u00e9 de la r\u00e9alisation d\u2019une dramatique en direct.<br \/>\nEnfin le seul moyen de garder une trace de ces \u00e9missions \u00e9tait de les \u00ab kinescoper \u00bb\u00a0: deux cam\u00e9ras de cin\u00e9ma charg\u00e9es de pellicule 35mm se relayaient pour filmer en continu un moniteur dont le faisceau \u00e9lectronique balayait \u00e0 l\u2019\u00e9poque 819 lignes.<br \/>\nLes images qu\u2019il nous reste n\u2019atteignent certes pas la qualit\u00e9 du film <em>Lawrence d\u2019Arabie<\/em>, mais souvent la magie op\u00e8re gr\u00e2ce \u00e0 la qualit\u00e9 des textes et le jeu des acteurs qui nous captivent jusqu\u2019au bout.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En ce temps-l\u00e0, la t\u00e9l\u00e9vision s\u2019appelait la RTF : Radio T\u00e9l\u00e9vision Fran\u00e7aise. 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