Laurent Wauquiez, chapeau l’artiste !

16 mai 2023 par - Divers

Ce serait vraiment faire injure à Laurent Wauquiez, président du Conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, que de l’accuser de mépriser ou ignorer la culture. Normalien, agrégé d’Histoire, et énarque, il a bien dû passer quelques temps dans les livres. Sa déclaration de guerre, rare de la part d’un élu qui n’émarge pas à l’extrême-droite, contre les lieux et compagnies du spectacle vivant, des beaux-arts et de l’audiovisuel ressort logiquement du calcul politique.

D’après une estimation présentée par le journal Le Monde, « la diminution globale de l’aide culturelle régionale, entre 2022 et 2023, atteindrait 18 % pour la métropole de Lyon, sur la trentaine d’institutions et de festivals concernés ». Les coupes, de fait, vont bien au-delà de la métropole et touchent toute la région. Elles précarisent de nombreuses structures, se payeront aussi en emplois détruits. Quand on sait qu’un euro investi dans la culture rapporte plusieurs fois la mise, il est évident que le président de la région joue contre l’économie locale. Forcément à son bénéfice.

Il sait aussi sans doute qu’une bonne partie des structures auxquelles il retire tout ou partie de leur subvention jouent un rôle particulier envers la jeunesse. C’est le cas du Festival du court métrage de Clermont-Ferrand, référence mondiale dans le domaine du cinéma, et dénicheur des nouveaux talents du secteur. C’est le cas aussi de La Poudrière, pépinière de l’animation. Etc. Avec ces coupes, leur capacité à propulser les jeunes vers la vie active va être entamée. Là encore la stratégie l’emporte probablement sur le mépris.

Mais pour quel bénéfice exactement ?

Un bénéfice politique : s’emparer de l’un des marqueurs de l’extrême-droite, le dénigrement de la culture, pour tenter de résoudre l’équation d’un parti comprimé entre ses deux grands rivaux droitiers. Le Rassemblement national, toujours à la pointe d’une approche idéologique et exclusive de la culture, a montré la voie. Wauquiez s’y engage.

Et son entourage n’est pas en reste, comme le rapporte Le Monde : « En l’absence de M. Wauquiez, Stéphanie Pernod, première vice-présidente chargée de diriger la séance, a aussi avancé une autre raison : « Mon avis personnel : vous savez ce que c’est, le problème de la culture en France ? C’est qu’on accompagne beaucoup trop ces métiers. S’ils vivaient sur leurs entrées, nous aurions une certaine vérité populaire », a déclaré l’élue de l’Ain, selon des propos rapportés par plusieurs conseillers régionaux présents ».

Le peuple contre les parasites, pour résumer.

Sans doute, dans un pays largement fracturé par les inégalités sociales, travaillé par des réseaux sociaux et des médias qui soufflent sur les braises de la division, le président de la région a pensé que polariser les débats et les citoyens était opportun. Le Parti républicain porte bien mal son nom.

Et puis Laurent Wauquiez devrait peut-être faire attention aux arguments qu’il déploie. Ils pourraient bien se retourner contre lui…

« S’ils vivaient sur leurs entrées, nous aurions une certaine vérité populaire… » Alors que le spectacle vivant fait salle comble, que le public se rue en masse dans les théâtres, dans les salles de spectacle et de concert, que les expositions sont de nouveau prises d’assaut, et que le niveau de fréquentation des lieux rejoint le pic historique de 2019 – ce que nous constatons dans les perceptions de la SACD –, on ne peut pas en dire autant des scrutins électoraux.

Laurent Wauquiez pratique un art qui tombe en désuétude, la politique. Le taux de remplissage de nos salles est bien supérieur à celui de ses isoloirs. Pourtant le billet, chez lui, est gratuit…

Les citoyennes et les citoyens se détournent des urnes, d’une certaine pratique de la politique qui les désespère et les dégoûte. Voilà une certaine vérité populaire.

Aux régionales, Laurent Wauquiez a largement gagné… avec une abstention de 67 % des inscrits. Finalement ses voix représentent 15 % des listes électorales. Encore une vérité.

Et, aux dernières législatives, le parti de Laurent Wauquiez a récolté les voix de 7 % des votants et 3 % des inscrits. En voilà une autre.

Cela pourrait porter à l’humilité et à la recherche d’un certain consensus. Pour le président de la région, cela ouvre visiblement plus la voie à une pratique du pouvoir faite d’intimidation et de brutalité. Avec un mot d’ordre : diviser pour mieux régner.

Chapeau l’artiste, comme on dit chez nous.

Anne Rambach, présidente de la SACD

Continuez votre lecture avec



Commentaires (5)

 

  1. ANNE Catherine dit :

    De tout cœur avec ce texte d’Anne Rambach. J’ajoute aux institutions pilonnées par la politique de table rase de la Région Auvergne Rhône-Alpes, le Théâtre Nouvelle Génération (TNG), vivier de jeunes artistes et ouvert aux jeunes publics.

  2. VERRY Eli dit :

    Ce Festival, cette école… sont des poumons pour la région et des espoirs les jeunes cinéastes du monde entier. Espérons qu’ils trouveront les moyens de résister.

  3. Laure Legrand dit :

    Très bien dit. Bravo Anne.

  4. Bonjour, 

    Auteur & réalisateur, permettez moi de réagir à votre article « Laurent Wausquiez, chapeau l’artiste! ». 

    Tout d’abord, merci de consacrer votre temps et votre énergie à la défense des auteurs-trices, nous en avons bien besoin. 

    Ensuite concernant votre article, si je suis d’accord sur le fond 
    (J’ai bien compris que la rédaction de cet article était motivé par la défense de nos intérêts et de la culture menacés par une idéologie d’extrême droite), je ne suis pas d’accord sur la forme: je trouve que votre orientation politique et vos convictions personnelles transparaissent trop dans cet article. Or vous devez vous exprimer au nom de tous les auteurs et pas seulement selon votre prisme politique.

    Nous les auteurs-trices, n’avons pas besoin de savoir/présumer si notre président /  présidente de la sacd est de gauche ou de droite ( voir même des extrêmes!)  mais qu’il/elle défende nos intérêts, notre cause, sans prise de position partisane, volontaire ou insidieuse. 

    Rappelons que les auteurs/trices de la sacd peuvent avoir des convictions politiques très diverses, et c’est cette diversité qui constitue d’ailleurs la démocratie. 

    Cordialement, 
    Jean de Loriol

  5. DERAN Christian dit :

    tout à fait d’accord avec cet article, à un détail près, les salaires indécents des dirigeants (et autres) de structures culturelles subventionnées sont tout aussi déplorable et en plus d’être hypocrites servent la soupe à des opportuniste comme Wauqiez.

Laisser un commentaire