Y a-t-il antagonisme et rivalité entre les Arts de la Rue et le Théâtre ?????

8 mars 2012 par - Arts de la rue

Photo de Frédéric Michelet

Par Frédéric Michelet, administrateur Arts de la Rue

Malgré des missions et des ambitions partagées, le théâtre de rue, qui prend son essor dans les années 70 et rassemble chaque année des centaines de milliers de Français, reste encore « cantonné » voire « relégué » sur les territoires qu’il a lui-même défrichés.

Bien sûr, de nombreuses villes et de nombreux festivals les diffusent, mais les lieux « dédiés au spectacle vivant » qui les invitent restent encore exceptionnels.

Les programmations « Dans les murs » frottent rarement avec celles du « Hors les Murs » !
Quelques rares scènes nationales (comme celles du Cratère d’Alès, de Bonlieu d’Annecy, Culture Commune dans le Nord, Le Channel à Calais…) ont mis sa « diffusion » dans leur cahier des charges… Un pourcentage infime sur la centaine de ces hauts lieux de la culture !  Aucun CDN ne fait appel à eux, très peu de scènes conventionnées ne les diffusent…

Les arts de la rue se sont bâtis leurs propres « festivals vitrines », Chalon sur Saône et Aurillac, mais ils ne sont pas présents à Avignon.
Les Molières les ignorent.
Ils ne sont souvent qu’une petite ligne de crédit adossée à celle du théâtre.
On parle même encore d’eux dans certains lieux autorisés comme d’un « sous théâtre », qui produit une concurrence déloyale avec sa gratuité….
Bien sûr, ils « contribuent » eux-mêmes en partie à cette disjonction : art émergent et contestataire, ils se revendiquent comme tels… Mais il est peut-être temps de réunir réellement nos forces, nos savoir-faire et nos combats.

Jean Vilar nous disait : « Il faut faire partager au plus grand nombre ce que l’on a cru devoir réserver jusqu’ici à une élite. »
Et André Malraux affirmait : « Il faut bien admettre qu’un jour, on aura fait pour la culture ce que Jules Ferry a fait pour l’éducation : la culture sera gratuite. »

Depuis sa création, une des principales missions du ministère français de la Culture est de promouvoir un meilleur accès à la culture. Selon Olivier Donnat, sociologue et auteur du rapport sur les pratiques culturelles des Français, cet objectif de démocratisation a été peu à peu oublié sans que celui-ci soit atteint. « Je pense que la « question du public » reste pleinement d’actualité. La survie de pans entiers de la vie culturelle – et donc des artistes et des œuvres – passe par l’élargissement des publics qui y accèdent. C’est pourquoi une des conditions – nécessaire quoique insuffisante – à la refondation de la politique culturelle que tout le monde semble appeler de ses vœux réside dans notre capacité à renouveler la « question du public » et à lui trouver des réponses qui tiennent compte des nouvelles conditions d’accès à l’art et la culture liées au numérique mais aussi de l’état des inégalités aujourd’hui dans la société française. »

Les arts de la rue pourraient-ils être un atout, un allié objectif, dans cette recherche de nouveaux publics, de nouveaux territoires, de démocratie culturelle ?

Pour Bernard Lamizet, professeur de Sciences de l’Information et de la Communication à l’Institut d’études politiques de Lyon, les arts de la rue ne sont pas seulement une activité artistique et esthétique. Comme tous les arts, comme toutes les activités symboliques, ils ont une fonction d’intelligibilité et de rationalisation – en l’occurrence, les arts de la rue nous servent à penser la ville, ils nous donnent sur la ville un regard distancié, critique. 

Pour Jean-François Augoyard, directeur de recherche au CNRS, l’ « art urbain » est générateur de lien social.  « Ainsi, l’art est indéniablement l’outil de l’être et du vivre ensemble. En prenant connaissance de l’existence d’un espace public, et en apprenant à décoder ce dernier grâce aux travaux d’artistes, les habitants deviennent des citoyens actifs, et non plus de simples passants passifs devant ce qui les environne dans leur quotidien. L’artiste devient un accompagnateur : une aide à la lecture de la ville, un outil pour décrypter l’urbain.
L’artiste lui-même adopte une attitude citoyenne, et ne travaille plus à partir de son ego.  Dans un objectif commun de participer à la mesure de soi et de ne pas rester hors du monde, il convient que les habitants retrouvent une parole : une parole à relier aux enjeux de la vie publique. »

Dans le rapport 2008 du Ministère de la Culture sur les pratiques culturelles des français,
34% des citoyens de notre pays assistaient chaque année à un spectacle arts de la rue, 19% à un spectacle de théâtre.

Pour le Ministre de la Culture Donnedieu de Vabres, dans son discours d’ouverture au Temps des Arts de la rue, « les arts de la rue ont fait de l’agora un espace de jeu et d’enjeu ». Les arts de la rue, partout où ils sont présents, participent au rayonnement des territoires. Ils participent aussi au rayonnement de la France, en Europe et dans le monde. Les arts de la rue sont au cœur de la triple ambition pour le spectacle vivant : replacer les artistes au cœur de la cité, élargir les publics et toucher de nouvelles populations en dépassant les clivages culturels et sociaux, transformer la perception de l’art en favorisant le décloisonnement entre les disciplines. »
« Ils ont renouvelé les codes et les langages. Ils ont inventé de nouvelles démarches d’écriture artistique, traversant plusieurs disciplines, depuis les multiples formes d’expression du théâtre, avec ou sans texte, jusqu’aux arts plastiques, la musique, l’opéra, la danse et le multimédia. Ils ont ainsi proposé au public une relation originale et dynamique à l’art et au monde. »

Donc cette supposée « distance » entre nos deux répertoires n’a aucune raison de persister !
Dedans, dehors, payant, gratuit, quelle importance ! La question est celle du public et d’un projet commun de « politique » culturelle
Nous travaillons tous pour la même mission, le même projet citoyen.

La SACD a ouvert ses portes aux Arts de la rue et leur a donné un siège, où ils œuvrent en commun avec les autres répertoires du spectacle vivant et de l’audiovisuel.
De nombreuses DRAC conventionnent des compagnies Arts de la rue.
Aujourd’hui nous apprenons que la Scène Nationale du Quark de Brest et le Centre National des Arts de la Rue le Fourneau s’associent et invitent ensemble 3 compagnies à investir l’espace public Brestois.
D’autres suivront….
Nous voilà donc sur la bonne voie, associer nos forces, nos convictions, nos créations, nos territoires, dans un souhait de mettre en œuvre une nouvelle politique culturelle citoyenne et démocratique.

Frédéric Michelet

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Commentaires (1)

 

  1. Gad Weil dit :

    Bonjour,

    je suis sociétaire de la Sacd comme « auteuret metteur en scène d’événements de rue.

    Aujourd’hui mes créations se projettent à l’étranger (projet à Rio, Tokyo, Shangaï et new-York), je serai ravi d’en parler avec vous.
    Dans qu’elle mesure la Sacd peut elle m’accompagner dans ces pays?
    Comment peut elle m’aider à préserver mes droits?
    Je pense prendre un agent à Monaco pour signer ces contrats internationaux.

    Formé à l’école de Jack Lang je reste soucieux d’ouvrir la voie pour les plus jeunes créateurs français que moi.

    Le Ministère de l’éducation du Japon et l’OCDE viennent de me confier un projet avec des jeunes issus de la région de Fukushima.

    Bien à vous

    Gad Weil

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